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Actualités - Opinion

Perspective Révolution psychologique par Michel Touma

Un report de plus d’un mois et demi. Les quatorze chefs de file réunis désormais autour du président de la République ne sont manifestement pas très pressés de plancher sur le dossier épineux de la stratégie de défense. Et pour cause : les positions affichées par les deux camps en présence ne laissent transparaître au stade actuel aucune possibilité de convergence sur ce plan. De façon concomitante au problème explosif de l’arsenal du Hezbollah, c’est toute la question du positionnement géopolitique du Liban et de son rôle dans la région qui est une nouvelle fois posée aujourd’hui. « Une nouvelle fois », car il s’agit là d’un problème récurent dans l’histoire contemporaine du pays du Cèdre. Au cours d’une conférence donnée en juin 1950 à Beyrouth, Georges Naccache relevait, fort à propos, que pour les Libanais de la première moitié du XIXe siècle, « l’histoire, c’était les autres, c’était le Turc, le Français, l’Anglais, le Russe, l’Américain ». Et Georges Naccache d’ajouter : « Ce qui fait l’importance de ce que l’on a appelé en 1943 la révolution de l’indépendance, c’est que celle-ci a été une révolution psychologique : les Libanais ont redécouvert en 1943 que le Liban, ce pouvait de nouveau être eux. » Plus d’un demi-siècle plus tard, une autre révolution psychologique, la révolution du Cèdre, a permis à une nouvelle génération de Libanais de redécouvrir au printemps 2005 que « le Liban ce pouvait de nouveau être eux », et non pas, cette fois-ci, le Syrien, l’Iranien, le Palestinien, l’Israélien… Mais c’était sans compter le Hezbollah, et accessoirement le CPL, son allié stratégique. Car pour le parti pro-iranien (puisqu’il faut appeler les choses par leur nom), il ne saurait être question d’un désengagement vis-à-vis de l’axe irano-syrien au profit de la seule « reconstruction de la maison libanaise ». Wilayet el-faqih oblige… La littérature politique du Hezbollah, les déclarations et discours de ses dirigeants sont à cet égard on ne peut plus clairs, en ce sens que pour les alliés indéfectibles de Téhéran la priorité est à la lutte sans merci contre le camp occidental, même au détriment du bien-être des Libanais. Pas plus tard que mardi dernier, Hassan Nasrallah dénonçait ceux dont « le seul souci est de discourir, d’écrire, de danser ou de faire de la poésie ». Au lendemain de l’élection du président Michel Sleiman, il critiquait également les Libanais « qui ne pensent qu’à se promener le dimanche ». Et pour bien expliciter le contour de son projet politique par essence supranational, le leader du Hezbollah soulignait récemment que son parti entend conserver son arsenal militaire même après la récupération des fermes de Chebaa. Ce que le général Michel Aoun s’est évidemment abstenu de commenter, alors que cette affirmation sabote l’un des principaux fondements du document d’entente Hezbollah-CPL. Maintenant que le dialogue sur la stratégie de défense a été officiellement lancé au palais présidentiel, il devient plus que jamais impératif de clarifier une fois de plus, sans ambiguïté, le débat de fond, le choix de société, auxquels est confronté le pays. Les Libanais se trouvent en effet aujourd’hui face à l’alternative suivante : mettre sur pied, conformément à la doctrine politico-religieuse du Hezbollah, une société guerrière, dans toute l’acception du terme, avec comme optique une confrontation ouverte, sans horizons, avec les puissances occidentales, afin peut-être d’améliorer la position de l’Iran dans d’hypothétiques négociations géopolitiques avec les États-Unis ; ou bien concentrer tous nos efforts sur la recherche d’un équilibre politique interne, sur la stimulation d’un essor économique et d’un développement social global et intégré. La première option entraîne le pays dans une aventure qui échappe totalement à son contrôle. Le second choix implique, par contre, de nous désengager des axes régionaux et d’élaborer, précisément, une politique de défense ayant pour seul but de protéger le pays face à d’éventuelles agressions israéliennes, sans pour autant adopter a priori un positionnement offensif et guerrier. Les Libanais méritent bien sur ce plan un long, très long répit après avoir été depuis 1973 les seuls dans tout le monde arabe, avec bien évidemment les Palestiniens, à subir les affres de la confrontation avec l’État hébreu, alors que bon nombre de pays de la région ont soit normalisé, sans complexe, d’une façon ou d’une autre, leurs relations avec Israël ou sont en voie de le faire. À la faveur du dialogue initié par le président de la République, les partisans du Hezbollah se doivent de prendre la décision historique de s’engager ou non sur la voie d’une « révolution psychologique » similaire à celle de 1943. Il y va dans une large mesure de la préservation des spécificités et du pluralisme du pays du Cèdre.
Un report de plus d’un mois et demi. Les quatorze chefs de file réunis désormais autour du président de la République ne sont manifestement pas très pressés de plancher sur le dossier épineux de la stratégie de défense. Et pour cause : les positions affichées par les deux camps en présence ne laissent transparaître au stade actuel aucune possibilité de convergence sur ce plan.
De façon concomitante au problème explosif de l’arsenal du Hezbollah, c’est toute la question du positionnement géopolitique du Liban et de son rôle dans la région qui est une nouvelle fois posée aujourd’hui. « Une nouvelle fois », car il s’agit là d’un problème récurent dans l’histoire contemporaine du pays du Cèdre. Au cours d’une conférence donnée en juin 1950 à Beyrouth, Georges Naccache relevait, fort à propos,...