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Actualités - Opinion

Humeur Par-dessus la tête

Il était une fois un pauvre pays de 6 000 ans d’histoire, mais de 10 452 kilomètres de géographie. Un pays cerné par deux États charognards. Un pays qui avait eu bien de malheurs, de souffrances. Les derniers qui l’avaient accablé étaient bien douleureux. Il avait connu bien de défaites et subi les affres de l’occupation. Ses habitants étaient pour la plupart de braves gens qui avaient le goût de la vie facile et des beaux discours. Mais ils avaient une sale manie : ils étaient maronites, sunnites, chiites, druzes et autres greco-arméniens. On les avait connus parfois remuants. En moins d’un siècle, ils avaient fait trois remue-ménage et changé trois fois de régime. Cela les avait sans doute fatigués ou peut-être s’étaient-ils rendu compte de l’absurdité de tels bouleversements. En tout cas, ils étaient devenus tranquilles et presque résignés. Ils avaient la sagesse de compter sur leurs facultés personnelles dans l’art de se débrouiller que sur le génie de leurs gouvernements. Mais ils avaient le tort de se croire trop malins. C’est pourquoi, ils étaient toujours dupes. Pourtant l’occupation étrangère avait ranimé chez eux une énergie nouvelle que ne parvenaient pas à rendormir les prêchi-prêcha de certains religieux, fanatiques et démagogues. Et la libération vint en avril 2005. Alors, en dé...libération, on put croire que ce pauvre pays allait retrouver une nouvelle jeunesse. Ses habitants jubilaient, enthousiastes, confiants, et hurlaient « Hurrié, siyédé wou istiklal » ! Tous les bras se tendaient vers les souverainistes du 14 Mars. Mais ces mecs (qui adoraient les micmacs) n’avaient pas de programme politique sérieux. Et surtout, ils n’avaient pas des notions nobles et hautes de la démocratie. Hélas, ils étaient de ces chefs qui étudient ou lisent mal l’évolution de la politique mondiale. Ils se foutaient pas mal de la qualité de la sauce qu’on leur servait. Pourvu qu’eux gloutonnent. Or le pays avait mal, avait faim. Et ses habitants se sentaient une fois de plus abandonnés. Ils avaient beaucoup espéré. Ils avaient l’impression qu’on les avait encore une fois trompés. Le sol qui avait été libéré se dérobait sous eux et un liquide fangeux, qui ne sentait pas particulièrement la lavande, montait autour d’eux. Il avait atteint leurs chevilles, puis leurs genoux. Un des mars...upiaux avait lancé un mot d’ordre : « Retroussons nos manches. » Ce n’était pas pour travailler, c’était simplement pour ne pas les salir. Les flots bourbeux avaient cependant continué leur inexorable montée. Ils avaient gagné le nombril. Mais les marsistes haussaient les épaules et les résistants de l’autre côté de la rue baissaient les bras. Un énergumène avait conseillé : « Relevons le nez. » Mais il n’avait pas beaucoup de flair. De vexations en restrictions, de dévaluations en taxes nouvelles, d’invectives en assassinats, la marée malodorante avait dépassé le menton (en galoche) et imbibait les lèvres (pincées). Ceux qui n’avaient pas beaucoup de courage criaient avec désarroi : « Pas de vagues... Pas de vagues... » Alors tous les habitants de ce pauvre pays englués dans ce bain de boue se figèrent dans un pataugeage complètement bourbeux. Le pays était coupé en deux, maintenant il est plié en quatre. Pourtant, dans un dernier effort, ils levèrent les yeux (qui leur sortaient de la tête) vers leurs pseudoleaders. Mais ceux-là étaient montés trop haut dans leurs surenchères. Ils étaient tellement au-dessus de la nappe nauséabonde où s’engloutissaient les citoyens et ils avaient tellement l’habitude de regarder le ciel plutôt que les médiocres réalités de la terre que tous perdirent confiance. Et mesurant soudain la distance qui les séparait de leurs chefs, ils murmurèrent, avec tristesse : « Avant qu’ils s’en rendent compte, nous en aurons par-dessus la tête ! » Nahi LAHOUD Producteur de théâtre
Il était une fois un pauvre pays de 6 000 ans d’histoire, mais de 10 452 kilomètres de géographie. Un pays cerné par deux États charognards. Un pays qui avait eu bien de malheurs, de souffrances. Les derniers qui l’avaient accablé étaient bien douleureux. Il avait connu bien de défaites et subi les affres de l’occupation. Ses habitants étaient pour la plupart de braves gens qui avaient le goût de la vie facile et des beaux discours. Mais ils avaient une sale manie : ils étaient maronites, sunnites, chiites, druzes et autres greco-arméniens. On les avait connus parfois remuants. En moins d’un siècle, ils avaient fait trois remue-ménage et changé trois fois de régime. Cela les avait sans doute fatigués ou peut-être s’étaient-ils rendu compte de l’absurdité de tels bouleversements. En tout cas, ils étaient...