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Actualités - Opinion

Le Point Savoir raison garder

Nicolas Sarkozy à Moscou en faiseur de paix : voilà une mission à la mesure de l’homme qui veut tout faire lui-même. Le cocasse de la situation est qu’il a entamé sa visite, hier à midi, par un entretien avec un chef d’État que l’on dit constamment forcé de s’en remettre à son prédécesseur et actuel Premier ministre. Une situation qui n’a pas empêché le président français, porte-parole des Vingt-Sept jusqu’à la fin de l’année en cours, de parler, habilement, d’un premier point de convergence avec la Russie, portant sur la nécessité, a-t-il dit, de mettre en pratique l’accord en six points conclu le 12 août à Tbilissi, soit cinq jours après le déclenchement des hostilités. Un traité supposé apporter un épilogue heureux au conflit géorgien grâce, entre autres, à un retrait des troupes russes, à l’aménagement d’une zone démilitarisée patrouillée par un groupe de quelque 200 observateurs, à des discussions internationales sur la sécurité et la stabilité dans les deux enclaves séparatistes Plus facile à dire qu’à faire au départ, car il existerait plusieurs versions du document, le texte russe, assure le Kremlin, étant totalement différent de l’interprétation donnée par l’autre camp. Il faut croire aussi que rien n’a été fait pour faciliter la mission entreprise en ce début de semaine, au nom de l’Union européenne. Pas plus, pour commencer, la tournée sur les lieux et dans l’Ukraine voisine, il y a peu, du vice-président américain Dick Cheney, que le ton des déclarations faites par David Miliband, secrétaire au Foreign Office, et David Cameron, et leur insistance à vouloir « punir » Moscou pour son « agression ». Un bellicisme fort mal venu, qui a eu le don de pousser le Kremlin à raidir encore plus ses positions et à hâter la reconnaissance de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Une correction nécessaire a été apportée hier par Miguel Angel Moratinos. Dans un discours devant un groupe d’ambassadeurs, le chef de la diplomatie espagnole a jugé bon de préciser qu’il importe d’offrir au régime russe « une perspective de dialogue et non de confrontation ». Un message explicité par l’intéressé, quelques heures plus tard dans des propos rapportés par le quotidien El Pais et dont l’essentiel tient dans cette petite phrase : «La Russie actuelle n’est pas l’URSS, mais pas non plus celle de Boris Eltsine. » Ancien responsable de la politique étrangère britannique entre 1995 et 1997, sir Malcolm Rifkind a un jugement plus sévère encore : « Si nous n’y prenons garde, écrit-il dans une retentissante tribune du Herald Tribune, nous risquons de nous retrouver, dans un proche avenir, avec sur les bras une nouvelle guerre de Crimée. » Parce que, cela fait mal de le dire, « les intérêts stratégiques de l’Europe occidentale dans le Caucase ne dépassent que de bien peu (notre souci pour) la démocratie et la primauté de la loi au Zimbabwe et au Tibet ». La démarche entreprise hier par les Européens a, semble-t-il, porté (à moitié) ses fruits : à Barvikha, les deux présidents ont annoncé un retrait russe complet de Géorgie – mais pas des deux anciennes provinces aujourd’hui indépendantes – et un déploiement d’inspecteurs dépêchés par l’UE. C’est assez pour permettre à chacun de sauver la face mais nettement insuffisant pour calmer les appréhensions de ceux, ils sont nombreux, qui croient inévitable la reprise à moyen terme de l’opération de grignotage dans une région historiquement ultrasensible. Dans l’ancienne cité papale d’Avignon, en week-end, les avis étaient partagés sur l’initiative française, mais tout le monde se retrouvait sur deux points essentiels, définis ainsi par un diplomate : nécessité de régler la question par la négociation, sans recours à des sanctions, d’ailleurs inapplicables ; absence, en cas d’échec, d’un plan de rechange pour amener Moscou à résipiscence. Le pragmatisme imposait à chacun de faire montre de bonne volonté alors que la Cour internationale de justice entamait à La Haye l’examen d’une plainte de Tbilissi pour épuration ethnique, une accusation très vite qualifiée par le représentant russe de « calomnieuse » et renvoyé à l’expéditeur. Tout indique que l’on en restera là puisque l’humeur internationale est au beau fixe. D’une part, aucune pression n’aurait pu porter Vladimir Poutine à se retirer de l’Ossétie du Sud ; d’autre part, continuer d’attiser le feu sous le chaudron géorgien revenait à braquer les chancelleries du monde jadis dit libre. La raison a prévalu, ce dont on ne peut que se féliciter tant aurait été dangereuse la poursuite du duel engagé au lendemain du funeste 7 août. Hier soir, il restait à la troïka européenne à s’acquitter de la seconde partie de sa mission : convaincre Saakachvili qu’un mauvais arrangement est préférable à une bonne guerre. Le retour des sphères d’influence est inacceptable ; Yalta, c’est fini, avait lancé il y a peu Nicolas Sarkozy. Vraiment ?… Christian MERVILLE
Nicolas Sarkozy à Moscou en faiseur de paix : voilà une mission à la mesure de l’homme qui veut tout faire lui-même. Le cocasse de la situation est qu’il a entamé sa visite, hier à midi, par un entretien avec un chef d’État que l’on dit constamment forcé de s’en remettre à son prédécesseur et actuel Premier ministre. Une situation qui n’a pas empêché le président français, porte-parole des Vingt-Sept jusqu’à la fin de l’année en cours, de parler, habilement, d’un premier point de convergence avec la Russie, portant sur la nécessité, a-t-il dit, de mettre en pratique l’accord en six points conclu le 12 août à Tbilissi, soit cinq jours après le déclenchement des hostilités. Un traité supposé apporter un épilogue heureux au conflit géorgien grâce, entre autres, à un retrait des troupes...