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Actualités - Opinion

À demi-maux

Le président de Syrie a raison, dans l’absolu, quand il constate que le Liban ne saurait connaître de stabilité tant que n’est pas totalement neutralisé le brûlot de Tripoli. Il a encore raison de signaler que certains États arabes – telle l’Arabie saoudite, qu’il n’a pas toutefois nommée – soutiennent ouvertement des groupes extrémistes implantés dans le nord du Liban. Et au plan strictement technique, il pourrait bien avoir raison une fois de plus, quand il constate l’insuffisance des effectifs militaires œuvrant à ramener l’ordre et le calme sur place. Là s’achève cependant la liste des bons points. Car le président Assad feint d’oublier que maints de ces groupes extrémistes sont violemment antisaoudiens en réalité. Qu’ils sont capables de contracter les alliances les plus invraisemblables, ou de se vendre alors au plus offrant. Que la Syrie a déjà une longue expérience dans ce domaine. Et qu’en matière d’acheminement d’armes et de combattants, la proximité (pour ne pas dire la promiscuité) géographique offre au régime baassiste un avantage décisif sur la concurrence. Une chose par ailleurs est d’émettre librement toutes ces opinions dans l’intimité d’un sommet syro-libanais, comme ce fut le cas la semaine dernière à Damas. Et une autre chose est de dévoiler publiquement la nature des conseils de fermeté – et aussi des leçons de science militaire ! – que s’est vu prodiguer Michel Sleiman durant cette rencontre. Voilà qui n’était pas précisément flatteur en effet pour le brillant officier de carrière et le président de consensus qu’est Sleiman. Voilà surtout qui ne pouvait manquer d’être perçu sur-le-champ comme une flagrante ingérence, une de plus, dans les affaires libanaises. Que de surcroît ces choses-là aient été dites au cours d’une conférence de presse conjointement tenue avec un président de France croyant dur comme fer que la Syrie a tenu ses promesses libanaises n’en est que plus désolant. Cela dit, la sollicitude de nos voisins ne s’arrête guère aux portes de Tripoli. Engagée dans des négociations de paix indirectes avec Israël – tel était d’ailleurs l’objet du sommet quadripartite de jeudi à Damas –, la Syrie voudrait voir le Liban se joindre au même processus. Il reste que cette sollicitude serait autrement plus palpable si les Syriens se résignaient à reconnaître dans les formes, et non seulement en paroles, la libanité des fermes de Chebaa demeurées sous occupation israélienne ; la récupération de ce territoire, ou du moins sa mise sous juridiction provisoire de l’ONU, renforcerait considérablement en effet la position négociatoire de notre pays, de même que sa stabilité interne. À défaut, et si l’on n’y prend garde, c’est seulement à une reconstitution du jumelage des deux volets syrien et libanais de la négociation que l’on aurait procédé : jumelage à sens unique en réalité, Damas conservant en effet, pour son bénéfice exclusif, ces deux atouts maîtres : le dossier diplomatique de Chebaa et l’outil militaire du Hezbollah. Même dans l’après-Chebaa, la Résistance ne désarmera pas, vient de promettre à ce sujet Hassan Nasrallah. Dans son dernier discours, le leader chiite ne pouvait manquer d’aborder en outre la pénible affaire de l’hélicoptère militaire abattu au Liban-Sud. Regrettable méprise, douloureux accident comme il peut s’en produire partout, vile exploitation du drame par des médias pêchant en eau trouble : le ton avait été donné la veille déjà par son allié du Courant patriotique libre, le général Michel Aoun, qui est allé jusqu’à demander des poursuites judiciaires contre L’Orient-Le Jour pour incitation à la discorde nationale. À ces allégations, le journal, littéralement inondé de marques d’estime, de sympathie et de soutien, a déjà apporté la réponse adéquate. Restait à bien souligner ces deux points. – Endosser à fond, sans l’ombre d’une nuance, la thèse de l’accident fortuit qui s’est soldé par la choquante mort du capitaine aviateur Samer Hanna, c’est aussi devancer péremptoirement, soi-même, les résultats de l’enquête : exactement le reproche adressé à L’Orient-Le Jour qui dans l’information incriminée qu’il publiait en date du 30 août se référait très explicitement pourtant à des sources responsables, ministérielles notamment. À user intempestivement du tuyau d’arrosage, c’est l’arroseur qui finit, dès lors, par se trouver arrosé. – Il en va de même pour les lanceurs de pierres habitant imprudemment des maisons de verre. L’occupation et le saccage des locaux de la télévision du Futur, lors des désordres de mai dernier, ne témoignent certes pas, de la part de leurs auteurs, d’un culte immodéré de la liberté d’expression ou de l’éthique de l’information. Quant au chef du Courant patriotique libre, qui tout au long du dernier quart de siècle n’a cessé de croiser le fer avec la presse, qualifiée de vendue dès l’instant qu’elle lui refuse ses faveurs, on le voit s’en prendre aujourd’hui à un journal qui, à l’ère de l’occupation syrienne, a eu plus d’une fois des démêlés avec les autorités politiques et judiciaires parce qu’il prenait sa défense à chaque fois qu’il le fallait : preuve s’il en est que ce quotidien lutte non pour des personnes, mais pour des idéaux. Quoi qu’il en soit, le général serait bien inspiré d’examiner de plus près certains programmes proposés par sa propre chaîne de télévision. Lesquelles productions, en effet, ne sont pas toujours des modèles d’invite à la concorde, surtout quand elles sont diffusées en boucle pour ressasser les pages les plus noires de la guerre. La couleur orange n’y est absolument pour rien : ce n’est pas de la sorte qu’on aide les Libanais à voir la vie en rose. Issa GORAIEB
Le président de Syrie a raison, dans l’absolu, quand il constate que le Liban ne saurait connaître de stabilité tant que n’est pas totalement neutralisé le brûlot de Tripoli. Il a encore raison de signaler que certains États arabes – telle l’Arabie saoudite, qu’il n’a pas toutefois nommée – soutiennent ouvertement des groupes extrémistes implantés dans le nord du Liban. Et au plan strictement technique, il pourrait bien avoir raison une fois de plus, quand il constate l’insuffisance des effectifs militaires œuvrant à ramener l’ordre et le calme sur place.

Là s’achève cependant la liste des bons points. Car le président Assad feint d’oublier que maints de ces groupes extrémistes sont violemment antisaoudiens en réalité. Qu’ils sont capables de contracter les alliances les plus invraisemblables,...