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Actualités

De bois et de plomb

Sur le méchant tréteau où se joue en continu le feuilleton de nos misères, il y a cohue de monstres sacrés (de monstres tout court si l’on préfère) : zaïms siégeant d’autorité à la conférence de dialogue national et éminemment représentés au sein du gouvernement d’union. Et il y a les autres, qui n’entretiennent pas des armées de gros bras, qui ne prétendent pas à tant d’honneurs et n’en subissent donc pas les inévitables indignités. De nager à contre-courant des us et coutumes politiques n’épargne guère à ces derniers les bains forcés en pleine surréalité : telle cette incroyable scène où l’on a vu, jeudi, le Conseil des ministres recommander sagesse, modération et soumission au règne de la loi pour que soit jugulée la vague d’incidents sanglants qui, tel un feu follet, se déplace régulièrement de ville en ville, de province en province et vient d’atteindre la région du Koura. Cela dit, et même fort bien dit, à qui s’adressent ces doctes recommandations ? À ces mêmes chefs dont relèvent la plupart des membres du gouvernement. Salutaire autoflagellation, augurant d’un sursaut général contre tout recours à la violence ? Non, hélas : jusqu’à preuve du contraire, rien qu’un serpent qui n’en finit pas de se mordre la queue ; rien que de bonnes résolutions tournant à vide, en circuit fermé ; rien que de la langue de bois, absolument inefficace comme on sait contre les giclées de plomb. La seule note heureuse, c’est que parmi les trente ministres se colletant ce jour-là sur les deux questions de la violence et de l’électricité, il s’en est trouvé un pour quitter la séance après avoir souligné qu’il ne comprenait rien à ce qui se passait. Que ce n’est pas à coups de formules creuses que l’on peut instaurer la sécurité publique. Et qu’il est inconcevable que celle-ci tienne essentiellement à l’agrément des protagonistes. Fait on ne peut plus courant et normal au Liban, ce ministre est, comme tant d’autres, fils d’un d’important personnage : non point un dirigeant politique toutefois, mais un chef religieux unanimement respecté qui, sourd aux chants de sirènes venus de Perse, n’avait de cesse qu’arrimer sa communauté à l’idée d’un Liban nécessairement, indiscutablement, pluriel. La présence même d’Ibrahim Mohammad Mehdi Chamseddine au sein du gouvernement, où il détient un modeste portefeuille du Développement administratif, revêt, au demeurant, un caractère d’exception : elle est une heureuse anomalie, elle rompt le moule du monolithisme dans lequel on prétend enfermer, comme un seul homme, les chiites libanais. Pour en revenir au dossier sécuritaire, devenu la principale préoccupation des citoyens, il est grand temps, de mettre fin à l’amalgame entre arsenal défensif face à l’ennemi israélien et armes bassement miliciennes, utilisées à des fins de domination interne. Amalgame dont la Résistance fait reproche au 14 Mars alors qu’elle s’en rend finalement coupable elle-même : car c’est en usant – et abusant – de sa puissance sur la scène intérieure, en suscitant dès lors une course générale aux armements, que le Hezbollah a compromis, de ses propres mains, le caractère longtemps sacré de sa vocation libératrice. Seul un providentiel accord sur la question pourra traduire dans les faits les promesses – les simples promesses, ne l’oublions pas – que recelait l’accord de Doha de mai dernier. Encore faudra-t-il alors que l’État mette à profit la conjoncture nouvelle pour réapprendre le métier d’État. Une armée au-dessus de tout soupçon, des polices impartiales, coopérant entre elles et obéissant toutes à l’autorité centrale, des enquêtes criminelles échappant à l’étouffement ou à la noyade, des juges sanctionnant les coupables, qui se souvient encore de tout cela ? Issa Goraieb
Sur le méchant tréteau où se joue en continu le feuilleton de nos misères, il y a cohue de monstres sacrés (de monstres tout court si l’on préfère) : zaïms siégeant d’autorité à la conférence de dialogue national et éminemment représentés au sein du gouvernement d’union. Et il y a les autres, qui n’entretiennent pas des armées de gros bras, qui ne prétendent pas à tant d’honneurs et n’en subissent donc pas les inévitables indignités.

De nager à contre-courant des us et coutumes politiques n’épargne guère à ces derniers les bains forcés en pleine surréalité : telle cette incroyable scène où l’on a vu, jeudi, le Conseil des ministres recommander sagesse, modération et soumission au règne de la loi pour que soit jugulée la vague d’incidents sanglants qui, tel un feu follet, se déplace...