Trente-huitième semaine de 2008.
Ce sont peut-être les chaises (de Baabda) qui ne sont pas confortables. Ou alors une mauvaise odeur de bois (de table) pourri. Ou une question de carnets de bal (des Quatorze) hyperremplis pour les sept semaines à venir. Ou mille et une autres raisons ou toutes celles-là à la fois… Mais tout le monde s’en moque, le résultat est impensable : le dialogue national, cette fumisterie, ne reprendra que le 5 novembre. Cela s’appelle très simplement du foutage de gueule. Plus poliment : une escroquerie à échelle nationale.
Ne se fier, encore une fois, qu’aux transparences – les apparences peuvent parfois être un peu trop jolies : ce dialogue est un paracétamol pour guérir des métastasés, du botox pour soigner des Elephant Men, tant que Ali Khamenei ne donnera pas l’ordre au Hezbollah d’intégrer sa branche armée dans l’espace étatique. Soit. Mais même malgré cela, la fréquence des rounds de ces pseudonégociations interlibanaises, auxquelles assistent de facto les Syriens, les Saoudiens, les Iraniens, les Américains, les Français et la moitié de la planète, cette fréquence ne doit pas dépasser les vingt-quatre heures. Sauf lorsque Michel Sleiman est en déplacement.
Justement : les innombrables escales du chef de l’État d’ici jusqu’à la fin octobre (Washington, New York, Riyad, Québec, Rome…) n’excusent en rien un report aussi long du dialogue. Presque encensé, dans ces mêmes colonnes, pour sa gestion du pays depuis son accession au pouvoir, applaudi pour n’avoir – au moins cela – commis aucun faux pas, voila que Michel Sleiman se laisse aller, les deux pieds en avant, dans le mal (libanais) du siècle : l’atermoiement. C’est confortable, certes, c’est presque rassurant ; mais ce n’est carrément pas ce que les Libanais attendent d’un arbitre, d’un homme qui s’est démené pour se prouver et prouver au monde qu’il entend conduire sa barque comme bon lui semble, à équidistance de l’ensemble des parties. Le prétexte d’une plus grande représentativité du 8 Mars autour de la table de dialogue est irrecevable, c’est de la comédie, de la bonne vieille fraude pour éviter de payer son dû : débattre, jusqu’à la conclusion de la stratégie de défense, des armes illégales du Hezbollah.
Et c’est dans ce piège par trop grossier qu’est tombé le président Sleiman. Pas volontairement : son honnêteté intellectuelle et politique est belle et intacte ; mais inconsciemment, en poussant pratiquement un sacré ouf de soulagement : il n’aura pas à répondre, dans trois ou quatre jours, aux interminables questions sur l’arsenal du Hezb que ne manqueront pas de lui poser les dirigeants américains – le très finissant George W. Bush en tête. Et cela vaut tout l’or du monde, tous les retards possibles et imaginables, aussi indécents soient-ils, dans l’agenda du dialogue.
Pourtant, le locataire de Baabda sait mieux que quiconque que c’est de plus en plus urgent. Bien sûr, il doit quasiment résoudre la quadrature d’un cercle férocement vicieux. Bien sûr, il doit préserver chèvres, choux et ruisseaux que les chèvres doivent traverser pour manger les choux. Sauf que l’urgence est insensée : le mauvais, l’épouvantable exemple que donne le Hezbollah depuis des années, ces armes fondamentalement hors la loi que le parti entend pérenniser, tout cela fait tache d’huile, tout cela est en train, rapidement et certainement, de contaminer les autres, tous les autres.
Le Nord est maudit : après Tripoli et le Akkar, c’est le Koura qui a rappelé cette semaine à quel point tout, partout, reste d’une fragilité incommensurable. Malheureusement, ignoblement en voie de banalisation, les luttes intestines sunnito-chiites ou sunnito-alaouites semblent vouloir être reléguées – ou, c’est autrement plus grave : s’autoreléguer – au deuxième plan et laisser les démons christiano-chrétiens se réveiller brutalement et se rappeler aux horribles souvenirs de tous. C’est coquet – et que personne ne se leurre : il n’y a pas de hasard(s). Encore une fois, Fouad Siniora a tout compris : il y a des gens que les réconciliations agacent au plus haut point.
Les Libanais auraient largement préféré entendre ou voir Michel Sleiman taper des deux poings sur cette risible table rectangulaire, récuser les caprices coupe-jarrets du 8 Mars et convoquer tout le monde, même lieu même heure, le lendemain pour continuer à (faire semblant) de dialoguer – mais au moins faire semblant : à force de, ils finiront bien par… Mais non. Michel Sleiman, en qui ces Libanais continuent tout naturellement d’asseoir des dizaines et des dizaines d’espoirs, a choisi de ne rien faire.
Contrairement – toutes proportions gardées – à deux hommes qui ont bien fait parler d’eux ces derniers jours.
Alain Tabourian, d’abord. Le fringant et aounissime ministre de l’Énergie et de l’Eau a décidé, par rapport aux coupures du courant, que tout le monde sera logé à la même enseigne. À la bonne heure ! Sauf que ce Robin des Bois a oublié que beaucoup, beaucoup de Libanais ne payent pas leurs factures d’électricité. Sa volonté louable d’égalité devient donc vite hypocrite et démagogue.
Ziyad Baroud, ensuite. Celui dont on ne compte plus les formidables initiatives a décidé que toute infraction au code de la route sera immanquablement verbalisée. Parfait – à condition que cela dure plus de deux semaines : en un an ou deux, si la loi était appliquée à tous les fripons du bitume, la moitié au moins de la dette publique serait remboursée.
Sachant que l’autre moitié s’évaporerait en quelques minutes si le Hezbollah avait l’excellent bon goût/sens de ne plus rester hors la loi. De rendre les armes.
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Ce sont peut-être les chaises (de Baabda) qui ne sont pas confortables. Ou alors une mauvaise odeur de bois (de table) pourri. Ou une question de carnets de bal (des Quatorze) hyperremplis pour les sept semaines à venir. Ou mille et une autres raisons ou toutes celles-là à la fois… Mais tout le monde s’en moque, le résultat est impensable : le dialogue national, cette fumisterie, ne reprendra que le 5 novembre. Cela s’appelle très simplement du foutage de gueule. Plus poliment : une escroquerie à échelle nationale.
Ne se fier, encore une fois, qu’aux transparences – les apparences peuvent parfois être un peu trop jolies : ce dialogue est un paracétamol pour guérir des métastasés, du botox pour soigner des Elephant Men, tant que Ali Khamenei ne donnera pas l’ordre au...