de Josette Sheeran
Le temps est compté pour la Somalie. Près de trois millions de personnes, soit un tiers de la population, sont menacées par la famine. La mer, par laquelle arrivent la nourriture, les médicaments et d’autres composantes de l’aide humanitaire, est une voie d’approvisionnement vitale pour elles. Elle est aussi la source du problème.
À bord de vedettes rapides, des groupes de pirates des temps modernes, armés jusqu’aux dents, terrorisent les bateaux naviguant le long des côtes somaliennes. Au cours de l’année écoulée, ils ont attaqué plus de 50 navires, dérobant les cargaisons et détournant divers bateaux, des yachts privés aux pétroliers. Les rançons versées s’élèvent à quelque 100 millions de dollars par an. Rien que la semaine dernière, un cargo ukrainien transportant de l’artillerie lourde, dont des chars d’assaut, a été détourné. Un cargo grec transportant des produits pétrochimiques a été saisi et un autre attaqué, ainsi qu’un pétrolier iranien. Les pirates détiennent plus d’une douzaine de bateaux prisonniers dans les ports somaliens. D’autres bateaux, chargés de dizaines de milliers de tonnes de maïs, de sorgho, de pois cassés et d’huile de cuisine du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies et d’autres organisations d’aide humanitaire, doivent naviguer dans ces eaux dangereuses. Maintenir ouverte cette voie de ravitaillement par la mer de la Somalie est impératif. Elle permet d’acheminer 90 pour cent de l’aide humanitaire fournie par le PAM, qui assure à son tour près de 90 pour cent de l’aide permettant de nourrir les Somaliens.
Ces pirates terroristes, qui selon les estimations ne seraient que 1 200 environ, ne sont pas particulièrement puissants. Mais ils sont de plus en plus téméraires, et d’autant plus si on ne les combat pas. Depuis novembre 2007, à la suite d’une série de raids des pirates, le Canada, les Pays-Bas, le Danemark et la France ont envoyé des frégates chargées d’escorter les bateaux du PAM jusqu’aux ports. Aucun des bateaux protégés par les navires de guerre n’a été attaqué, permettant un flux ininterrompu de l’assistance humanitaire. Pourtant, malgré ce succès évident, l’avenir est incertain. La mission navale du Canada arrive à échéance fin octobre et aucun pays ne s’est proposé pour le remplacer. Sans escorte navale, l’aide alimentaire ne parviendra pas en Somalie. Le PAM a stocké suffisamment de réserves pour permettre un approvisionnement sur quelques jours. Mais une fois que les entrepôts seront vides, le pays et la population ne pourront plus compter que sur eux-mêmes. Je veux être optimiste et croire qu’un pays viendra à la rescousse – mais nous ne devons pas prendre le risque que cela se produise trop tard, ou pas du tout. Au-delà de ce point précis, nous avons besoin d’un plan à long terme. Nous, aux Nations unies, sommes liés par ce que la compassion et la décence nous commandent de faire. Le monde va-t-il vraiment une fois de plus regarder des enfants mourir de faim sans agir ?
Dans le meilleur des cas, l’avenir politique de la Somalie est incertain. Il est pourtant essentiel que nous définissions un projet permettant le déploiement d’une force multinationale pour établir la paix, ou tout du moins pour faire en sorte que la population soit nourrie. Une voie s’impose clairement. La première étape est qu’un ou plusieurs pays se portent volontaires pour assurer une présence navale permettant de maintenir ouverte la ligne d’approvisionnement humanitaire de la Somalie. La deuxième étape est de définir une stratégie détaillée, conjointement avec le Conseil de sécurité des Nations unies, pour éradiquer la piraterie des eaux somaliennes.
C’est maintenant qu’il faut agir. Des vies en dépendent.
© Project Syndicate, 2008.
Traduit de l’anglais par Julia Gallin.
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