Par quel navrant phénomène les consciences ne se réveillent-elles que lorsque l’on est au bout du rouleau et qu’approche à grands pas l’heure du jugement dernier ? Par quelle sombre malédiction un chef de gouvernement israélien ne se résigne-t-il à reconnaître publiquement l’injustice faite aux Palestiniens que lorsqu’il n’est plus autre chose, lui-même, qu’un ripoux pris la main dans le sac, poursuivi dans plus d’une affaire de corruption, acculé à une déshonorante démission ?
Comparaissant pour la dernière fois lundi devant la commission parlementaire des AE et de la Défense, c’est un Ehud Olmert méconnaissable, en rupture avec un long passé d’outrances verbales qui faisait part de ses regrets pour les pertes matérielles qu’ont subies les réfugiés palestiniens. Qui assurait en outre la disposition d’Israël à restituer 98,1 % de la Cisjordanie occupée. Qui allait même jusqu’à proposer de céder un mètre de territoire pour chaque mètre que conserverait Israël. La veille déjà, Olmert faisait sensation en qualifiant de pogrom – un terme désignant exclusivement, jusqu’à ce jour, les violences endurées par les juifs dans la Russie tsariste – les dernières agressions commises par des colons de Cisjordanie contre un village arabe de Cisjordanie.
Pour bienvenues qu’elles soient, toutes ces innovations de style surviennent un peu tard. Il y a exactement soixante ans en effet que les réfugiés palestiniens chassés de leurs foyers croupissent dans les camps des pays arabes environnants. De ces cloaques de misère, à la fois berceau de la Résistance et terreau idéal pour la graine de délinquance et de violence, Moshé Dayan prédisait avec un beau cynisme qu’ils dégénèreraient un jour en cancer, un cancer finalement plus léthal pour les pays arabes que pour Israël. De fait, le général borgne ne se trompait pas trop pour ce qui est du Liban miné par une guérilla s’érigeant en État dans l’État, dévasté par une guerre de quinze ans et où pullulent à ce jour les organisations et groupuscules de toutes obédiences.
Et encore cette chienlit armée n’est-elle qu’un des volets du problème de la paix, si paix il doit y avoir. Qu’aboutissent les négociations en effet, que soient signés des traités formels, et les gouvernements manipulateurs ne pourront plus faire autrement que de couper les vivres, de fermer les vannes par où affluent fonds et armements. Ce qui reste en revanche, c’est les populations : celles-là mêmes qui se voient systématiquement dénier leur droit au retour par tous les dirigeants israéliens : y compris cet Ehud Olmert que l’on voit aujourd’hui assailli de regrets...
Qu’une intégration définitive de ces centaines de milliers de réfugiés soit particulièrement catastrophique pour un pays au tissu démographique aussi sensible, aussi sujet aux froissements, accrocs et autres déchirures que le nôtre n’est que trop évident. Or que font les puissances dites amies pour épargner au Liban une aussi mortelle greffe ? Que font les pays arabes aux structures démographiques plus homogènes, aux ressources souvent phénoménales, pour ménager le plus fragile et vulnérable d’entre eux, devenu au contraire le champ clos de leurs luttes d’influence ?
Charité bien ordonnée commençant par soi-même, on pourrait demander ce que les Libanais font, eux, pour éloigner le spectre d’une implantation explicitement proscrite dans le préambule de leur Constitution et qu’ils dénoncent à qui mieux mieux, à longueur de journée. Commode cheval de bataille électoral pour d’aucuns, objet d’un faux débat pour d’autres, l’implantation ne pourra être mise en échec que par la volonté d’un peuple soudé dans la défense de sa terre, de son individualité, de sa spécificité : tous thèmes devenus, au contraire, autant de pommes de discorde nationale.
Défense contre l’ennemi déclaré, certes, mais défense aussi contre les visées à peine camouflées de pays dits amis ou même frères : timidement renoué hier au palais de Baabda, aussitôt mis en relâche pour sept bonnes semaines, c’est à ce formidable rébus que se trouve confronté le dialogue interlibanais.
Issa Goraieb
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Comparaissant pour la dernière fois lundi devant la commission parlementaire des AE et de la Défense, c’est un Ehud Olmert méconnaissable, en rupture avec un long passé d’outrances verbales qui faisait part de ses regrets pour les pertes matérielles qu’ont subies les réfugiés palestiniens. Qui assurait en outre la...