Chaque jour, Paul-André Fortier donne rendez-vous aux passants pour une demi-heure de spectacle dans le cadre de la Biennale de la danse à Lyon, avec pour seule musique le brouhaha de la ville : klaxons, bruits de pas, de voitures, conversations ou sonneries de portable.
À 13h00 tapantes, le danseur-chorégraphe québécois, crâne de bonze et tunique noire, entame son solo sur une estrade coincée entre des barres d’immeubles dans le quartier bétonné des Halles de Lyon.
Face à lui, une vingtaine de badauds composés de passants et d’employés d’une brasserie voisine, d’un salon de coiffure et d’une pharmacie. À leurs fenêtres, des femmes jettent également un œil.
Imperturbable, Paul-André Fortier traverse la scène en diagonale, lève les bras, s’allonge, se relève, feint de chuter, enchaînant une série de mouvements inspirés du bruissement des grandes villes.
Avec ce spectacle, «?beaucoup de spectateurs prennent conscience de leur environnement sonore et urbain?», affirme le danseur sexagénaire qui y voit «?une occasion de se demander pourquoi on est si coincé dans nos villes?».
Des passants s’arrêtent, observent le solo en souriant ou en finissant leur sandwich, avant de repartir ou de s’asseoir quelques instants.
«?L’idée de ce spectacle, c’est d’offrir une chorégraphie. On ne réserve pas sa place, c’est un cadeau que l’on se fait, c’est une rencontre avec des gens?», avance Paul-André Fortier qui se produit tous les jours, jusqu’au 30 septembre, date à laquelle s’achève la 13e Biennale de la danse à Lyon.
Le chorégraphe tourne depuis deux ans avec ce spectacle intitulé Solo 30x30 – comme 30 jours et 30 minutes – et s’est installé dans plus de huit villes, notamment Montréal, Rome, Londres et Newcastle.
À chaque fois, le dispositif est le même : un lieu urbain «?avec une vraie population?» comme une gare ou une zone commerçante, trente minutes de chorégraphie, avec ou sans public et quelles que soient les conditions météorologiques.
Paul-André Fortier a ainsi connu l’affluence du public à Londres avec plus de 10 000 personnes qui, sur trente jours, ont assisté à son spectacle, mais aussi l’extrême solitude en dansant devant «?absolument personne?» en Italie.
Si le sexagénaire en plaisante encore, c’est parce qu’il voit ce projet comme «?un engagement?». «?Il faut que je trouve la satisfaction de danser pour moi tout seul?», souligne-t-il, serein.
À la fin de son spectacle, l’artiste fait ses adieux avant de se retirer. Le public applaudit avant de se disperser rapidement. Un homme vêtu d’un costume gris lui fait un petit signe de la main.
«?Ça veut dire qu’il s’est passé quelque chose?», commente le chorégraphe à l’issue de son solo, heureux de voir affleurer des émotions au milieu du béton. La preuve, selon lui, qu’?«?il peut y avoir de la poésie dans des lieux moches?».
Aurélie MAYEMBO (AFP)
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À 13h00 tapantes, le danseur-chorégraphe québécois, crâne de bonze et tunique noire, entame son solo sur une estrade coincée entre des barres d’immeubles dans le quartier bétonné des Halles de Lyon.
Face à lui, une vingtaine de badauds composés de passants et d’employés d’une brasserie voisine, d’un salon de coiffure et d’une pharmacie. À leurs fenêtres, des femmes jettent également un œil.
Imperturbable, Paul-André Fortier traverse la scène en diagonale, lève les bras, s’allonge, se relève, feint de chuter, enchaînant une série de...