Paix et concorde enfin pour Tripoli, par la grâce de cette charte de réconciliation solennellement signée lundi soir et en dépit de ces incidents dits isolés et autres bavures sécuritaires suivant traditionnellement, inévitablement, toute cessation des hostilités ? Ce ne serait bien évidemment que justice pour cette infortunée cité où, depuis des mois, l’on se battait au mortier lourd de quartier en quartier ; où des voisins de palier en étaient venus à se sauter à la gorge ou à se fuir ; où les innocents passants s’aventurant dans certaines rues sensibles avaient toutes les chances d’être pris pour cible par les tireurs embusqués.
Importante en soi, de par les promesses de stabilisation qu’elle recèle, la réconciliation entre sunnites et alaouites du Nord l’est aussi – et même surtout – en ce qu’elle a été scellée sous les auspices d’un État longtemps tenu en marge des turbulentes affaires de la ville. Cette ombrelle étatique est illustrée par la présence, en tête des signataires du document, du chef du gouvernement. Elle l’est aussi par le recours unanime à la force publique, armée et gendarmerie, comme seule et unique instance chargée du maintien de l’ordre et du calme. Si les principes sont saufs, le devoir de lucidité commande cependant la plus grande circonspection, comme l’a relevé fort à propos le député Misbah Ahdab, un des grands absents de l’événement de lundi. Pour salutaire qu’elle soit en effet, c’est seulement une trêve qui a été conclue, puisque les milices rivales demeurent en possession de leurs armements et qu’aucune espèce de campagne de ramassage de ce matériel de mort n’est prévue.
Important, l’accord de Tripoli l’est en troisième lieu par ses implications politiques, pour ne pas dire politiciennes. Face au Hezbollah qui avait conclu en grande pompe, il y a peu, une entente sans lendemain avec un groupuscule islamiste de Tripoli, le Courant du futur s’affirme comme le principal interlocuteur dans cette ville massivement sunnite. Se posant même, dans ce cas précis, en fédérateur du sunnisme tripolitain, le Courant Hariri a dû, en contrepartie, reconnaître la réalité de ces mêmes forces politiques locales qu’il ignorait superbement depuis son raz-de-marée électoral de 2005.
Après Tripoli va-t-on maintenant passer à Beyrouth, où continuent de se produire épisodiquement des heurts à caractère sectaire ? C’est ce que laissent croire le soutien enthousiaste qu’a apporté Hassan Nasrallah au processus de lundi ainsi que son appel à une rencontre immédiate, sans conditions préalables avec Saad Hariri. Force est de constater néanmoins que les enjeux politiques sont autrement plus considérables dans la capitale que dans la seconde ville du pays. Différent, de même, est le rapport de forces sur le terrain, comme démontré lors de l’opération main basse sur la ville exécutée en mai dernier par le Hezbollah et ses alliés. Différente enfin est la configuration démographique, ce dernier volet étant même devenu matière à acerbes polémiques, à propos de Beyrouthins de souche et de nouveaux venus à la dignité citadine...
C’est dire la précarité de tout arrangement qui ne s’attaquerait pas de front, à Beyrouth comme à Tripoli, au problème des armes détenues, brandies et utilisées à des fins de politique intérieure. C’est dire aussi l’énorme point d’interrogation que laisse planer cette brûlante question sur un déroulement normal des législatives du printemps prochain. C’est constater enfin, avec le président Michel Sleiman qui a lancé hier soir les cartons d’invitation, le caractère d’urgence que revêt la reprise du dialogue national.
Non moins remarquables et remarquées, au demeurant, sont les précisions qu’a tenues à apporter, en Conseil des ministres, le chef de l’État, à propos des conseils qu’il s’était vu prodiguer la semaine dernière, à Damas, par le président syrien Bachar el-Assad. Qu’il s’agisse des effectifs de sécurité postés à Tripoli ou des négociations de paix avec Israël, c’est avec autant de fermeté que de courtoisie que le président a mis les points sur les i.
Il y a bien longtemps, en vérité, que cela ne s’était vu à Baabda.
Issa GORAIEB
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Importante en soi, de par les promesses de stabilisation qu’elle recèle, la réconciliation entre sunnites et alaouites du Nord l’est aussi – et même surtout – en ce...