Une tempête dans un encrier ? Une plume libre n’en demande pas tant et les vagues qu’elle peut provoquer, loin de noyer le poisson, font émerger toutes les arrière-pensées, tous les sous-entendus que les mers démontées s’emploient à recouvrir.
Au bout du chemin, sur les rivages tourmentés, le rendez-vous avec la vérité est inéluctable, une vérité qui fait tomber les masques, qui met à nu les intentions cachées, les comptes d’apothicaire.
Mais n’euphorisons pas trop : la trêve des armes est toujours de courte durée et l’accalmie n’est qu’un entracte entre deux tempêtes longuement « maturées ».
Le combat est incessant et les écueils nombreux, mais la plume, elle, trouvera toujours un encrier à sa mesure, la feuille blanche assoiffée des mots qui disent juste.
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La table des matières est longue et l’énumération éprouvante : de l’autobus de Aïn el-Remmaneh à l’accord de Doha, en passant par celui de Taëf, que de péripéties sanglantes, que de pages noires inscrites dans notre mémoire, incrustées dans notre chair.
Un éternel recommencement dans un théâtre de l’absurde où des films cauchemardesques sont projetés à guichets fermés. L’histoire, elle, n’arrête pas de s’esclaffer, de rire de la bêtise humaine, celle qui se renouvelle sans cesse de Beyrouth au Sud, de la Montagne au Nord.
Le Nord, précisément, qui reprend la vedette, qui ramène au-devant de la scène l’incontournable acteur syrien, acteur mais aussi producteur et réalisateur, une triple casquette que Bachar el-Assad a affichée sans complexe, au sommet quadripartite de Damas, sous les regards perplexes de Nicolas Sarkozy et de l’émir du Qatar.
Si l’incident tragique de Sojoud a mis le doigt sur une plaie béante, celle de l’armement parallèle à celui de l’État, hier palestinien, aujourd’hui hezbollahi, les graves dérapages de Tripoli et l’instabilité ambulante au Akkar ont propulsé au grand jour la menace salafiste sortie de sa tanière et qui nargue la Syrie à sa frontière.
Innocent le régime baassiste ? Bien sûr que non. La carte islamiste, il en a usé et abusé au gré de ses intérêts sans avoir jamais eu l’exclusivité de la fonction du tireur de ficelles. Une prolifération d’affiliations et d’assujettissements qui n’est que le miroir, dans un mouchoir de poche, de la rivalité, de l’antagonisme entre la Syrie et l’Arabie saoudite.
Les conseils arrogants dont nous a gratifiés Bachar el-Assad, ses allusions à la faiblesse de l’armée libanaise, préludent-ils à un retour militaire de la Syrie au Nord, une récidive qui ouvrirait largement la boîte de Pandore et ramènerait la région aux années noires de la tutelle syrienne ?
Difficile de le croire dans le contexte politique actuel, mais Saad Hariri a semble-t-il pris la mesure de la menace et a quasiment installé ses quartiers à Tripoli pour y désamorcer les bombes et éliminer les prétextes dont pourrait se prévaloir le régime baassiste pour intervenir.
Il n’en reste pas moins que Bachar el-Assad, au moment même où il se résigne à des relations diplomatiques avec le Liban, a voulu marquer le droit de regard qu’il veut s’arroger dans les affaires libanaises en raison, précisément, de la menace salafiste à sa frontière.
À Nicolas Sarkozy qui aurait pu être dubitatif, au président français si proche de l’État hébreu, il offre, en échange, la paix avec Israël, un rôle accru pour Paris dans le processus diplomatique, un retour décisif sur la scène moyen-orientale, arabe plus particulièrement, non plus par la porte libanaise, mais à travers celle de Damas.
Le cynisme dans son acception la plus élaborée, celui qui a fait les beaux jours de l’histoire baassiste. Une farce réussie, qui a survécu à trois années d’isolement, de repli imposé. Mais à qui donc sera dévolu le rôle du dindon ? Le Hezbollah gagnerait à poser la question à son allié et protecteur syrien.
Et l’État dans tout ça ? Toutes les plumes, des plus aiguisées aux plus raffinées, n’y pourront rien aussi longtemps que les parties concernées, celles qui lui bouffent son âme, n’y auront pas trouvé leur compte, leur intérêt.
L’auberge libanaise, on y est bien dedans et ce n’est pas demain qu’on en sortira.
Nagib AOUN
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Au bout du chemin, sur les rivages tourmentés, le rendez-vous avec la vérité est inéluctable, une vérité qui fait tomber les masques, qui met à nu les intentions cachées, les comptes d’apothicaire.
Mais n’euphorisons pas trop : la trêve des armes est toujours de courte durée et l’accalmie n’est qu’un entracte entre deux tempêtes longuement « maturées ».
Le combat est incessant et les écueils nombreux, mais la plume, elle, trouvera toujours un encrier à sa mesure, la feuille blanche assoiffée des mots qui disent juste.
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