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Actualités - Opinion

La chronique de Nagib Aoun La question palestinienne

Il y a longtemps que la question n’est plus juive, depuis la création d’Israël en 1948 plus précisément. La question est désormais palestinienne, elle est celle qui bloque ou qui détermine toute avancée vers une solution, celle qui déstabilise plusieurs pays, qui met en péril la paix régionale, qui fait des vagues houleuses à l’échelle planétaire. Elle est celle qui, par l’injustice, la terrible injustice qui lui est faite, fournit des arguments, des raisons d’être aux « nouveaux barbares », ceux du 11-Septembre ou ceux, tapis dans leurs terriers, en Europe ou en Amérique. Elle est celle qui a ouvert la voie à un explosif prosélytisme, autant politique que religieux, qui crée de nouveaux talibans nourris au lait de la haine, de la misère et de la frustration. La question palestinienne s’étale, dans toute sa cruelle vérité, dans les taudis, dans les quartiers misérables de Gaza où elle enfante naturellement les nouveaux kamikazes. Elle s’installe même à Saint-Jean d’Acre, y crée les conditions d’affrontements à venir entre juifs et Arabes ailleurs en Israël. La question palestinienne nous touche tous, nous concerne tous, elle fait partie de notre quotidien, se rappelle chaque jour à notre souvenir, de Nahr el-Bared à Aïn el-Héloué, de Beddaoui à el-Bass, du Fateh el-Islam à Jound el-Cham. Quatre cent mille réfugiés palestiniens au Liban tiraillés entre des dizaines de courants, travaillés à longueur de journée, manipulés pour servir d’autres maîtres que les leurs. Des centaines de milliers de réfugiés dont le destin est entre parenthèses, une question à laquelle l’État libanais veut bien donner une réponse, mais qu’Israël s’évertue à éluder en jouant les prolongations. Implantation et prolifération des armes dans et hors des camps : au Liban la question palestinienne a deux aspects, un épouvantail et une réalité qu’agitent ou occultent les parties libanaises antagonistes au gré de leurs intérêts alors même qu’il y a unanimité dans les deux cas sur le rejet de l’implantation et de la présence armée. Un double langage qui fait que les décisions du premier comité de dialogue sur l’élimination des armes hors des camps sont restées lettre morte et que la question de l’implantation continue de nourrir les fonds de commerce de certains partis politiques. Reconnaissons, à cet égard, au président de la Confédération suisse, Pascal Couchepin, le mérite d’avoir réussi, lors de sa récente visite à Beyrouth, à dire les vérités qui dérangent sans froisser ses interlocuteurs : oui au droit au retour, mais pas dans sa globalité. Autrement dit, quand l’État palestinien verra le jour, une partie des réfugiés l’intégrera naturellement, une autre restera au Liban et le reste pourra émigrer dans des pays d’accueil grâce à l’assistance internationale. Pragmatisme contre démagogie : l’avenir déterminera les responsabilités. Pour l’instant, l’urgence est ailleurs. Elle frappe aux portes depuis la tragédie de Nahr el-Bared, elle se fait de plus en plus pressante avec la multiplication des incidents à Aïn el-Héloué et l’irruption d’éléments extrémistes islamistes dans les divers camps-passoires du Liban. Une frénésie qui a atteint la Syrie, qui s’est traduite par les accrochages sanglants au camp de Yarmouk, près de Damas, par le déploiement massif de forces syriennes aux frontières avec le Liban, à des encablures des zones palestiniennes de non-droit. En toile de fond : des négociations sérieuses entre la Syrie et Israël, et un projet de traité de paix qui attend l’avènement de la nouvelle administration américaine pour l’indispensable parrainage. La question palestinienne peut continuer à se débattre dans ses contradictions, le Hezbollah, lui, ne bronche toujours pas. Doit-il, pour autant, avaler des couleuvres ? Nagib AOUN
Il y a longtemps que la question n’est plus juive, depuis la création d’Israël en 1948 plus précisément. La question est désormais palestinienne, elle est celle qui bloque ou qui détermine toute avancée vers une solution, celle qui déstabilise plusieurs pays, qui met en péril la paix régionale, qui fait des vagues houleuses à l’échelle planétaire.
Elle est celle qui, par l’injustice, la terrible injustice qui lui est faite, fournit des arguments, des raisons d’être aux « nouveaux barbares », ceux du 11-Septembre ou ceux, tapis dans leurs terriers, en Europe ou en Amérique. Elle est celle qui a ouvert la voie à un explosif prosélytisme, autant politique que religieux, qui crée de nouveaux talibans nourris au lait de la haine, de la misère et de la frustration.
La question palestinienne s’étale, dans...