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Actualités - Opinion

Le Point L’allié encombrant

de Christian Merville Le Pakistan, vous diront certains, c’est comme cette malheureuse île plantée au beau milieu de la Méditerranée et qui fit dire jadis à un amiral de la Sublime Porte : « Malta yok ! » Même le nom est un acronyme fabriqué à partir des premières lettres des mots Punjab, Afghania, Kashmir et Indus-Sind auquel on a adjoint le suffixe Tan, qui signifie terre. Et mon tout est devenu un État surnommé « Pays des purs ». Oui, mais cette nation qui n’existe pas vient de se rappeler au monde, de la manière la plus spectaculaire, la plus sanglante aussi : le week-end dernier, un camion bourré d’explosifs a foncé droit sur l’hôtel Marriott, dans la capitale, provoquant une hécatombe dont le bilan, cette semaine encore, continue de s’alourdir. Plus grave : hier même, deux hélicoptères américains qui survolaient une zone dangereuse ont essuyé des tirs nourris qui les ont obligés à rebrousser chemin en catastrophe. Du coup, l’opinion internationale découvre que dans cette contrée en pleine ébullition depuis 1947, rien de ce qui se passe ne saurait être étranger au voisin, et vice versa. Officiellement, les raids de l’armée de l’air US dans les Fatas (Federally Administered Tribal Areas) visent les talibans regroupés là autour de leurs chefs, le mollah Omar et Ayman el-Zawahiri. À Washington, nul ne cherche à s’en cacher : la décision de déclencher ces incursions a été prise par le Socom (Special Operations Command) et la direction des opérations de la Central Intelligence Agency, sur instruction expresse de l’actuelle administration républicaine, soucieuse en une période aussi délicate de ne pas s’entendre reprocher une passivité qui serait fort mal perçue à six semaines de la présidentielle. Plus facile à dire qu’à faire. Parce qu’il y a d’abord l’armée, dont les officiers supérieurs nourrissent à l’égard de Washington une rancœur remontant à 1989, quand les Soviétiques, ayant fini par renoncer à leur percée dans la région, les Américains s’en sont détournés eux aussi. Conséquence logique de ce désintérêt : Benazir Bhutto et son rival Nawaz Sharif, qui se partageaient en alternance le pouvoir, proclamèrent leur soutien au régime instauré à Kaboul par les « étudiants en théologie » reconnu aussi à l’époque, il convient de le rappeler, par deux autres États : l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Cet appui cessa officiellement au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, lorsque le général Pervez Musharraf, qui s’était emparé du pouvoir en 1999 à la faveur d’un putsch, enrôla son pays dans les rangs des combattants contre le terrorisme. Mais après la débâcle, en 2001, de la dictature imposée à Kaboul, les services d’espionnage locaux, les tout-puissants Inter-Services Intelligence (ISI), se mirent à relâcher leur surveillance du secteur compris entre Bajaur et Mohmand où se trouvent aujourd’hui encore les talibans et d’où ils lancent leurs attaques contre les troupes de la coalition, parfois aussi – comme pour faire bonne mesure – contre des patrouilles pakistanaises qui s’aventurent dans ces lieux, histoire de montrer à l’allié US que les quelque 10 milliards généreusement consentis sont utilisés à bon escient. Le double problème pour le Pentagone, c’est que la solution, d’un côté comme de l’autre de la frontière, ne saurait être militaire. Elle est d’abord socio-économique. Dans les zones poreuses, des Fatas vivent près de 3,5 millions de personnes, dans un état proche du dénuement. Le chômage atteint 70 pour cent de la population et l’analphabétisme 94 pour cent. En outre, dans l’ensemble du pays, chaque pilonnage par l’aviation « amie » attise un antiaméricanisme déjà nettement perceptible. Elle passe aussi, la solution, par un règlement du problème politique que le départ de Musharraf n’a pas contribué à résoudre. Nouvellement élu, Asif Ali Zardari passerait difficilement pour le « right man in the right place », et surtout « at the right time », depuis qu’il a été lâché par l’ancien Premier ministre Sharif. Ce qui porte un diplomate en poste dans la capitale à relever que tous les ingrédients sont désormais réunis pour une explosion générale, l’étincelle pouvant être religieuse ou bien sociale. Empêtrés dans une guerre afghane partie pour durer des années encore, sur le point de renoncer à leur rêve mésopotamien, les États-Unis voient s’éloigner un peu plus chaque jour le mirage d’un Pakistan en paix avec lui-même et avec ses voisins. Une nation de 173 millions d’êtres, dont deux savants nucléaires, Chaudhry Abdul Majid et Mirza Yusuf Baig viennent d’être interrogés sur leurs liens présumés avec les talibans, un troisième savant – Abdul Qadeer Khan – ayant fait bénéficier jadis de ses connaissances en la matière la Corée du Nord et la Libye. Il y a là de quoi nourrir les cauchemars du futur locataire de la Maison-Blanche.
de Christian Merville

Le Pakistan, vous diront certains, c’est comme cette malheureuse île plantée au beau milieu de la Méditerranée et qui fit dire jadis à un amiral de la Sublime Porte : « Malta yok ! » Même le nom est un acronyme fabriqué à partir des premières lettres des mots Punjab, Afghania, Kashmir et Indus-Sind auquel on a adjoint le suffixe Tan, qui signifie terre. Et mon tout est devenu un État surnommé « Pays des purs ». Oui, mais cette nation qui n’existe pas vient de se rappeler au monde, de la manière la plus spectaculaire, la plus sanglante aussi : le week-end dernier, un camion bourré d’explosifs a foncé droit sur l’hôtel Marriott, dans la capitale, provoquant une hécatombe dont le bilan, cette semaine encore, continue de s’alourdir. Plus grave : hier même, deux hélicoptères...