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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Exercices de style

Trois semaines pour réunir plus ou moins équitablement, en un même cabinet d’union, les pièces disparates du puzzle national. Et ensuite, trois autres et interminables semaines de palabres, souvent orageuses, pour trouver la formule magique permettant de doter ce gouvernement en pièces détachées... d’un programme de gouvernement. Dans notre pays qu’assaillent pourtant toutes sortes d’urgences, c’est apparemment le temps qui manque le moins : paradoxe d’autant plus étrange que le temps est compté, et même bien compté, pour une équipe qui ne dispose que de quelques mois en effet pour accomplir ce qu’on attend d’elle. C’est-à-dire préparer les élections législatives du printemps prochain et parer au plus pressé, pour ce qui est des services étatiques dus aux citoyens. Une fois de plus, et non sans susciter ici et là de fortes réserves, on se sera rabattu sur ces deux classiques expédients que sont la rhétorique et l’ambiguïté pour résoudre (mais sur le papier seulement) la quadrature du cercle. Ainsi se trouve proclamé, dans le programme gouvernemental publié hier, le droit du Liban, peuple, armée et Résistance, de parachever la libération du territoire national. Cela fait beaucoup trop de monde à la fois, comme on voit ; et il n’est guère précisé qui exactement parle pour tout le peuple, pas plus qu’il n’est expliqué de quelle manière peuple, armée et Résistance devront s’y prendre pour éviter toute bousculade dans toute cette belle ardeur libératrice. Comme pour tous les autres dossiers litigieux, le débat est renvoyé au dialogue national qui sera lancé bientôt sous les auspices du président Michel Sleiman. Il n’empêche qu’en attendant, la formule ne laisse pas d’évoquer les funestes accords du Caire qui octroyaient à la guérilla palestinienne une totale liberté d’action, pourvu que fût respectée, on se demande comment, la souveraineté libanaise. Que les bénéficiaires de cette licence soient cette fois libanais n’allège en rien, bien au contraire, la choquante aberration, la totale irrecevabilité du principe. On peut se demander à ce propos quelle peut être la part effective de l’institution militaire dans l’entreprise de libération, aussi longtemps que d’aucuns s’obstinent à en faire l’arbitre embarrassé ou, bien plus souvent, l’impuissant témoin des heurts armés entre factions rivales. La troupe sait faire davantage que de défiler impeccablement, comme elle l’a donné à voir à la cérémonie de Fayadiyeh, et elle a admirablement livré, l’été dernier, la dure bataille de Nahr el-Bared. Cruellement atteinte cependant, dans le plus vif de sa chair, par le vil assassinat de son chef des opérations le général François Hajj, l’armée l’a été plus profondément encore dans son moral cette fois, par les mesures disciplinaires prises à l’encontre d’officiers qui avaient défendu leurs positions face aux agressions des émeutiers. Et pour finir, ce n’est pas son absence très remarquée lors des désordres de mai dernier, à Beyrouth et en province, qui a pu rendre à la Grande Muette quelque peu de sa confiance en soi. Pour toutes ces raisons, on peut se demander sur quelles données nouvelles se fondent les harangues qu’a adressées aux jeunes officiers promus, et plus tard dans la journée à leurs aînés, le président de la République et (pas si) ancien commandant de l’armée, les pressant de sévir contre quiconque ouvrirait le feu sur son concitoyen et de riposter sans crainte et sans complexe à tout tir hostile. La surprise est heureuse, certes. Il y a surprise quand même... P.S. – Parce que politique et show-biz sont trop enclins à se confondre dans notre pays, on me passera ce coq-à-l’âne qui n’en est pas vraiment un : tout compte fait, la promesse d’une belle continuation de l’été – un été enfin normal – aura été davantage le fruit des initiatives privées que des performances des dirigeants politiques. En dépit des graves incertitudes sécuritaires qui régnaient au stade des préparatifs, et des risques financiers considérables qu’elles entraînaient, ce sont par exemple des spectacles de très haute qualité qu’ont réussi à offrir aux Libanais et aux visiteurs étrangers les organisateurs des divers festivals. Particulièrement frappant aura été l’effet Mika. Car sans parler de son prodigieux talent (on peut aimer ou pas), la vedette aura incontestablement fait mouche là où ont failli nombre de dirigeants politiques : devant une jeunesse en proie au doute, il a clamé sa fierté d’une ascendance en partie libanaise ; du centre-ville de Beyrouth trop longtemps transformé en terrain de discorde, il a refait un espace de bonheur partagé, réconciliant nos jeunes avec l’idée que le Liban, en dépit de tous les boulets qu’il traîne, reste un pays dédié à la vie. Et où il fait bon vivre. Issa GORAIEB
Trois semaines pour réunir plus ou moins équitablement, en un même cabinet d’union, les pièces disparates du puzzle national. Et ensuite, trois autres et interminables semaines de palabres, souvent orageuses, pour trouver la formule magique permettant de doter ce gouvernement en pièces détachées... d’un programme de gouvernement. Dans notre pays qu’assaillent pourtant toutes sortes d’urgences, c’est apparemment le temps qui manque le moins : paradoxe d’autant plus étrange que le temps est compté, et même bien compté, pour une équipe qui ne dispose que de quelques mois en effet pour accomplir ce qu’on attend d’elle. C’est-à-dire préparer les élections législatives du printemps prochain et parer au plus pressé, pour ce qui est des services étatiques dus aux citoyens.

Une fois de plus, et non sans...