Par Jihad YAZIGI
Les liens économiques entre la Syrie et le Liban sont trop dépendants des relations politiques, affirment de nombreux analystes.
Cela est-il contestable ? Oui, à en croire les derniers chiffres du Haut-Conseil libano-syrien (HCLS), selon lesquels le commerce bilatéral n’a pas cessé d’augmenter durant la période qui a suivi le décès de Rafic Hariri, pour atteindre en 2007 un plus haut depuis 16 ans.
Les accords bilatéraux se sont largement fait au détriment du Liban, estiment d’autres.
Or les chiffres du HCLS, obtenus des douanes libanaises, indiquent que les exportations libanaises ont enregistré une croissance soutenue et linéaire, pulvérisant l’année dernière un record de 20 ans. En 2007, la balance commerciale a d’ailleurs été en faveur du Liban, pour la première fois depuis au moins 1990.
Les exportations libanaises vers son voisin se sont élevées à 210 millions de dollars en 2007, en hausse de 20 % sur un an, faisant de la Syrie le troisième client du Liban et son 17e fournisseur. Le Liban a essentiellement exporté des produits métalliques, des produits alimentaires, des produits chimiques, du bois et du papier.
Parallèlement, les exportations syriennes vers le Liban ont atteint 206 millions de dollars, contre 178 millions un an plus tôt. C’est aussi la première fois que les exportations syriennes vers le Liban augmentent depuis 2003. Entre 2003 et 2006, les exportations syriennes ont progressivement baissé, en raison du recul des importations libanaises de produits pétroliers syriens, notamment d’essence, l’essence sans plomb n’étant pas produite en Syrie.
L’année dernière, la Syrie a principalement exporté des produits métalliques, des fruits et légumes, des produits chimiques, des animaux et autres produits animaliers.
Ces chiffres prouvent en réalité que la relation entre ces deux pays est pour le moins compliquée.
La libéralisation de l’économie syrienne et la revitalisation de son secteur des services n’aurait probablement pas été possibles sans la présence de milliers de cadres libanais dans ses entreprises. Selon le président du HCLS, Nasri al-Khouri, interrogé par The Syria Report, entre 2 000 et 3 000 cadres libanais travaillent aujourd’hui en Syrie.
Le savoir-faire managérial des Libanais s’exporte dans l’ensemble du monde arabe, et la Syrie va continuer à en avoir besoin si elle veut poursuivre l’ouverture de son économie.
De même, la capitale libanaise et ses liens avec les marchés mondiaux offrent une ouverture et un accès aux capitaux à la communauté des affaires syriennes, comme en témoigne le dernier crédit syndiqué géré par Bank Audi SAL pour financer la construction d’une usine de ciment à Alep par le groupe Lafarge.
Parallèlement, les hommes d’affaires libanais doivent réaliser que les changements en Syrie sont réels. Les doutes sont compréhensibles, étant donné les nombreuses promesses non tenues par les précédents gouvernements syriens sur l’ouverture de leur économie. Mais les efforts menés ces dernières années par le vice-Premier ministre, Abdallah Dardari, le ministre des Finances, Mohammad Hussein, et d’autres semblent enfin porter leurs fruits.
Bien que les questions politiques vont continuer à peser sur les liens entre les deux pays, les entreprises libanaises ne doivent pas se montrer trop prudentes. Le marché syrien reste, à bien des égards, un marché vierge, et elles doivent profiter de leur proximité et de leur savoir-faire avant qu’il ne soit trop tard.
Au-delà des affaires, le développement de l’intégration économique entre le Liban et la Syrie est aussi une opportunité pour faire en sorte que les relations entre ces deux pays, si loin et si proches à la fois, soient basées d’abord et avant tout sur leurs seuls intérêts communs.
En coopération avec :
The Syria Report
editor@syria-report.com
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