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Actualités - Opinion

LA CHRONIQUE de Nagib Aoun Des souris et des hommes

Les montagnes libanaises sont-elles condamnées à accoucher systématiquement de souris, à servir les mêmes plats assaisonnés à des humeurs chagrines ? Des potentialités énormes, des aspirations insensées, des batailles souvent féroces et, au bout du chemin, ce satané compromis qui ramène tout le monde à l’équation de départ, au label d’origine : ni vainqueur ni vaincu, alors que le seul vainqueur devrait être l’État dans sa totale entité. Une marque déposée vieille comme le Liban, un État fonctionnant à deux vitesses, celle du droit, l’évidence même, et celle des concessions, parfois des compromissions, pour éviter l’implosion, la désagrégation. Au fil des ans, ce qui était un consentement mutuel, une conviction partagée, est devenu une contrainte, parce que imposée sous la menace du chantage. « Le consensus oui, mais à nos conditions », tel est désormais l’esprit qui préside au contrat. Le résultat ne peut être que bâtard, à l’image hier de l’accord de Doha et aujourd’hui de la déclaration ministérielle. Une fois de plus, c’est donc à un arrangement boiteux qu’on a abouti, un arrangement qui ne comporte cependant pas que des points négatifs puisqu’il a contraint la partie la plus récalcitrante à tenir compte des développements survenus dans la région depuis la guerre de juillet 2006, qu’il s’agisse de la résolution 1701 du Conseil de sécurité ou de la clôture du dossier des prisonniers libanais en Israël. Si le Hezbollah a été placé effectivement au même niveau que l’État et non « sous son égide », comme le souhaitaient les « quatorze marsistes », il reste que dans l’introduction du texte il est clairement fait état de la primauté de l’État dans toutes les questions relatives à la souveraineté nationale, « principe qui gouverne toutes les autres clauses de la déclaration ministérielle ». Des contradictions sources de querelles sémantiques à venir, mais force est de constater que le progrès est important par rapport à la déclaration ministérielle de 2005, la 1701 à laquelle il est fait référence stipulant, sans ambiguïté, qu’il n’y aura plus d’armes déployées « sans le consentement du gouvernement du Liban ». Mais il y a évidemment loin de la coupe aux lèvres et le comité de dialogue, appelé à se réunir dans les semaines qui viennent, aura bien du pain sur la planche pour empêcher que l’arsenal du Hezbollah ne reste indéfiniment l’épée qui plane sur la tête de l’État au lieu qu’elle n’en devienne le bras armé en toute légalité. * * * En attendant, c’est dans une tout autre direction que Michel Sleiman usera de son pouvoir de persuasion, là où il pourra obtenir des résultats probants à l’actif de son jeune mandat. Cette semaine, à Damas, le chef de l’État devrait cueillir les premiers fruits des engagements pris par Bachar el-Assad à Paris et Walid Moallem à Beyrouth. Qu’il s’agisse des relations diplomatiques ou du dossier des détenus libanais en Syrie, le président Sleiman ne devrait en aucun cas revenir les mains vides de Damas. Il a d’ores et déjà annoncé la couleur en déclarant, il y a quelques jours, qu’il prouvera « à ceux qui en doutent que la Syrie donne au Liban ce qu’il demande ». Demeurent deux questions tout aussi importantes : la reconnaissance, de la bouche même de Bachar el-Assad, de la libanité des fermes de Chebaa, et la délimitation subséquente des frontières entre les deux pays. Mais cela reste tributaire de l’évolution de la crise régionale et des négociations de paix entre Israël et la Syrie que le Liban a tout intérêt à voir aboutir au plus vite. * * * Des souris et des hommes : si la montagne n’a, jusqu’à présent, accouché que de souris, c’est tout simplement parce que les hommes, beaucoup d’hommes, ne se sont pas encore décidés à briser les chaînes de leur orgueil, de leur fatuité, c’est tout simplement parce que leurs intérêts de milices, de clans, de familles priment toujours sur l’intérêt national. Un an nous sépare des prochaines élections législatives. D’ici là, les souris continueront à danser en toute tranquillité : Résistance ou pas, État ou pas, les hommes, à défaut d’être ailleurs, seront trop occupés à astiquer les sièges, les attributs de leur pérennité. Nagib AOUN
Les montagnes libanaises sont-elles condamnées à accoucher systématiquement de souris, à servir les mêmes plats assaisonnés à des humeurs chagrines ? Des potentialités énormes, des aspirations insensées, des batailles souvent féroces et, au bout du chemin, ce satané compromis qui ramène tout le monde à l’équation de départ, au label d’origine : ni vainqueur ni vaincu, alors que le seul vainqueur devrait être l’État dans sa totale entité.
Une marque déposée vieille comme le Liban, un État fonctionnant à deux vitesses, celle du droit, l’évidence même, et celle des concessions, parfois des compromissions, pour éviter l’implosion, la désagrégation.
Au fil des ans, ce qui était un consentement mutuel, une conviction partagée, est devenu une contrainte, parce que imposée sous la menace du chantage. «...