Entériner sans délai le découpage des circonscriptions convenu lors de la conférence de Doha, et pour la suite on verra bien ? Se donner plutôt le temps, comme le veulent la règle, l’usage et le bon sens, de peaufiner une loi électorale cohérente et complète, un produit fini livrable clés en main ? Le débat entamé hier à la Chambre ne pouvait que dévier bruyamment sur la question de la sécurité publique, après les incidents de la veille dans le quartier ultrasensible de Ras el-Nabeh. Et ce débat eut pu passer pour une discussion sur le sexe des anges, s’il ne s’agissait, hélas, d’un pays livré aux démons des clivages sectaires, sans cesse excités par les manipulateurs étrangers.
Toute innovation en matière de système électoral ne manque certes pas de créer une situation assez paradoxale ; ce phénomène, cependant, est particulièrement évident dans les démocraties approximatives, telle celle pratiquée dans notre pays. Car il s’agit bien, en somme, pour les élus du moment, de fixer une nouvelle règle du jeu, avec toutes les garanties – mais aussi les risques – qu’elle comporte pour leurs carrières personnelles comme pour le groupe, le parti, ou la simple alliance électorale dont ils relèvent.
De manière plus schématique, la majorité est soucieuse bien sûr de conserver son avantage numérique, et l’opposition, non moins naturellement, ne songe qu’à le lui ravir. Pour un peu toutefois, on se demanderait si tant d’acharnement et d’âpreté entourant cette foire d’empoigne se justifie encore de nos jours. Poussée en effet à son extrême limite (poussée de surcroît à coups de pied, et même à coups de feu comme lors des débordements sécuritaires du mois de mai dernier), la démocratie dite consensuelle a débouché sur l’absurde intégral : ici une majorité dessaisie du privilège que lui conférait le verdict des urnes ; et là une minorité imposant – bien qu’à rebours – sa loi au gouvernement d’union nationale, au sein duquel elle s’est taillé un droit de veto.
Au vu de tout ce qui précède, au vu aussi du compromis bricolé à chaud par le président de l’Assemblée Nabih Berry – le découpage bientôt approuvé en commission, et une loi votée peu après en une pièce –, il n’y a pas de quoi s’inquiéter au fond : le pays ne risque pas de rester en panne de loi électorale. Mais il serait illusoire d’attendre quelque progrès réel dans le mode de scrutin, du moment que les deux camps en présence, que tout sépare pourtant, continuent de s’accommoder d’une formule dont ils escomptent, à tort ou à raison, tout bénéfice.
C’est ailleurs cependant que se situe le vrai paradoxe. De quelle espèce d’élections parle-t-on en effet, alors que l’un des principaux acteurs politiques s’est arrogé le monopole de la détention des armes et que la violence, mille fois répudiée en paroles, est toujours à fleur de peau, qu’elle ne rate pas une seule occasion de se manifester dans la rue, comme cela s’est encore produit lundi soir dans un quartier sensible de la capitale ? De quelle liberté de candidature et de vote peut-il être question dans ces régions où la sainte alliance du prêche et du fusil ne souffre guère la contestation ? Reste à se demander surtout quelle confiance en soi, quelle efficacité auront retrouvé, au moment d’assurer le bon déroulement de l’opération électorale, ces forces de l’ordre doublonnées sur leur propre terrain, demeurées l’arme au pied lors des désordres de mai, et demeurées impuissantes à éteindre le feu qui couve toujours à Tripoli...
Pas de panique, toutefois : d’ici au printemps électoral, et avec un peu de chance, l’armée nationale se sera sans doute dotée d’un nouveau commandant. Pas d’espoirs délirants non plus : l’heureux élu sera fatalement le fruit d’un consensus dévoyé, dénaturé. Telle semble être devenue la paralysante, l’inhibitrice, l’émasculatrice règle.
Issa GORAIEB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Entériner sans délai le découpage des circonscriptions convenu lors de la conférence de Doha, et pour la suite on verra bien ? Se donner plutôt le temps, comme le veulent la règle, l’usage et le bon sens, de peaufiner une loi électorale cohérente et complète, un produit fini livrable clés en main ? Le débat entamé hier à la Chambre ne pouvait que dévier bruyamment sur la question de la sécurité publique, après les incidents de la veille dans le quartier ultrasensible de Ras el-Nabeh. Et ce débat eut pu passer pour une discussion sur le sexe des anges, s’il ne s’agissait, hélas, d’un pays livré aux démons des clivages sectaires, sans cesse excités par les manipulateurs étrangers.
Toute innovation en matière de système électoral ne manque certes pas de créer une situation assez paradoxale ; ce...