Les arrière-pensées et non-dits parlent si fort qu’il n’est même pas besoin d’entendre ce que disent les champions de la manœuvre politique. C’est d’entente pourtant qu’il est précisément question ici.
Tout ce qui peut rapprocher des Libanais (dire les Libanais serait hélas placer la barre trop haut) est naturellement le bienvenu. Le problème cependant, c’est cette funeste propension des mêmes Libanais à ne se retrouver, l’espace d’une nuit de miel, que pour faire front contre d’autres Libanais. Ce sont ces mêmes incertitudes et appréhensions que suscitait déjà la signature, il y a deux ans, d’un document d’entente entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre du général Michel Aoun.
De cette improbable rencontre, on était en droit d’escompter le meilleur, mais on pouvait tout autant en redouter le pire. C’est un fait que la substantielle couverture ainsi offerte à la milice chiite a, durant les dernières années de crise, interdit tout retour aux classiques lignes de fracture islamo-chrétiennes. En revanche, le CPL, longtemps héraut d’un nationalisme pur et dur, n’a guère réussi à libaniser un parti théocratique tirant gloire de sa filiation idéologique iranienne et de son alliance stratégique avec la Syrie. C’est plutôt le contraire qui, objectivement, s’est produit...
Réédité lundi avec une brochette d’organisations fondamentalistes du Liban-Nord, gelé en catastrophe dès hier en raison des risques évidents de division intracommunautaire qu’il recelait, l’éphémère accord se réclamait, cette fois aussi, d’intentions on ne peut plus louables : éviter toute discorde violente entre chiites et sunnites libanais ; enrayer cette fitna dont le spectre n’a jamais paru plus menaçant que lors des graves affrontements et débordements survenus ces derniers mois à Beyrouth et en province, avant de déboucher sur le dangereux abcès de fixation de Tripoli. Il reste que par ses objectifs parallèles, comme d’ailleurs par certaines maladresses dans sa formulation, l’entente de lundi n’a pas tardé à susciter un concert de réserves et de critiques.
Les formes, d’abord : il est proscrit à tout musulman, pouvait-on lire dans ce document, de verser le sang d’autres musulmans. Voilà qui est fort bien, mais quid du sang des autres ? Et n’eût-il pas mieux valu déclarer haram, interdit et même sacrilège, toute effusion de sang libanais, sans autre distinction ? Le fond, maintenant : seuls les naïfs se seront étonnés qu’une entente de ce genre, annoncée d’aussi théâtrale manière, n’ait pas été négociée et conclue entre instances également représentatives des deux parties en présence : instances spirituelles, soit le Conseil supérieur chiite et Dar el-Fatwa ; ou instances politiques alors, c’est-à-dire le Hezbollah et le Courant du futur, chef pratiquement incontesté du sunnisme libanais. En choisissant plutôt pour partenaire une branche nettement minoritaire de la mouvance salafiste, le Hezbollah n’avait visiblement d’autre objectif que d’enfoncer un coin dans les vastes retrouvailles sunnites qu’entraîna, au plan électoral notamment, l’assassinat de Rafic Hariri.
Pour savante toutefois qu’ait pu être la manœuvre politique, elle s’est instantanément payée d’une embarrassante interrogation, que d’aucuns ont vite fait d’assimiler, d’ailleurs, à un demi-aveu : pourquoi donc en effet un tel pacte de non-agression entre parties censées n’avoir jamais croisé le fer sur le pré ? Et n’était-ce pas là donner crédit aux rumeurs et accusations faisant état d’une implication active du Hezbollah dans les affrontements endémiques entre communautés sunnites et alaouites de Tripoli ? Plus cuisant encore est le camouflet essuyé hier, avec ces drôles de signataires cédant de suite aux intenses pressions de l’establishment sunnite et revenant benoîtement sur leur paraphe, dont l’encre n’avait pas encore séché.
Que toutes ces gesticulations aient lieu dans la perspective du dialogue national auquel a appelé le président de la République, qu’il ne faille dédaigner aucun allié potentiel, cela peut paraître de bonne guerre. C’est seulement de mauvaise politique, en fait : car si le Liban est un pays en proie au confessionnalisme, ce ne sont pas pour autant les apôtres de la religion politique qui pourront un jour lui apporter équilibre et sérénité. Dès lors, et plutôt que de lorgner du côté de Tripoli ou ailleurs, le Hezbollah serait bien inspiré de regarder devant sa porte. De constater la réalité du malaise au sein de la communauté chiite, dont il se pose en porte-parole inspiré : malaise dont se faisait tout récemment l’interprète, devant l’Assemblée nationale et avec autant de courage que de conviction, le président Hussein Husseini.
Entente bien ordonnée...
Issa GORAIEB
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Tout ce qui peut rapprocher des Libanais (dire les Libanais serait hélas placer la barre trop haut) est naturellement le bienvenu. Le problème cependant, c’est cette funeste propension des mêmes Libanais à ne se retrouver, l’espace d’une nuit de miel, que pour faire front contre d’autres Libanais. Ce sont ces mêmes incertitudes et appréhensions que suscitait déjà la signature, il y a deux ans, d’un document d’entente entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre du général Michel Aoun.
De cette improbable rencontre, on était en droit d’escompter le meilleur, mais on pouvait tout...