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EN DENTS DE SCIE In utero Ziyad MAKHOUL

Trente-quatrième semaine de 2008. Une majorité gouverne et une opposition… s’oppose. C’était au moment de la naissance de cette ânerie monumentale qu’on continue de vouloir appeler gouvernement d’union nationale et au sein duquel la solidarité interministérielle est aussi présente que, par exemple, au hasard, la démocratie en Syrie. Ou le bon sens au sein du 14 Mars. Ou la bonne foi au sein du 8 Mars. Peu importe : le patriarche Sfeir avait su tout résumer, rappelant aux mémoires-caoutchouc, aux autruches et à tous les tordus de ce pays ce principe élémentaire qui reste à la base d’une gestion politique saine dans n’importe quel pays civilisé. Mais pas ici. Naturellement. Ici, on ne fait jamais comme les autres. Ici, l’opposition intègre l’équipe au pouvoir non pour construire quelque chose ou pour contribuer à sacraliser les concepts d’État et de Constitution, mais pour s’employer à saborder cette équipe même en faisant des pieds et des mains pour en dynamiter sa principale composante : la majorité. C’est un joueur de football payé pour uniquement marquer des buts contre son propre camp. C’est un cytomégalovirus introduit par le corps lui-même – ou une partie de ce corps. C’est un bug autoproduit ; un bug dans tous les sens : un insecte qui ronge, qui bouffe de dedans, qui vampirise, aussi bien qu’une erreur de programmation due au développeur et conduisant à un mauvais fonctionnement du logiciel. Ce processus porte un nom : hezbollahisation. Un processus suivi minutieusement par le parti de Dieu depuis des années et qui consiste, en l’occurrence, à saper l’État grâce à la prolifération de mini-États et la mise en place à volonté de structures, dogmes et autres lois paraétatiques. La contamination est faite : le CPL, aujourd’hui, s’y essaie – et tous azimuts. Comme un gamin qui pleurnichait sans arrêt pour obtenir son hochet ; un gamin à qui l’on donne finalement ce nouveau jeu et qui, par pure méchanceté, s’amuse à en briser définitivement le mécanisme en le démontant – de dedans. Il ne s’agit nullement de méchanceté pour le courant aouniste – ou alors, c’est bien secondaire. Là, c’est de la démagogie pure. Simple. Immaculée. Et qui se crache dans toute sa splendeur, sa hargne, sa détermination – le tout à moins d’un an des législatives les plus cruciales de l’histoire contemporaine de ce pays. Ils disent : les prérogatives du vice-président du Conseil sont bafouées, les droits des chrétiens en général et des grecs-orthodoxes en particulier sont donc absolument spoliés. Comme ça. Ex abrupto. Et on ergote ad vitam sur ces méchants sunnites (les haririens – pas les autres) qui veulent phagocyter les gentils chrétiens (les aounistes – pas les autres), tout en se défendant, naturellement, de vouloir éclabousser de quelque manière que ce soit cette belle coexistence sans laquelle le Liban mourrait. Au CPL, ils sont réellement passés maîtres dans l’art de prendre les Libanais pour des crétins. Par trois fois. Un : en insinuant que c’est le Premier ministre qui prend les décisions et non pas le Conseil des ministres réuni. Deux : en laissant penser que tous les prédécesseurs de Issam Abou-Jamra étaient des marionnettes fadasses et inutiles. Trois, et c’est le pire : en oubliant royalement que les prérogatives du n° 4 de l’État, le très grec-orthodoxe vice-président de la Chambre, Farid Makari en l’occurrence, sont au mieux inexistantes, au pire dévorées par le chef du Législatif – d’autant que le légendaire appétit de l’actuel (du perpétuel ?) locataire du perchoir est connu de tous. Si seulement cela s’arrêtait là : il y a aussi les incessantes tracasseries internes que le Premier ministre est obligé de subir en permanence, comme celles du pourtant honnête Alain Tabourian, en charge du ministère de l’Énergie et de l’Eau, mais qui refuse pourtant de se rendre en Irak pour parler pétrole et combustibles, ou celles d’autres ministres de l’opposition, qui jugent utile de critiquer publiquement les visites officielles menées par Fouad Siniora. Des détails, de petits et pas toujours très méchants détails, il est vrai… Sauf que leur accumulation, leur régularité, leur programmation même finiront immanquablement par une explosion – un grand boum politique, donc sécuritaire… Le bug est là. Les bugs. Aussi vaillant, aussi méticuleux et aussi hardi et résolu soit-il à débuger, Michel Sleiman ne peut pas, seul, dératiser. Ni faire que cela. P.-S. : Petite histoire drôle : jeudi, en Conseil des ministres, lorsque le président de la République fait comprendre à tous qu’il est grand temps de mettre un terme à la polémique autour de la vice-présidence du Conseil, le vaillant Issam Abou-Jamra annonce, mi-figue mi-raisin, qu’il entend planter une tente au cœur du Sérail et d’y siéger en prenant soin de marquer au feutre noir sur le drap blanc (de ladite tente : ils doivent en avoir encore des centaines en stock, au CPL…) : Ici se trouve le bureau du vice-président du Conseil. Provoc ou humour jaune-noir ? Il n’en reste pas moins que Michel Sleiman s’est empressé de lui répondre que le temps des tentes, fleuries ou pas, est révolu, et qu’il faut se faire désormais au temps de l’État.
Trente-quatrième semaine de 2008.
Une majorité gouverne et une opposition… s’oppose. C’était au moment de la naissance de cette ânerie monumentale qu’on continue de vouloir appeler gouvernement d’union nationale et au sein duquel la solidarité interministérielle est aussi présente que, par exemple, au hasard, la démocratie en Syrie. Ou le bon sens au sein du 14 Mars. Ou la bonne foi au sein du 8 Mars. Peu importe : le patriarche Sfeir avait su tout résumer, rappelant aux mémoires-caoutchouc, aux autruches et à tous les tordus de ce pays ce principe élémentaire qui reste à la base d’une gestion politique saine dans n’importe quel pays civilisé.
Mais pas ici. Naturellement. Ici, on ne fait jamais comme les autres. Ici, l’opposition intègre l’équipe au pouvoir non pour construire quelque chose ou pour...