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Le bloc-notes de Abdo Chakhtoura Bismillah !

OPINION
30/09/2008
Il a été le premier, comme d’habitude, à sentir le vent tourner ! Au troisième jour du blitzkrieg du Hezbollah et de ses alliés contre Beyrouth et la Montagne druze, Walid Joumblatt, en habile manœuvrier pragmatique qu’il a toujours été au service de son leadership et de sa communauté, s’est empressé, pour sauver les meubles, de renouer avec Talal Arslane, son ennemi intime. L’accord conclu entre les deux hommes aura eu pour effet immédiat de sauver la communauté d’une guerre fratricide et s’est traduit au gouvernement par la présence de ministres des deux parties. En attendant, prédisent les connaisseurs, un accord électoral à Aley, au grand dam des forces chrétiennes du 14 Mars qui y voient un prélude à d’autres alliances « adultérines », entre le Hezb cette fois-ci et le Courant du futur, par exemple dans la deuxième circonscription de Beyrouth. On n’en est pas encore là, à vrai dire, même si ces deux dernières parties ont tout fait entre-temps pour faciliter un accord sunnito-alaouite à Tripoli, convaincus qu’ils étaient, ainsi que la Syrie, de l’urgence de contrer la montée en puissance dans le nord du pays des salafistes extrémistes décidés à venger « l’invasion de Beyrouth ». Dans la capitale d’ailleurs, les effets de cette « invasion » sont toujours visibles sur le terrain, malgré l’imminence des retrouvailles annoncées entre Hassan Nasrallah et Saad Hariri. Les rencontres qui étaient censées préparer l’évènement n’ont abouti, jusqu’à présent, qu’à supprimer les calicots et les drapeaux partisans, ainsi que les portraits des hommes politiques dans le Beyrouth administratif. Du retrait des armes, il n’en est pas encore question, ainsi que de la suppression de la présence, discrète il est vrai, des milices de certains partis, dits progressistes, toujours présentes dans les ruelles et les quartiers intérieurs. À la clé, comme l’a annoncé le secrétaire général du Hezbollah, « un hiver calme (comme l’été 2006 ?) en prélude à des élections normales », malgré « la blessure encore vive », selon le chef du Futur, dans la chair sunnite. Pour le reste, à Dieu vat au rythme incertain de la table de dialogue. Telle n’est pas encore l’atmosphère, fût-elle de simple accalmie, qui règne chez les maronites, la plus « turbulente » des communautés chrétiennes dans l’histoire du Liban. La main tendue de Samir Geagea et ses excuses – aussitôt qualifiées de manœuvre électorale – au lieu de gommer les a priori, n’ont fait qu’aiguiser les antagonismes et exacerber les tensions ; plus particulièrement avec Sleimane Frangié, l’adversaire traditionnel des Forces libanaises, bien avant la naissance du « aounisme » et de ses partisans inconditionnels. C’est que des flots de sang et de larmes divisent les FL et les Marada, les « deux enfants terribles » du « Marounistan ». Pourtant, au départ, tous deux s’étaient naturellement retrouvés dans la même tranchée face aux Palestiniens du Fateh qui voulaient édifier un État dans l’État puis contre les « islamo-progressistes » et les Syriens qui voulaient étendre leur influence sur les régions chrétiennes du Liban-Nord. Mais leur rivalité sanglante sur le leadership de la communauté, qui a connu son apogée en avril 1978 avec l’assassinat de cadres phalangistes et la tuerie d’Ehden, s’est transformée, avec le temps, en désaccord profond sur les choix stratégiques qui devaient commander la politique libanaise sur le double plan régional et international. Ainsi, les Marada avaient choisi le Front du refus arabe, adepte du tout ou rien, patronné par la Syrie, tandis que leurs adversaires FL optaient pour la voie occidentale qui prône une paix négociée avec l’État hébreu. Dans ce cadre ainsi élargi, plusieurs protagonistes locaux et régionaux ont tenté et tentent toujours d’empêcher tout rabibochage entre les deux frères ennemis. Ils avaient réussi, il y a près de trois ans, quand Geagea, à sa sortie de prison et malgré l’intervention du pape Jean-Paul II, a opposé une fin de non-recevoir aux tentatives de rapprochement de Frangié. Ce dernier, en meilleure situation qu’à l’époque, lui rend aujourd’hui la pareille. Michel Aoun, qui se veut le joker de toutes les donnes, boit du petit-lait. La Ligue maronite, mandatée par Bkerké et Baabda, réussira-t-elle là où Rome avait déjà échoué ? Les chrétiens bénéficieront-ils du même répit que leurs concitoyens musulmans ? Espérons-le ! Car en filigrane du triste quotidien des Libanais (encore un attentat à Tripoli), fuse de partout la même interrogation lancinante formulée par les croyants de ce pays : Dieu, pourquoi tant de crimes sont commis en ton nom ? ¦ Abdo Chakhtoura

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