Julie SCHNEIDER
Criblé de dettes, l’un des plus grands producteurs libanais de carreaux en céramique a
fermé son usine dans la Békaa.
Les syndicats sont montés au créneau ces deux derniers jours pour dénoncer la fermeture de la seule usine d’Uniceramic au Liban, dans la vallée de la Békaa près de Chtaura, et la suppression de centaines d’emplois dans la région.
La décision de mettre la clé sous la porte avait été prise il y a quelques mois, mais la fermeture effective ce mois-ci a entraîné 200 licenciements, venus s’ajouter aux 81 postes supprimés en avril et mai derniers. « Nous avions arrêté la production en avril dernier et nous avons procédé à des licenciements par étapes », explique Nadim Ghorra, directeur général d’Uniceramic. « Pendant toute cette période, les personnes qui étaient employées dans l’usine venaient au travail, recevaient un salaire complet alors que la production était fermée », ajoute-t-il. Des salaires qui s’élevaient en moyenne à 300 dollars par mois pour les ouvriers, et qui pouvaient aller jusqu’à 3 000 dollars pour les ingénieurs et ouvriers les plus qualifiés.
« Les personnes licenciées recevront une indemnité équivalant entre un et quatre mois de salaire, en fonction de leur ancienneté dans l’entreprise », poursuit Nadim Ghorra. Des reclassements ? Selon lui, certains ingénieurs qualifiés ont été transférés en Algérie ou au Qatar, là où les nouvelles usines Uniceramic-Swicorp vont ouvrir suite à une « joint-venture » avec Swicorp Intaj Capital conclue en 2007. Les ouvriers non qualifiés, en revanche, se retrouvent à la rue. Les syndicats n’ont donc pas hésité à parler de délocalisation, bien que la direction réfute ce terme.
« Nous ne délocalisons pas », tient à préciser Nadim Ghorra. « Nous avons vendu le savoir-faire d’Uniceramic à Swicorp, mais ce ne sont pas des usines Uniceramic qui ouvrent au Qatar et en Algérie », poursuit-il. Cette holding a été créée afin d’aider Uniceramic à sortir la tête de l’eau, sachant que l’entreprise a accumulé plus de
11 millions de dollars de dettes entre 2005 et 2007. Tous les mois, les charges salariales s’élèvent à quelque 250 000 dollars, alors que les ventes sont en chute libre en raison de la concurrence des pièces égyptiennes notamment (voir L’Orient-Le Jour du 28 mai 2008). Une situation économique catastrophique pour cette entreprise fondée en 1973, qui s’est tournée vers l’article 50 de la loi du travail pour justifier cette vague de licenciement. Cet article permet en effet aux entreprises en difficulté financière d’avoir recours à des licenciements économiques pour se maintenir. Nadim Ghorra affirme qu’il a fait toutes les démarches nécessaires, auprès de la Banque du Liban notamment, pour maintenir sa production au pays du Cèdre. Mais, pour arriver à ses fins, il devait trouver 5 millions de dollars. « Si nous recommençons à produire au Liban, la loi nous oblige à reprendre les personnes que nous avons licenciées. Mais nous sommes toujours à la recherche d’investisseurs », affirme Nadim Ghorra.
La CGTL, elle, fait porter la responsabilité de cet échec à la politique économique du gouvernement précédent, qu’elle accuse d’avoir sacrifié l’industrie locale au nom du libre-échange. Quant au cabinet actuel, il n’a pas abordé la question.
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