Ils enlaidissaient tant et plus nos villes, lesquelles déjà ne sont guère des modèles d’esthétique urbaine, tous ces portraits, calicots et affiches politiques que l’on nous promet de supprimer enfin. Ils achevaient de défigurer en outre nos vertes campagnes, passablement envahies par la marée de sacs de plastique. Pire encore, ils étaient source permanente d’accrochages souvent armés, parfois mortels, entre citoyens.
Car dans le Liban du troisième millénaire, ce Liban qui, du haut de ses traditions démocratiques, jette un regard condescendant sur ses voisins régis par l’arbitraire, il se trouve encore des exaltés prêts à se faire tuer pour l’honneur et l’intégrité iconographiques de leur chef ou de leur parti : une chance qui n’est certes pas donnée aux habitants de Pyong Yang ou Damas par exemple, où l’effigie du leader bien aimé ne souffre, elle, aucune concurrence depuis des temps immémoriaux.
Entamée dès hier dans certains quartiers de la capitale, cette opération murs propres, fruit d’une amorce de réconciliation entre le Courant du futur et le Hezbollah, est naturellement la bienvenue. Et elle le sera encore plus le jour où, après la galerie de vedettes locales et rivales, viendra le tour de ces portraits géants de chefs étrangers – tant religieux que politiques – qui bordent, depuis des années, la route de l’aéroport international de Beyrouth (bien Beyrouth-Khaldé et non Téhéran-Mehrabad, comme pourrait le croire le voyageur non averti). Mais n’est-on pas voué, là comme ailleurs, au règne du provisoire ? Et n’entreprend-on finalement de requinquer rues, habitations et poteaux électriques que pour mieux les polluer à l’approche des élections législatives du printemps de 2009, période faste s’il en est pour la guéguerre des affiches ?
À ce sujet, on peut s’interroger sur les incidences électorales que peut avoir cette vague de bons sentiments apparue depuis peu sur la scène politique, et qui a fort heureusement pris le pas sur le langage vindicatif et guerrier. La paix règne dans la maison druze depuis les récentes retrouvailles entre les clans Joumblatt et Arslane. Et le rapprochement druzo-chiite qui a suivi vient d’ouvrir la voie à un salutaire dialogue entre sunnites et chiites. Demeurent à la traîne les chrétiens, toujours prisonniers de leurs contradictions, esclaves de leurs haines tenaces, tant il est vrai que plus la basse-cour se rétrécit comme peau de chagrin, plus les combats de coqs gagnent en férocité : invoquée par l’un de ceux-ci, aussitôt rejetée par les autres, même cette vertu chrétienne par excellence qu’est le pardon n’a fait finalement qu’alimenter la polémique. D’où la mission de la dernière chance menée en ce moment, auprès des protagonistes, par la Ligue maronite.
Pour en rester au plan électoral, c’est aujourd’hui que sera vraisemblablement votée au Parlement la nouvelle loi réglementant le scrutin. Tout se passant comme si l’Assemblée, à peine émergée du long et inconcevable coma que lui avait imposé son propre président, s’était acharnée, ces dernières semaines, à mettre les bouchées doubles au niveau des commissions. Vite fait, bien fait ? Comme toute disposition du genre, la nouvelle loi ne fait pas que des heureux, hélas, et deux ministres se sont même plaints de l’inertie du gouvernement face à un projet beaucoup trop rondement mené et qui laisse place à maintes zones d’ombre.
En tête de celles-ci figure le vote pourtant très attendu des expatriés, qui aura lieu pour la toute première fois lors de la consultation de 2013. D’ici là en effet, c’est la machine étatique tout entière qui devra avoir mis les bouchées doubles et même triples pour gérer équitablement le dossier des Libanais de l’étranger. Entre autres casse-tête, et pour éviter tout effet pervers des suffrages du dehors, l’État devra mettre en place des réseaux consulaires en rapport avec la superficie souvent énorme des pays d’émigration, en rapport aussi avec le volume des formalités d’enregistrement susceptibles d’être traitées. Outre la charge financière considérable qu’implique une telle structure, restera à expliquer par quel prodige sera assurée la régularité du vote, sachant les allégeances contradictoires qui sévissent au sein de diverses administrations.
Au fait, comment vont s’y prendre désormais les candidats en mal de racolage pour étaler, à des milliers d’exemplaires, leurs augustes sourires dans les immensités du Matto Grosso ? ¦
Issa GORAIEB
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Car dans le Liban du troisième millénaire, ce Liban qui, du haut de ses traditions démocratiques, jette un regard condescendant sur ses voisins régis par l’arbitraire, il se trouve encore des exaltés prêts à se faire tuer pour l’honneur et l’intégrité iconographiques de leur chef ou de leur parti : une chance qui n’est certes pas donnée aux habitants de Pyong Yang ou Damas par exemple,...