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Actualités - Analyse

PERSPECTIVE Là où le bât blesse…

Le Hezbollah aura beau tenter de noyer le poisson dans l’eau dans tout débat sérieux sur la stratégie de défense et sur le sort de son arsenal militaire, le problème continuera malgré tout à se poser avec acuité non seulement sur la scène locale, mais également à l’échelle régionale et même internationale. Les dernières menaces israéliennes contre le Liban, motivées par le renforcement qualitatif et quantitatif de l’équipement militaire du parti pro-iranien, mettent en relief une fois de plus à quel point le positionnement guerrier et l’ancrage régional de la formation chiite entraînent le pays, bien malgré lui, sur les voies de la confrontation la plus aventurière. Le précédent de juillet 2006 constitue à cet égard l’exemple le plus probant. Et il y a quelques jours, des sources diplomatiques occidentales à Beyrouth mettaient aussi en garde contre de nouvelles attaques israéliennes visant « des infrastructures, les sièges officiels et les établissements non civils », en cas d’escalade avec le Hezbollah. Qu’un État entreprenne de mettre à profit et de mobiliser les potentialités de sa population pour planifier et structurer sa défense contre toute menace potentielle, cela est fréquent un peu partout dans le monde. La Suisse, pour ne citer qu’un cas parmi tant d’autres, mise en grande partie sur les capacités et l’expertise de sa jeunesse pour être en mesure de faire face à toute éventuelle agression – même si une telle possibilité est aujourd’hui très peu probable, voire quasiment inexistante. Dans le cadre d’un tel principe prévoyant une participation active de la population à la défense du pays, le général Michel Aoun a prôné, dans son intervention au Parlement lors du débat sur la déclaration ministérielle (et il l’a répété hier au Liban-Sud), la « coexistence » et la « complémentarité » entre l’armée et la « Résistance » (entendre ici par Résistance le Hezbollah, puisque celui-ci s’est arrogé le « droit » de monopoliser manu militari la lutte contre l’occupation, et cela depuis le milieu des années 80 lorsqu’il a entrepris, d’abord, de liquider, avec l’aval des Syriens, les principaux cadres et responsables de la « résistance nationale » laïque, avant de liquider ensuite toute présence milicienne, structurée, du mouvement Amal au Liban-Sud à la suite de la longue et sanglante guerre qu’il a menée contre son rival chiite dans l’Iqlim el-Touffah). Ce que le général Aoun a omis de préciser – alliance avec le Hezbollah oblige – en vantant les vertus de la complémentarité entre les forces régulières et la Résistance, c’est que dans tous les pays du monde, lorsque la population est appelée à participer à la défense du pays, elle le fait sous l’autorité de l’État. Ce dernier est alors seul habilité à prendre la décision de guerre ou de paix et à définir, le cas échant, le rôle de chaque faction (armée, milice populaire…) dans la bataille commune. La population peut prendre l’initiative du combat lorsque l’État et l’armée n’existent plus ou lorsqu’ils se transforment en collaborateurs avec l’ennemi. Mais dans le cas de figure d’une armée bel et bien présente et assumant son rôle dans la défense du territoire, il n’existe alors, dans l’histoire, aucun exemple significatif de résistance populaire agissant d’une manière totalement indépendante et en marge de l’État. En sa qualité d’ancien commandant en chef de l’armée, il est tout à fait surprenant – et déplorable – que le général Aoun n’ait pas pris la peine de relever une telle évidence, alors qu’il avait été le premier à dénoncer cette dualité entre forces régulières et Résistance. Ce qui rend l’omission à laquelle s’est livré le général Aoun encore plus grave, c’est que cette Résistance que le chef du CPL désire préserver est mue dans son action par une raison d’État purement et simplement… iranienne. Et c’est précisément là que le bât blesse dans tout débat, présent ou futur, sur la stratégie de défense. Dans son livre-référence sur le Hezbollah, le « numéro deux » du parti chiite, cheikh Naïm Kassem, souligne en effet clairement et explicitement que sa formation fait acte d’allégeance envers le wali el-fakih (en l’occurrence l’imam Khamenei, actuellement) et que toutes « les grandes décisions politiques » d’ordre stratégique, et plus particulièrement « la décision de guerre et de paix », relèvent exclusivement du wali el-fakih dont les pouvoirs sur ce plan sont absolus et non contestables (voir à ce propos, notamment, la page 23, alinéa 3, ainsi que les pages 51-52, 69-70, 72, 76 et 339-340 de la version originale, en langue arabe, du livre de Naïm Kassem sur le Hezbollah, édition Dar el-Hadi). Comment serait-il possible, à l’ombre d’une telle donnée à caractère doctrinal, d’intégrer l’appareil militaire du Hezbollah à une stratégie globale de défense, alors que ce parti n’est pas lui-même maître de ses décisions en termes d’option de guerre et de paix, puisque une telle option relève du wali el-fakih, donc des calculs et des intérêts stratégiques de la République islamique iranienne – dont les ambitions et les visées régionales, voire internationales, ne sont plus à démontrer. Lorsque le général Aoun et les autres pôles du 8 Mars omettent de relever ce paramètre, cela revient à déformer la réalité et à tromper effrontément l’opinion publique – pour le moins qu’on puisse dire. Toute discussion sur l’élaboration d’une stratégie de défense admettant comme un fait accompli la présence – forcément autonome – de l’appareil militaire du Hezbollah serait, par voie de conséquence, tronquée à la base. Sauf si le parti chiite se livre à une petite « révolution culturelle » et se libanise en mettant un terme à ses liens organiques et idéologiques avec le régime iranien des mollahs. Le pays se trouve-t-il ainsi devant la quadrature du cercle ? Sans doute. Mais les Libanais auront dans les prochains mois une opportunité historique de briser ce cercle vicieux : les élections législatives du printemps 2009. Ils pourront alors choisir entre deux projets politiques, aux antipodes l’un de l’autre : l’édification d’un État central véritablement souverain et politiquement indépendant, se consacrant exclusivement, enfin, à la « reconstruction de la maison libanaise », avec tous les aléas et les contraintes d’une telle entreprise ; ou bien le maintien, et le renforcement, d’un mini-État dans l’État, avec tout ce que cela implique comme conséquences inhérentes à l’ancrage du Liban à la stratégie iranienne et à l’aventurisme guerrier aux retombées dévastatrices. Aux Libanais, et plus particulièrement aux chrétiens, de faire le choix… Michel TOUMA
Le Hezbollah aura beau tenter de noyer le poisson dans l’eau dans tout débat sérieux sur la stratégie de défense et sur le sort de son arsenal militaire, le problème continuera malgré tout à se poser avec acuité non seulement sur la scène locale, mais également à l’échelle régionale et même internationale.
Les dernières menaces israéliennes contre le Liban, motivées par le renforcement qualitatif et quantitatif de l’équipement militaire du parti pro-iranien, mettent en relief une fois de plus à quel point le positionnement guerrier et l’ancrage régional de la formation chiite entraînent le pays, bien malgré lui, sur les voies de la confrontation la plus aventurière. Le précédent de juillet 2006 constitue à cet égard l’exemple le plus probant. Et il y a quelques jours, des sources diplomatiques...