Après la publication d’un article sur la grotte de Jeïta sous le titre « 50 ans et mal en point » (voir L’Orient-Le Jour du samedi 20-21 septembre, page 4), le président de la municipalité de Jeïta, M. Samir Baroud, nous adresse cette lettre explicative qui rejoint les arguments développés par Maria Chakhtoura dans son article sur la détérioration de l’environnement de ce patrimoine national.
« Je voudrais tout d’abord remercier L’Orient-Le Jour et surtout Maria Chakhtoura qui, pour le 50e anniversaire de la découverte de la grotte de Jeïta, a soulevé un problème latent et crucial.
Je voudrais à cette occasion rendre hommage aux spéléologues Raymond Khawam, Robert Kasparian, Georges Farra et enfin Sami Karkabi qui est le père spirituel de cette grotte qu’il a tant aimée et qui a passé une grande partie de sa vie à la développer jusqu’à en faire une des sept merveilles du monde.
Malheureusement, un beau jour, M. Nicolas Fattouche (ancien ministre du Tourisme), a fait main basse sur la grotte et l’a confiée à une société soi-disant allemande qui n’est autre que M. Nabil Haddad de Zahlé, un des hommes de M. Fattouche.
Cette société enregistrée à Delmenhoerst en Allemagne sous le n° 2337 du 10/9/1991, au capital de 50 000 DM, est constituée d’une seule personne, M. Nabil Haddad lui-même. Une société destinée à l’import/export et surtout à la vente de pièces de rechange.
C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner que les lieux aient été défigurés avec un goût qui laisse à désirer.
Cette société d’exploitation ne s’est pas contentée de détériorer l’environnement extérieur de la grotte, mais elle a également détérioré, chose encore plus grave, les stalactites et les stalagmites à l’entrée de la grotte sèche. Ces joyaux de la nature ont subi un dessèchement et un changement de couleur dus au manque d’humidité.
C’est pourquoi nous réclamons la constitution d’une commission internationale qui puisse établir un état des lieux dans les plus brefs délais.
Je m’étonne de la réaction du ministère du Tourisme lorsqu’il se déclare impuissant à engager une quelconque action pour sauver la grotte, à moins qu’il ne soit encore sous l’emprise de M. Fattouche qui, loin d’être rassasié d’avoir “bouffé” la grotte, continue en avalant la montagne de Dahr el-Baïdar avec ses carrières.
En ce qui concerne l’état de la route menant jusqu’à la grotte et ses environs, en effet, la municipalité n’est pas concernée.
Quand ses droits sont bafoués et qu’après maintes réclamations le ministère du Tourisme et l’État libanais font la sourde oreille ; quand le gérant fait payer le droit d’entrée dans la grotte plus de 19 000 LL et qu’il ne rembourse à la municipalité que 300 LL alors que partout ailleurs dans le pays et selon la loi 60/88 le droit d’entrée aux sites est partagé de moitié entre la municipalité et l’État ; quand les bénéfices nets du gérant de la grotte de Jeïta dépassent les cinq millions de dollars par an, comment voulez-vous que la municipalité de la région soit encore concernée face à cette situation !
Le jour où l’État libanais nous aura restitué nos droits et notre dû, je promets que la route sera transformée en une avenue digne de la grotte.
Aujourd’hui, je profite de cette occasion pour lancer un appel urgent au président de la République qui est le seul espoir des habitants de Jeïta, de sa municipalité, des Kesrouanais, des Libanais en somme. Je l’invite solennellement à prendre en main le dossier de la grotte et de son environnement afin de sauver ce patrimoine libanais qui constitue une valeur internationale classée parmi les merveilles du monde et qui, un jour, a fait la fierté du Liban. »
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« Je voudrais tout d’abord remercier L’Orient-Le Jour et surtout Maria Chakhtoura qui, pour le 50e anniversaire de la découverte de la grotte de Jeïta, a soulevé un problème latent et crucial.
Je voudrais à cette occasion rendre hommage aux spéléologues Raymond Khawam, Robert Kasparian, Georges Farra et enfin Sami Karkabi qui est le père spirituel de cette grotte qu’il a tant aimée et qui a passé une grande partie...