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Actualités - Chronologie

Derrière la légende, l’homme

Ben Hur conduisant des chars (à pleins moteurs), Moïse et ses tables de lois, Michel-Ange perché sous le plafond de la chapelle Sixtine?: autant de figures immortelles qui ont immortalisé à leur tour celui qui les a incarnées?: Charlton Heston. Le comédien a pourtant souffert les six dernières années de sa vie d’Alzheimer. Une maladie de mortels. Mais celle-ci n’était pas la seule raison du désaveu de son public. Car cet acteur qui fut, avouons-le, un grand comédien, dû aux rôles qu’il a campés, n’était plus qu’un vieil homme amer rongé par la frustration, triste étendard d’une Amérique réactionnaire. «?J’ai eu une vie tellement merveilleuse. J’ai vécu assez pour deux?», avait-il dit à sa seule et unique épouse Lydia. Et tout le monde d’en convenir. Il avait effectivement une double vie. La première, admirable, pendant laquelle Charlton Heston s’est hissé au rang de monstre sacré grâce à ses incarnations viriles. «?(…) Bâti pour être fort, il est un archétype de ce qui fait gagner l’Amérique. Il représente le pouvoir américain et il a le profil d’un aigle?», écrivait Pauline Kael, critique au New Yorker, en 1968, lors de la sortie sur les écrans de Planet of the Apes. Et la seconde, où le comédien sombre dans une intolérance déplorable. Un virage à droite d’autant plus étonnant que l’acteur figurait parmi les plus fervents compagnons de route du mouvement des droits civiques dans les années 1960. De la marche sur Washington en août 1963, aux côtés du pasteur Martin Luther King, au geste très significatif où Heston brandit une vieille Winchester lors du congrès annuel de la NRA, les défiant de venir la lui arracher une fois sa mort venue, la conversion est totale. Après soixante ans de carrière et plus d’une centaine de films, l’acteur était devenu, grâce à sa stature d’athlète et son visage rugueux plus qu’à la subtilité de son jeu, une des plus grandes figures de Hollywood. C’est en 1952 que Charlton Heston s’est révélé au grand public grâce à Cecil B. DeMille, qui lui offre la tête d’affiche de son premier film. Il est par la suite tour à tour Moïse dans The Ten Commandements de (1956), Le Cid dans le film éponyme d’Anthony Mann (1961), Michel-Ange dans Agony and Ecstasy (1965). «?J’ai joué trois présidents, trois saints et deux génies. Si après ça, vous n’avez pas de problème d’ego, rien ne peut vous atteindre?», se plaisait-il à ironiser. Mais sa véritable consécration reste évidemment son interprétation de Ben Hur, une performance pour laquelle l’acteur sera récompensé d’un Oscar. Mais à cette vie remarquable fera suite une existence plus triste?: celle d’un acteur déchu de son piédestal et d’un homme marqué par l’aigreur. Son revirement politique soudain et son adhésion sans faille dans les années 1970 à la cause républicaine lui font attirer les foudres d’une certaine société intello. Durant six ans, de 1998 à 2003, Charlton Heston présidera la tristement célèbre National Rifle Association (NRA), puissant lobby défendant la cause de la libre circulation des armes aux États-Unis. Et alors que le président des États-Unis, Georges W. Bush, le décorait en 2003 de la médaille présidentielle de la liberté (la plus haute distinction civile), l’acteur était raillé par le cinéaste frondeur Michael Moore, dans Bowling for Columbine. En 1997, sur le campus de Harvard, il regrettera de devoir constater que dans son pays «?la voix des hommes blancs, craignant Dieu, possesseurs d’armes et hétérosexuels, ne compte plus?». D’autres interventions dans les milieux politiques terniront cette image de l’homme qui n’a cessé, à travers ses rôles, de propager un discours à la morale humaniste et universelle. «?J’ai une tête qui appartient à un autre siècle?», se plaisait-il à dire. Un «?autre siècle?» dans lequel Charlton Heston semble avoir fini par s’enfermer. Ce qui fait donc dire que derrière la légende il y a l’homme.
Ben Hur conduisant des chars (à pleins moteurs), Moïse et ses tables de lois, Michel-Ange perché sous le plafond de la chapelle Sixtine?: autant de figures immortelles qui ont immortalisé à leur tour celui qui les a incarnées?: Charlton Heston. Le comédien a pourtant souffert les six dernières années de sa vie d’Alzheimer. Une maladie de mortels. Mais celle-ci n’était pas la seule raison du désaveu de son public. Car cet acteur qui fut, avouons-le, un grand comédien, dû aux rôles qu’il a campés, n’était plus qu’un vieil homme amer rongé par la frustration, triste étendard d’une Amérique réactionnaire.
«?J’ai eu une vie tellement merveilleuse. J’ai vécu assez pour deux?», avait-il dit à sa seule et unique épouse Lydia. Et tout le monde d’en convenir. Il avait effectivement une double vie.
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