À l’heure où une crise tant financière qu’économique semble s’instaurer de manière durable, il importe d’en connaître les fondements. Il y en a principalement quatre : (1) l’organisation des systèmes bancaires : banques spécialisées ou banques universelles, les premières étant plus exposées au risque que les secondes (stratégie de niche/stratégie de volume) ; (2) la maximisation des profits de court terme et l’appât du gain des traders ; (3) le report du risque des institutions financières sur d’autres par les produits structurés ; (4) la carence de la gouvernance dont la faiblesse des techniques utilisées en Risk Management, la négligence en matière de prise en compte des changements macroéconomiques et leurs impacts.
Seul le mécanisme du risque de crédit nous intéresse ici pour comprendre en partie cette crise. Il se définit par la perte subie dans les cas de défaut de l’emprunteur ou de la détérioration de sa qualité. Le niveau de risque est le montant octroyé à l’emprunteur. La qualité de risque est la probabilité qu’il y ait défaut. Elle dépend bien sûr de la valeur de la garantie, dont maintenant celle des États avec des nationalisations plus ou moins larvées.
Pour augmenter leur rentabilité, des banques ont cherché à accroître leur taille pour limiter les effets de la concurrence. Cette stratégie s’est traduite par l’explosion de crédits mal analysés (les subprimes) pour financer des ménages et des entreprises à risque. Mais une variation du portefeuille de crédit de la banque peut impliquer un changement dans son risque de crédit : sa gestion doit donc être adaptée pour ne pas l’induire à la faillite.
Les principaux indicateurs de risque qui permettent d’apprécier la politique choisie et la capacité à la mettre en œuvre pour les banques libanaises sont quatre. (1) Créances douteuses/total prêts et créances douteuses/passif. Ils sont bien sûr les plus élevés pour les banques qui ont un risque crédit élevé et les plus faibles pour les banques les moins risquées. (2) Crédits/dépôts clients. Le risque est d’autant plus élevé que ce ratio l’est lui-même. (3) La structure des dépôts en livre libanaise/monnaie étrangère. Les banques les plus risquées sont caractérisées par un ratio prêts/dépôts en livre libanaise plus élevé que ce ratio en monnaie étrangère. Les banques les moins risquées présentent un ratio inverse. Les banques les moins risquées contrôlent tous les types de dépôts ; ainsi, elles analysent leur qualité et structure par monnaie, échéance et taux d’intérêt. Une banque dont la base de dépôts est stable et diversifiée connaît moins de risques de crédit et moins de problèmes de liquidités. Elle peut atténuer les effets des fluctuations de la livre libanaise. (4) Le RAROC (Retour ajusté au risque des capitaux économiques). Le ratio de solvabilité ne s’avère pas performant. Les banques qui ont le ratio le plus important sont les plus risquées par l’illusion de leur niveau de capitaux et la non-analyse du risque. Ce qui n’est pas le cas des banques les moins risquées. Les fonds propres sont alloués en fonction de la qualité des dossiers clients, par leur notation interne. En plus, ces banques ne se basent pas uniquement sur les fonds propres réglementaires mais sur des fonds propres « économiques » tels qu’ils puissent absorber des pertes au-delà de celles attendues. Elles peuvent aussi déterminer le niveau adéquat des provisions pour les couvrir. Tandis que les banques les plus risquées attirent des clients avec un risque de crédit élevé : d’où des pertes qui dépassent leurs fonds propres.
Au total, une solution au problème de l’accroissement du risque repose sur l’augmentation des fonds propres, la gestion rationalisée du risque de crédit, la diversification du portefeuille pour être moins vulnérable à l’environnement économique et politique et peut être par des concentrations à venir.
Ghada Abou Jaoudé : mastère de spécialisation en finances à l’ESA
Dr Jean-Paul Minquet :
spécialiste de finances à
ESCP-EAP Paris, professeur
à l’ESA
En coopération avec : ESA
À l’heure où une crise tant financière qu’économique semble s’instaurer de manière durable, il importe d’en connaître les fondements. Il y en a principalement quatre : (1) l’organisation des systèmes bancaires : banques spécialisées ou banques universelles, les premières étant plus exposées au risque que les secondes (stratégie de niche/stratégie de volume) ; (2) la maximisation des profits de court terme et l’appât du gain des traders ; (3) le report du risque des institutions financières sur d’autres par les produits structurés ; (4) la carence de la gouvernance dont la faiblesse des techniques utilisées en Risk Management, la négligence en matière de prise en compte des changements macroéconomiques et leurs impacts.
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