Le spectacle ne risque certes pas de rivaliser, en termes de taux d’audience, avec les Olympiades de Beijing, somptueusement inaugurées hier. Il n’empêche que les nostalgiques d’une vie parlementaire retransmise en direct à la télé, avec ses déploiements d’éloquence, ses joutes oratoires et ses effets de manche, vont être servis.
Hier, en effet, a commencé le défilé : près d’une soixantaine d’orateurs – presque la moitié des effectifs de l’Assemblée – qui se succéderont à la tribune pour dire tout le bien, ou le mal, qu’ils pensent du programme d’action dont s’est doté le gouvernement d’union nationale. Des flots de salive vont être déversés, à propos d’un document dont la simple rédaction avait requis elle-même trois semaines d’orageuses palabres et de tatillonnes arguties. Des réserves seront émises, des lacunes seront relevées, à propos de ce programme-fleuve dont lecture a été faite durant la séance d’hier par le Premier ministre Fouad Siniora. De ces épanchements pourtant, le résultat n’est que trop connu d’avance : la confiance au cabinet d’union, octroyée à une majorité massive des suffrages.
Majorité. Le mot avait fini par tomber en désuétude, dans la drôle de démocratie où évolue désormais le Liban. Et s’il paraît reprendre, le temps d’un vote de confiance, quelque peu de ses droits, il ne revêt absolument plus la même signification. Par la grâce en effet de l’accord de Doha, et sous prétexte de consensus national, il s’avère désormais que la majorité parlementaire ne peut se prévaloir de ce privilège, sanctionné pourtant par le verdict des urnes, dès lors qu’on en vient à la formation d’un gouvernement. Du même coup, c’est paradoxalement la minorité qui devient le véritable maître et meneur du jeu : détentrice du droit de veto, elle est pratiquement la mieux placée pour gouverner, bien qu’à rebours, a contrario. Que soit consacrée dans l’usage cette absurde règle, et l’on verra peut-être un jour les diverses forces politiques se disputer âprement... le trophée minoritaire !
C’est cette démocratie hybride, bâtarde, que reflète fatalement le programme gouvernemental qui, sur plus d’un point litigieux (et à leur tête l’armement du Hezbollah), dit la chose et son contraire. Ce document peut être comparé, en fait, à un instantané captant un contexte précis et résumant l’équilibre des forces du moment. Méritait-il vraiment qu’on lui consacrât tant de temps et d’énergie, s’agissant d’un gouvernement en place pour quelques mois seulement, et dont la tâche essentielle va consister à préparer les législatives du printemps prochain ? Et hors de toute portée symbolique, que vaut cette bible gouvernementale, que vaut toute convention écrite, dans un pays où même le texte de référence – à savoir la Loi fondamentale, la Constitution – n’est respecté ni dans l’esprit ni dans la lettre et se prête aux plus extravagantes des interprétations ?
De ce triste état de choses, on se consolera à l’idée que le Parlement revient tout de même à la vie. Qu’il redevient le premier salon où l’on cause, où l’on débat, position que lui avaient déniée les harangues passionnées sur la place publique et les interminables logorrhées constituant l’ordinaire des talk-shows télévisés. Le Parlement redevient aussi un lieu de travail, où s’activent les diverses commissions.
Retroussez vos bras de chemise, il y a beaucoup à faire pour assurer le bien-être quotidien des citoyens : cette énergique invitation au labeur, adressée à ses ouailles par le président de l’Assemblée Nabih Berry, on ne sait trop s’il faut y applaudir à tout casser, ou en pleurer. Car s’il est effectivement grand temps que l’on se penche enfin sur les infortunes du peuple, l’exhortation sonne bien bizarrement dans la bouche de l’homme qui, abusant de ses pouvoirs, a mis en congé, verrouillé, cadenassé, momifié près de deux années durant cette source de tous les pouvoirs qu’est le Parlement.
Cela étant rappelé, au travail quand même !
Issa GORAIEB
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Hier, en effet, a commencé le défilé : près d’une soixantaine d’orateurs – presque la moitié des effectifs de l’Assemblée – qui se succéderont à la tribune pour dire tout le bien, ou le mal, qu’ils pensent du programme d’action dont s’est doté le gouvernement d’union nationale. Des flots de salive vont être déversés, à propos d’un document dont la simple rédaction avait requis elle-même trois semaines d’orageuses palabres et de tatillonnes arguties. Des...