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Actualités - Opinion

LE POINT Mourir pour Tskhinvali

La météo politique s’annonçait idéale, à la fin de la semaine dernière, pour un coup de force contre une minuscule province séparatiste de 70 000 âmes. Les regards du monde entier étaient braqués, en effet, sur Beijing où s’ouvraient, dans un ruissellement de feux d’artifice, les Jeux olympiques du siècle, et chaque pays avait pour ses athlètes les yeux de Chimène, à l’exception notable des États-Unis, immergés dans une campagne électorale que ne parvenaient pas à totalement occulter les rumeurs sur les frasques de l’ancien colistier de John Kerry, le fringant John Edwards. Mais que diable allait donc faire l’honorable Mikhaïl Saakachvili dans le minuscule guêpier ossète ? Et pourquoi venait-il de décider, près de dix-huit ans après une première épreuve de force qui avait d’ailleurs mal tourné, de déterrer soudain la hache de guerre, au risque d’embraser l’ensemble de la poudrière caucasienne ? Il y a d’abord, encore une fois, le moment choisi : avec un Vladimir Poutine présent dans la capitale chinoise, le président géorgien a probablement estimé possible de réussir son blitzkrieg et par la même occasion de booster sa demande d’adhésion à l’Alliance atlantique. Sans doute a-t-il jugé que la récente visite de George W. Bush puis celle de John McCain constituaient-elles pour lui un encouragement dont il avait à peine besoin tant est grande sa réputation de joueur, capable de miser sa fortune populaire, et par la même occasion celle de son pays, sur un coup de dés donné par avance gagnant. L’ennui est que, si l’actuel chef de l’État se voit en roi David IV dit le Bâtisseur, son homologue russe, lui, a décidé il y a longtemps d’endosser l’habit de Pierre Ier le Grand. Le premier (1099-1125) avait chassé les Seldjoukides – lointains héritiers des Arabes qui avaient occupé Tbilissi en 645 – pour élargir sa zone d’influence jusqu’à l’Arménie d’un côté, jusqu’aux rives de la mer Caspienne d’un autre côté. Le second rêve d’appesantir à nouveau la poigne de Moscou sur l’ancienne Union soviétique. Il ne peut se résoudre à voir les Ossètes du Sud et ceux du Nord, de même d’ailleurs que les Abkhazes, devenir les féaux sujets d’une république dont la grande ambition consiste à réclamer l’installation sur son territoire de missiles atlantiques de nom, en fait américains, et à travers laquelle transite ce fameux oléoduc BTC – cauchemar du Kremlin – acheminant le pétrole (1,2 million de barils/jour) des champs de Bakou l’azerbaïdjanaise au port turc de Ceyhan, sur la mer Méditerranée. À chacun ses marches d’un empire depuis longtemps défunt… Élu en 2004, le successeur d’Edouard Chevardnaze a voulu mettre au pas la partie russophone de la population et s’est engagé à accomplir sa mission avant la fin de son mandat. Pendant ce temps, la Russie achevait son annexion en douceur du territoire sécessionniste, délivrant des passeports aux habitants, nommant les hauts fonctionnaires de la province et y déléguant une mission de paix qui se comportait en terrain conquis. On était loin du temps où une sorte de « zone franche » bon enfant s’était créée à Ernegi, qui échappait à tout contrôle et, bien entendu, à toute taxe. Aujourd’hui, tout semble indiquer que les Géorgiens ont donné droit dans le piège tendu par les Russes. Les attaques de la semaine écoulée auront permis des succès rapides, mais éphémères, comme le prouve la réaction de ce qui fut la glorieuse Armée rouge. C’est qu’il y avait, dans un plateau de la balance, un pays de 5 millions d’habitants, avec une armée de 18 000 hommes – dont 2 000 se trouvaient en Irak, qui viennent d’être rapatriés en catastrophe grâce aux avions gros porteurs américains … –; et, dans l’autre plateau, un mastodonte de 142 millions d’âmes, avec une armée de l’air, une marine de guerre et un état-major dont les qualités militaires (même si elles restent sans commune mesure avec celles des maréchaux de 39-45) pallient l’inexpérience d’une troupe de bleus. Dans tout cela, il est difficile d’oublier que l’on a frôlé à tout moment le grand affrontement, avec les États-Unis cette fois. Certains témoignages font état, en effet, de la découverte sur le terrain de cadavres de combattants « à la peau basanée, des tatouages sur l’avant-bras et portant des uniformes noirs », ce dernier détail donnant à croire qu’il s’agirait de redoutables mercenaires de Blackwater et de DynCorp, tristement célèbres depuis les exactions commises en Irak. Vendredi déjà, Vladimir Vassilyev, président de la commission de la Sécurité au sein de la Douma, invitait le monde à réaliser que « sans l’aide des USA, Tbilissi ne se serait jamais lancé à l’assaut de l’Ossétie du Sud ». Comme à l’appui de ces dires, les trois anciennes Républiques baltes, rejointes par la Pologne, viennent d’appeler l’OTAN à « contrer l’impérialisme russe », pendant qu’à Bucarest, le président Traian Basescu, se voulant rassurant, annonçait à ses concitoyens qu’il n’y avait aucun risque de sécession de la province de Transdniestrie, mais se hâtait de préciser : « Pour le moment. » Réchauffement climatique, dites-vous ? Pas dans le ciel de l’ex-empire des glaces. Christian MERVILLE
La météo politique s’annonçait idéale, à la fin de la semaine dernière, pour un coup de force contre une minuscule province séparatiste de 70 000 âmes. Les regards du monde entier étaient braqués, en effet, sur Beijing où s’ouvraient, dans un ruissellement de feux d’artifice, les Jeux olympiques du siècle, et chaque pays avait pour ses athlètes les yeux de Chimène, à l’exception notable des États-Unis, immergés dans une campagne électorale que ne parvenaient pas à totalement occulter les rumeurs sur les frasques de l’ancien colistier de John Kerry, le fringant John Edwards.
Mais que diable allait donc faire l’honorable Mikhaïl Saakachvili dans le minuscule guêpier ossète ? Et pourquoi venait-il de décider, près de dix-huit ans après une première épreuve de force qui avait d’ailleurs mal tourné,...