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Focus Michael Haneke : Moi, violent ?

Depuis des années, Michael Haneke, 66 ans, réalise des films glaçants, de virulents condensés de vérités crues. Son cinéma traumatisant est un constat implacable de la barbarie du monde moderne. Il y épingle ce qu’il considère comme le mal du siècle : la banalisation médiatique de la violence. Funny Games (1997) avait secoué un peu plus les spectateurs. Mais le cinéaste n’avait pas touché le public américain, assoiffé d’hémoglobine. Après une escale française (Caché, en 2005, ainsi qu’une mise en scène contestée de Don Giovanni à l’Opéra Bastille), le réalisateur s’est donc offert un détour américain, le temps de tourner, en anglais, le remake plan par plan de Funny Games. Voici quelques extraits de propos recueillis par Mathilde Blottière (Télérama) dans son interview avec Michael Haneke « Ce n’est pas une apologie de la violence, affirme le cinéaste autrichien, qui ne fait jamais de la violence un produit de consommation de masse comme l’usine hollywoodienne. Plutôt que de la banaliser en l’esthétisant, il essaie de lui redonner son insoutenable réalité. Face à un film dérangeant, c’est classique, on a tous envie de trouver une bonne raison de se convaincre qu’il ne nous concerne pas. Certains se rassurent en privilégiant une lecture nationale – ça se passe comme ça en Autriche, mais dans mon pays, pas de danger –, d’autres dénoncent une vision exagérée, etc. » Dix ans plus tard, est-il toujours pessimiste ? « Il suffit de regarder autour de soi. C’est de pire en pire. Cette perte de repères est alimentée tous les jours un peu plus par une orgie médiatique d’images brutales : une vraie pornographie de la violence. Et l’art n’est pas épargné. Pour beaucoup de cinéastes, exploiter la fonction divertissante de la violence est devenu le summum du chic. Funny Games est malheureusement plus que jamais en phase avec son époque. » Mais pourquoi alors un film identique à l’original ? « Le film s’est actualisé de lui-même, tout simplement parce que son actualité vient de ce qui l’entoure : notre monde moderne et son monstrueux reflet médiatique. » Le cinéma peut-il ou a-t-il un rôle de changer les choses ? « Je ne crois pas au pouvoir social de l’art, répond-il. Ou alors dans le plus mauvais sens qui soit. Le cinéma est un art de la manipulation que la propagande politique a su utiliser au mieux dans l’histoire. Dans certaines circonstances bien précises, il peut galvaniser les foules et les lobotomiser. Mais quand il s’agit de faire réfléchir celui qui le regarde, de l’amener à se poser des questions sur lui-même et le monde qui l’entoure, il est souvent impuissant. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas continuer à essayer de faire des films en ce sens. D’ailleurs, une chose est sûre : si le cinéma n’existait pas, le monde serait encore plus pauvre qu’il n’est… La violence m’a toujours profondément révulsé. Depuis l’enfance, je suis quelqu’un de peureux. Quand une bagarre éclatait en ma présence, je désertais les lieux immédiatement. Encore aujourd’hui, je déteste cela. Comment peut-on se repaître de la souffrance d’autrui, même à travers un écran ? Je ne comprends pas. Tant que cette fascination malsaine existera, j’y reviendrai sans cesse, et toujours en opposition au cinéma dominant. » Que faites-vous de la fonction cathartique de la représentation de la violence ? « La catharsis ne découle pas de la vision des yeux crevés d’Œdipe, mais de la représentation dramatique de sa tragédie. S’il suffisait de se repaître d’images terribles pour se purger, la meilleure des catharsis serait à chercher dans les films d’horreur. Lesquels sont d’ailleurs toujours en deçà de la réalité... En fait, le seul film dont je me sent proche, sans pour autant prétendre soutenir la comparaison, c’est Salo ou les 120 journées de Sodome, de Pasolini. Jusqu’à ce jour, ce chef-d’œuvre reste à mes yeux le meilleur film jamais réalisé sur la violence. Le meilleur et le plus insoutenable. »
Depuis des années, Michael Haneke, 66 ans, réalise des films glaçants, de virulents condensés de vérités crues. Son cinéma traumatisant est un constat implacable de la barbarie du monde moderne. Il y épingle ce qu’il considère comme le mal du siècle : la banalisation médiatique de la violence. Funny Games (1997) avait secoué un peu plus les spectateurs. Mais le cinéaste n’avait pas touché le public américain, assoiffé d’hémoglobine. Après une escale française (Caché, en 2005, ainsi qu’une mise en scène contestée de Don Giovanni à l’Opéra Bastille), le réalisateur s’est donc offert un détour américain, le temps de tourner, en anglais, le remake plan par plan de Funny Games.
Voici quelques extraits de propos recueillis par Mathilde Blottière (Télérama) dans son interview avec Michael Haneke...