Dérangés, déboussolés ? Il n’y a pas lieu de se mettre martel en tête. Rassurez-vous, il n’y a pas que le look (pardon pour l’anglicisme), il n’y a pas que l’aspect, que l’allure qui changent. C’est tout un bain de jouvence qui vous est proposé : un style direct, conforme à l’air du temps, la photo qui accroche, le titre qui interpelle. L’info, elle, se décline en toute liberté, comme un long fleuve pas toujours tranquille.
Un trou noir, une mémoire qui s’effiloche, l’analyse est là pour remettre les pendules à l’heure. Une actualité vécue au quotidien, un miracle de tous les jours qui se perpétue contre vents et marées au milieu de tempêtes souvent factices.
La gageure, le défi, les journalistes sont seuls à en mesurer l’importance, la gravité. Le lecteur, lui, aura son journal, comme d’habitude, au lever du lit, à l’heure du café matinal. Les nuits blanches, les nuits agitées, fébriles restent le lot, le privilège de la rédaction, de toute rédaction responsable. Avec pour objectif une approche constante de l’information vraie, une recherche permanente de la vérité, dût-elle en déranger, en énerver plus d’un.
Ce matin L’Orient-Le Jour revêt de nouveaux atours, mais reste toujours fidèle à son essence, à l’âme qui l’a toujours habité. Merci, chers lecteurs, de rester à notre écoute, à nos côtés, une présence fondamentale, garante de notre indépendance, de notre continuité.
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Demain est un autre jour. Sera-t-il différent de ceux qui l’ont précédé, des jours faits de tragédies, de règlements de comptes, de retrouvailles piégées, de réconciliations mensongères ? Demain, le président Sleiman donnera le coup d’envoi du dialogue national bis. Une rencontre qui se tient sur les ruines des espérances du 14 Mars, sur les décombres des faits accomplis du 8 Mars.
Un double échec qui ramène tout le monde à la case départ, qui fait revenir les enfants prodigues au bercail de l’État, une carte maîtresse sortie du chapeau présidentiel et qui place toutes les parties au pied du mur. Prendront-elles, pour autant, le taureau par les cornes, se jetteront-elles dans la mêlée sans a priori, sans arrière-pensées ?
Rien n’est moins sûr : frustrations accumulées, vengeances inassouvies, humiliations non effacées : l’ardoise est lourde et la confiance quasiment inexistante. Une précarité dont profitent les empêcheurs de tourner en rond, les saboteurs du dialogue, ceux-là mêmes qui se sont manifestés mercredi à Bayssour et qui risquent de se remanifester à n’importe quel moment, à n’importe quel endroit.
N’y allons pas par mille chemins : mardi à Baabda, c’est l’armement du Hezbollah qui sera au centre du débat, aussi bien celui dirigé vers Israël que celui qui s’est égaré à Beyrouth un certain 7 mai. Un débat qui s’annonce ardu, orageux, mais qu’il faut impérativement engager en toute transparence et cartes non pipées sur table.
À huit mois des législatives, ce dossier peut, en effet, se transformer en une bombe minutée qui ferait sauter aussi bien le dialogue, la stratégie de défense envisagée que les élections générales de l’an prochain.
Redisons-le une fois de plus, une fois pour toutes : personne ne nie, n’a jamais nié le rôle essentiel, capital, du Hezbollah dans la libération du Liban-Sud. Personne n’a jamais occulté, relativisé le sacrifice des combattants du Hezbollah qui ont payé de leur vie la récupération d’une terre si longtemps spoliée.
Inacceptable donc est tout déni d’une histoire écrite en lettres de sang. Mais tout aussi inacceptables, tout aussi intolérables sont les procès d’intention, les accusations de trahison portées contre quiconque appelle à l’intégration de l’arsenal du Hezbollah dans la structure militaire de l’État. Inadmissibles sont les diatribes lancées contre quiconque proclame que la décision de guerre ou de paix doit être du seul ressort de l’État.
Demain, à la table de dialogue, les deux questions suivantes pourront difficilement être éludées : comment peut-on réclamer un État fort, un État de droit, des institutions, et tout faire en même temps pour obliger cet État à composer avec sa négation ? Comment peut-on exiger de l’État de lutter contre la corruption, de nettoyer les écuries d’Augias, de réformer les administrations, de lutter contre l’inflation, de veiller, tout simplement, à la sécurité des gens, alors que tout est mis en œuvre pour disqualifier ce même État, pour lui enlever des mains les moyens d’une politique porteuse d’espoir ?
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Un mot pour finir, une sorte de retour au prologue : sans une presse libre, sans la liberté d’expression, le Liban aurait été depuis longtemps un simple duplicata des régimes totalitaires qui l’entourent. Sans cette liberté, beaucoup d’hommes politiques auraient pu se trouver dans les geôles d’une dictature, la Résistance aurait été assujettie au bon vouloir du suzerain.
Alors, de grâce, qu’on lui fiche la paix à cette presse : elle restera, à leur corps défendant, le meilleur protecteur, le meilleur alibi de tous ceux qui la pourfendent, de tous ceux qui se complaisent dans la chasse aux sorcières.
Nagib AOUN
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Un trou noir, une mémoire qui s’effiloche, l’analyse est là pour remettre les pendules à l’heure. Une actualité vécue au quotidien, un miracle de tous les jours qui se perpétue contre vents et marées au milieu de tempêtes souvent factices.
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