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Actualités - Opinion

La chronique de Nagib Aoun Vous avez dit démocratie ?

Rocambolesque, invraisemblable ? Tragique plutôt, quasiment désespérant. Adjectifs bien lugubres, bien sombres pour dépeindre l’état du monde, pour qualifier les démissions collectives face à l’adversité, la dérive des valeurs premières face au chantage et aux menaces. Gifles politiques, revers sécuritaires, enlisement dans des sables mouvants : le monde restreint des Grands englués dans leurs convictions, dans leurs certitudes, celui qui prétendait ordonnancer la planète entière, a perdu tous ses repères, a laissé le gouvernail échapper complètement de ses mains. De l’Irak à l’Afghanistan, de la Géorgie à la Somalie, du cœur même d’une Amérique gagnée par la panique à celui d’une Europe plus frileuse que jamais, les remparts cèdent les uns après les autres sous les coups des nouveaux barbares, ceux qui n’ont plus rien ou qui ont tout à perdre. Après les terroristes, protagonistes d’une troisième guerre mondiale qui ne dit pas son nom, voici venue l’heure des requins, des spéculateurs financiers, un « Apocalypse Now » qui dénude les derniers des menteurs, les derniers des imposteurs, qui jette une lumière crue sur l’irresponsabilité des uns, sur la criminalité des autres. Un « Apocalypse Now » qui fait de l’État américain un État interventionniste, mais qui sonne, en même temps, le glas du capitalisme débridé. Un malheur, dit-on, ne vient jamais seul, mais ce qu’on omet d’ajouter, c’est qu’un désastre est forcément le résultat de pratiques abusives, de politiques indignes, la conséquence de pièges tendus sans discernement et dont les poseurs deviennent les principales victimes. Un engrenage effroyable qui s’est déclenché un certain 11 septembre et dont continue à pâtir plus d’un pays, plus d’une population. Admettons-le : face au terrorisme, face à des hommes mus par des haines irrépressibles, par une volonté suicidaire, les démocraties sont nues, démunies des seules armes qui peuvent faire la différence, celles précisément qu’utilisent les nouveaux barbares. Heureusement, pourrait-on dire, sinon ce serait la loi de la jungle, le chaos total, le reniement de tous les fondements de ce qu’on appelle le « monde civilisé ». Mais ce « monde civilisé » doit-il, pour autant, tomber dans les compromissions, dans la lâcheté pour préserver ses intérêts ? Doit-il systématiquement céder au chantage parce qu’il n’a pas les moyens de sa politique ? Pitoyable démocratie tournée en dérision, menée en bateau par un Ahmadinejad plus impérial que jamais, par un Kim Jong-il qu’on disait, hier, à l’article de la mort, flouée par un Bachar el-Assad plus arrogant que jamais. Mais ne l’oublions pas : Kadhafi avait déjà donné le ton et planté sa tente en plein cœur de Paris sous les yeux attendris de Sarkozy. Comme pour la Syrie quelques mois plus tard, les contrats juteux en Libye étaient, dès ce moment, à portée de main. Vous avez dit démocratie ? Pathétiques démocraties contraintes de négocier avec les flibustiers des temps modernes, de verser des rançons aux pirates des mers qui infestent le golfe d’Aden et l’océan Indien, pitoyables démocraties incapables de s’entendre sur une politique commune, une stratégie radicale, pour mettre un terme à cette vaste escroquerie, pour éradiquer le mal à sa racine. * * * « La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres », se plaisait à dire Winston Churchill. Un système qui est donc loin, bien loin d’être la panacée à tous les problèmes et que le Liban a façonné à sa mesure : une majorité au pouvoir, une minorité qui peut tout bloquer, en toute légalité, et un État dans l’État qui peut décider de tout et de rien en toute autonomie. Cela nous a déjà valu une guerre abominable, une « victoire divine » et des règlements de comptes sanglants. L’avenir, lui, est à l’avenant. Mais au fait, qu’en pense donc le peuple, source et raison d’être de toute démocratie ? Nagib AOUN
Rocambolesque, invraisemblable ? Tragique plutôt, quasiment désespérant. Adjectifs bien lugubres, bien sombres pour dépeindre l’état du monde, pour qualifier les démissions collectives face à l’adversité, la dérive des valeurs premières face au chantage et aux menaces.
Gifles politiques, revers sécuritaires, enlisement dans des sables mouvants : le monde restreint des Grands englués dans leurs convictions, dans leurs certitudes, celui qui prétendait ordonnancer la planète entière, a perdu tous ses repères, a laissé le gouvernail échapper complètement de ses mains.
De l’Irak à l’Afghanistan, de la Géorgie à la Somalie, du cœur même d’une Amérique gagnée par la panique à celui d’une Europe plus frileuse que jamais, les remparts cèdent les uns après les autres sous les coups des nouveaux barbares,...