Heureusement que les Libanais sont aujourd’hui d’humeur plutôt badine : l’été se déroule tranquillement, sereinement (touchons du bois), les vacanciers affluent de partout, les affaires se portent forcément mieux et à l’horizon (croisons bien les doigts) nul projet de nouvelle victoire divine…
Heureusement que les Libanais ont aujourd’hui la tête ailleurs, à Beiteddine, à Baalbeck, à Byblos, dans toutes ces petites localités qui fleurissent nos montagnes, heureusement que leurs yeux sont rivés sur les magnifiques Jeux olympiques de Pékin, que leur regard se décline tout au long de la lointaine muraille de Chine.
Autrement, c’est à un spectacle d’un autre âge qu’ils auraient été contraints d’assister, celui que leur offre, jusqu’à révulsion, les chaînes de télévision, celles qui font leur lit de ce type de représentation. Un sport national qui s’affiche dans les talk-shows, qui se délite, à guichets fermés, sur les bancs parlementaires.
« Ta gueule, purifie ton gosier, valet à la petite semaine » et j’en passe : ainsi se défendent les grandes causes, ainsi officient ceux-là mêmes qui se posent en preux chevaliers, en valeureux champions des valeurs sacrées.
Un maître d’école à qui ne manque qu’un martinet pour corriger des élèves trublions, des agités du doigt levé qui n’entendent d’aucune oreille et des voix qui crient, qui hurlent dans le désert : ce n’est plus à en mourir de rire, mais à s’étouffer de honte.
Heureusement qu’en ce week-end de vacances d’été, les Libanais étaient d’humeur plutôt badine, avaient la tête ailleurs, loin, bien loin d’un hémicycle noyé sous une diarrhée verbale, envahi par la sous-culture du mot, un dard qui tue, le sous-produit de l’épée résistante qui s’est dévoyée dans les rues de Beyrouth.
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Et pourtant, des vérités ont été dites, des évidences ont été martelées : la preuve par dix, vingt, trente, que les blessures ne cicatrisent pas toujours, que les frustrations ne disparaissent pas par un coup de baguette magique, fut-il celui de Doha.
La vérité, dit-on, n’est pas toujours bonne à dire, mais il n’y a qu’elle qui blesse, parce qu’elle est imparable et qu’elle rattrapera toujours ceux qui tentent de la fuir.
S’il y a eu dérapage, place de l’Étoile, c’est précisément parce que les cartes ont été mises sur table et que l’omerta n’est plus de mise.
Que cela plaise ou non à Ali Ammar, que cela convienne ou non à Mohammad Raad, que la Syrie ou l’Iran l’admettent ou pas, les armes du Hezbollah posent désormais problème : elles divisent le pays, approfondissent les clivages et ne font pas l’unanimité au sein même de la communauté chiite.
La résolution 1701 du Conseil de sécurité a rendu ces armes caduques, les événements de mai dernier les ont clairement disqualifiées. Et ce ne sont ni les insultes ni les propos belliqueux qui occulteront la réalité, qui étoufferont les consciences.
Le Liban-Sud a été libéré en l’an 2000, que le Hezbollah en soit éternellement remercié. Mais depuis lors, le pays du Cèdre a payé très cher la survivance de l’État hezbollahi dans l’État, la population du Sud a versé beaucoup de larmes et de sang, parce que le Hezbollah monopolisait la décision de guerre ou de paix.
Ne l’oublions pas : c’est grâce à l’État que la résolution 1701 a été adoptée, c’est grâce aux efforts de l’État que le Liban a obtenu l’arrêt des combats et le retrait des forces israéliennes après la folie furieuse de juillet 2006.
Alors que cessent les rodomontades, les fanfaronnades indignes de la Résistance, celle qui a fait l’unanimité en l’an 2000 et qui l’a perdue dans les dédales de Beyrouth. La solution passe par l’État, seul garant de toute résistance. C’est lui qui récupérera les fermes de Chebaa, c’est lui qui garantira l’inviolabilité de nos frontières. C’est tout simplement lui, et non le Hezbollah, qui a l’oreille des grands décideurs et du Conseil de sécurité, c’est lui et non le Hezbollah qui a le privilège exclusif de la légitimité.
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« Purifie ta gueule, valet de tes maîtres » : c’est ainsi que se perdent les derniers arguments, c’est ainsi que basculent dans la bêtise les débats les plus importants, que s’approfondissent les fossés, que se perdent les crédibilités. Vivement que les députés, les représentants du peuple, finissent de déverser leur fiel et se taisent enfin. Des vérités ont été dites, elles ont été entendues, des réponses ont fusé, des insultes aussi, elles ont, tout autant, été entendues. L’opinion, l’été prochain, sera-t-elle à même de donner son opinion ? En Suisse, on appelle cela la vérité des urnes…
Nagib AOUN
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Heureusement que les Libanais ont aujourd’hui la tête ailleurs, à Beiteddine, à Baalbeck, à Byblos, dans toutes ces petites localités qui fleurissent nos montagnes, heureusement que leurs yeux sont rivés sur les magnifiques Jeux olympiques de Pékin, que leur regard se décline tout au long de la lointaine muraille de Chine.
Autrement, c’est à un spectacle d’un autre âge qu’ils auraient été contraints d’assister, celui que leur offre, jusqu’à révulsion, les chaînes de télévision, celles qui font leur lit...