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Actualités - Opinion

Le point L’empire attaque

Formule connue des cinéphiles : toute ressemblance avec une situation, des personnages existants est purement fortuite. Ouais, mais rien, à l’œil d’un profane, ne semble moins vrai s’agissant du psychodrame qui se joue depuis ce début de semaine à Kiev. Alors, Géorgie-Ukraine, un même combat ? Peut-être bien, avec cette différence que les acteurs ne sont pas les mêmes, ni les données, exception faite d’un seul point commun : l’ombre omniprésente du « Big Brother », moins disposé encore que par le passé à admettre le passage attendu de l’ancien protégé dans le camp atlantique, encouragé dans son intransigeance par l’existence dans la place d’alliés de poids et par son relatif succès de la semaine passée. Dire que Viktor Iouchtchenko et Ioulia Timochenko s’entendent mal constitue un euphémisme. En 2005 déjà, le divorce entre la blonde prima donna et le héros de la révolution orange avait été prononcé aux torts réciproques des deux conjoints politiques. Évaporée la griserie de la fin 2004, il ne restait sur la scène que deux êtres assoiffés de pouvoir, lui ne parvenant pas à oublier qu’il avait vu la mort de près (l’affaire de son empoisonnement par, disait-on à l’époque, ses rivaux), elle désireuse d’assumer enfin un rôle qui, pensait-elle, lui revenait de plein droit puisqu’elle avait été l’âme de ces journées exaltantes qui avaient vu le pays rompre les amarres qui le reliaient à l’ancien suzerain. On n’en est plus là aujourd’hui. La pasionaria est accusée par son ancien allié de fomenter, ni plus ni moins, un coup d’État politique et constitutionnel, supposé lui permettre d’avoir en main tout l’appareil officiel. L’accusation n’est pas gratuite puisque, depuis quelque temps, une machination diabolique se met en place sous la forme d’une série de lois arrachant au président quelques-unes de ses nombreuses prérogatives pour les confier à l’Exécutif et même prévoyant certains cas permettant sa destitution. Ce qui n’arrange rien, c’est que ces textes ont été approuvés par le Parlement grâce à une nouvelle majorité composée du bloc du Premier ministre et du mouvement prorusse comprenant le Parti des régions et les rescapés de la débâcle de l’ex-PC. La contre-offensive du chef du gouvernement a été déclenchée en deux temps. Elle a commencé par annoncer le maintien de son appui à la coalition en place avant de dénoncer « l’attitude irresponsable » de son ancien allié et les mesures « hystériques » prises peu auparavant, notamment la décision des députés de sa formation, « Notre Ukraine », de cesser de siéger au banc du gouvernement. Pour elle, il est évident que le président s’acharne « depuis huit mois à détruire systématiquement » l’alliance entre les deux pôles, désormais ennemis à mort. Il est navrant de constater que tout cela relève d’une maladresse que n’excuse pas l’inexpérience des protagonistes ni le précédent géorgien. Comme pour ne pas être en reste, le chef de l’État a multiplié comme à plaisir les pas de clerc. Il a pris la tête de la coalition, formée avec les Républiques baltes et la Pologne, qui s’est précipitée au chevet de Tbilissi au plus fort de la crise sur les enclaves séparatistes de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie ; il s’est payé le luxe de susciter l’ire de son puissant voisin en cherchant à contrôler le mouvement de la flotte russe de Crimée ; enfin, ses récentes prises de position masquent une intention à peine déguisée d’organiser des élections générales anticipées qui lui permettraient de disposer d’une nouvelle majorité. Cet espoir n’est pas vain car, handicapée par la sympathie que lui manifeste le Kremlin, la belle Ioulia pourrait être la grande perdante d’une éventuelle consultation. Son adversaire, pour sa part, ne semble pas logé à meilleure enseigne puisqu’il voit s’éloigner chaque jour un peu plus le mirage d’une adhésion à l’OTAN. En effet, l’Allemagne, la France et l’Italie ne veulent pas – pas encore à tout le moins – entendre parler d’une telle union, qu’ils jugent contre nature dans la conjoncture présente et, en outre, susceptible de porter Moscou à raidir un peu plus encore ses positions. Toujours est-il qu’une intervention du Kremlin « à la géorgienne » paraît hautement improbable, de l’avis des spécialistes, malgré les cris d’orfraie poussés par l’ancien président Edouard Chevardnadze. D’abord parce que les divisions entre russophones et ukrainophones sont moins nettement marquées que le séparatisme d’ordre ethnique prévalant dans de vastes régions caucasiennes. Ensuite parce que l’une est une nation relativement mineure, disposant d’un semblant d’armée de 18 000 hommes, alors que l’autre affiche une population de 46 millions d’âmes et une troupe de 200 000 soldats. Le hic cependant, pour peu que l’on veuille en appeler à l’histoire, c’est qu’il y eut deux Ukraine, séparées par le Dniepr et la langue, gouvernées l’une par l’Empire austro-hongrois, l’autre par les Russes, l’une orthodoxe, l’autre grecque-catholique. De quoi donner à réfléchir aux Ukrainiens eux-mêmes, et surtout à Moscou. Christian MERVILLE
Formule connue des cinéphiles : toute ressemblance avec une situation, des personnages existants est purement fortuite. Ouais, mais rien, à l’œil d’un profane, ne semble moins vrai s’agissant du psychodrame qui se joue depuis ce début de semaine à Kiev. Alors, Géorgie-Ukraine, un même combat ? Peut-être bien, avec cette différence que les acteurs ne sont pas les mêmes, ni les données, exception faite d’un seul point commun : l’ombre omniprésente du « Big Brother », moins disposé encore que par le passé à admettre le passage attendu de l’ancien protégé dans le camp atlantique, encouragé dans son intransigeance par l’existence dans la place d’alliés de poids et par son relatif succès de la semaine passée.
Dire que Viktor Iouchtchenko et Ioulia Timochenko s’entendent mal constitue un euphémisme. En...