Assassinat, mercredi soir à Bayssour, de Saleh Aridi. Dans l’approche de toute affaire criminelle, clarté et rigueur sont de rigueur. Surtout à son premier stade, policier, quand tout n’est encore que présomptions, doutes, soupçons et spéculations. Et qu’il faut encore se méfier des indices, peut-être trompeurs, peut-être mis là à dessein.
Ainsi, ce qui saute d’abord aux yeux, c’est le modus operandi de l’attentat. Une charge explosive télécommandée placée dans un véhicule à l’arrêt. Le même procédé que pour tuer Samir Kassir et Georges Haoui. Quand une technique déterminée est répétée, on y lit généralement une signature.
Comme tout le monde le sait maintenant, grâce aux thrillers du cinéma ou de la télé, un serial killer agit toujours de la même manière. Soit parce qu’il ne peut s’en empêcher, que sa pathologie est ainsi fabriquée. Soit par provocation de parano jouant au plus malin. Mais, les profileurs le savent, certains criminels, encore plus malins ou, au contraire, simiesques, mimétiques, font de la contrefaçon, imitent la méthode d’autrui. Apprise, le plus souvent, au ciné ou à la télé !
Ou encore, appliquée (par des SR par exemple) pour orienter ailleurs les soupçons, faire porter le chapeau à une partie déjà mise en cause dans des attentats antérieurs. Pour brouiller les pistes ? Sans doute, mais aussi pour attiser, dans certains cas, le feu mourant d’une discorde intérieure en train de s’apaiser. C’est une possibilité, que des enquêteurs sérieux n’écartent jamais.
Dès lors qu’on nage encore dans l’incertitude de faits qui ne sont pas probants, il convient d’axer le raisonnement, dans son amorce, sur la vieille maxime : chercher à qui le crime profite. En premier lieu, le choix de la cible laisse à penser (sous réserve d’improbables révélations ultérieures) qu’il ne s’agit pas d’un crime de droit commun, passionnel ou crapuleux, mais bien d’un assassinat politique.
Cadre et cadrage
D’autant que Saleh Aridi, cousin d’un ministre joumblattiste, était, pour sa part, du côté de Talal Arslane, et membre du bureau politique de son parti. Et, surtout, très activement à ses côtés pour la réconciliation interdruze, illustrée d’abord par le mandat délivré à Arslane lors des événements de la Montagne en mai. Puis, récemment, par le règlement cérémoniel de la vendetta opposant les Bou Faour aux Abou Ibrahim. Dans cette Békaa-Ouest où Saad Hariri, on est toujours dans la réconciliation, se trouve pour arranger le problème de Taalabaya.
Le lien, si évident, met en relief un mobile assez plausible, bien qu’encore non certifié. Il s’agirait de torpiller le cheminement libanais, quasi unanime, vers l’entente interne, via les réconciliations en série et le dialogue national qui s’ouvre le 16.
À partir de là, dans sa dimension politique libanaise, interne, l’assassinat de Saleh Aridi n’a aucun sens. Même, et l’on peut dire surtout, les parties druzes se démarquant de Joumblatt, en reprochant à Arslane de les avoir lâchés, n’y ont pas intérêt. Au contraire même, en bonne logique, puisqu’elles se retrouveraient, en cas de culpabilité avérée, non seulement encore plus isolées, mais gravement frappées d’infâmie dans leur milieu.
Il faut donc chercher plutôt ailleurs. Et, toujours en bonne logique de proximité, du côté de puissances (bien au pluriel), traditionnellement coutumières de missives, de messages terroristes, se terminant par un paraphe de massacreur. Et de fouteur de m… parce qu’un vrai Liban, rival économique, c’est mauvais pour elles. Ou, à tout le moins, moins bon, pour les unes, qu’un Liban assujetti. Et, pour les autres, qu’une formule libanaise, réfutant la leur propre, désarticulée.
Jean ISSA
*Autopsie d’un meurtre, Otto Preminger, 1959, 160 m, avec James Stewart, Lee Remick, Ben Gazzara, George C. Scott et Arthur O’Connell.
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Ainsi, ce qui saute d’abord aux yeux, c’est le modus operandi de l’attentat. Une charge explosive télécommandée placée dans un véhicule à l’arrêt. Le même procédé que pour tuer Samir Kassir et Georges Haoui. Quand une technique déterminée est répétée, on y lit généralement une signature.
Comme tout le monde le sait maintenant, grâce aux thrillers du cinéma ou de la télé, un serial killer agit toujours de la même manière. Soit parce qu’il ne peut...