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Divinement vôtre

Il fallait s’y attendre : s’ils ont jeté du lest hier, c’est pour être plus intransigeants aujourd’hui, s’ils ont fait un pas en avant à Doha, c’est pour reculer de deux pas à Beyrouth. Ainsi vogue la galère ministérielle, ainsi se traitent les affaires de l’État. Les choses sérieuses peuvent attendre : aujourd’hui on règle des comptes, on farfouille, on se complaît dans les magouilles politiciennes et de sordides personnages se posent, le plus sérieusement du monde, en parangons de vertu et de probité. Le coup de balai promis dans les écuries d’Augias ? Il n’y a plus urgence, c’est après les élections générales de l’été prochain qu’on s’y attaquera quand la victoire aura été acquise… Pour le moment, un seul mot d’ordre : haro sur le baudet. L’essentiel est de le disqualifier, de l’abattre avant l’échéance législative. D’ici là, interdiction formelle de rêver : l’électricité continuera à jouer la fille de l’air, les prix afficheront de nouveaux records et le yo-yo sécuritaire se rappellera de temps en temps à notre mauvais souvenir. Une déliquescence entretenue en toute préméditation : les fautes, toutes les fautes, c’est l’ancienne équipe et l’administration qui lui était inféodée qui en assument la responsabilité. Le message est clair : votez pour nous l’an prochain et à la corruption passée succédera l’assainissement tant attendu. Les redresseurs de torts ne lésinent pas sur les moyens et on les a déjà vus à l’œuvre : à ce jour ils sont surtout passés maîtres dans l’art de retourner leur veste. Toute ressemblance, tout amalgame avec des personnages bien connus seraient, évidemment, purement fortuits… *** Plus sérieusement, et par-delà l’ironie, celle qui fait passer plus facilement la pilule amère de notre quotidien, la question fondamentale est la suivante : le scrutin prochain ouvrira-t-il la voie au changement ? Une approche nouvelle des préoccupations des citoyens sera-t-elle mise en place ? Au vu de ce qui se passe depuis l’accord de Doha, des tiraillements, des coups de Jarnac qui ont émaillé les mois et les années écoulés, il y a lieu d’en douter. Après tout, ce sont ceux-là mêmes qui séquestrent nos destinées, qui empoisonnent notre vie, qui se retrouveront aux avant-postes de la bataille l’an prochain, qui établiront les alliances assurant leur pérennité. Ce sont ceux-là mêmes qui prêtent une oreille complaisante au chant des sirènes voisines qui dresseront les listes des double et triple allégeances. Les jeunes, les cadres de la prochaine décennie, ceux supposés façonner le Liban de demain, ne s’y sont pas trompés. Dans deux enquêtes publiées dans L’Orient-Le Jour, vendredi dernier et aujourd’hui, un même leitmotiv revient dans leur bouche : « L’État est aux abonnés absents, la classe politique est empêtrée dans ses divisions et si nous restons au Liban, nos capacités professionnelles ne seront pas reconnues. » Chômage, incertitude sur un futur aléatoire, salaires bas, insécurité chronique, autant de raisons pour envisager le grand départ et nombreux sont ceux qui ont déjà sauté le pas. Mais tout aussi nombreux sont ceux qui s’accrochent, qui espèrent en des changements drastiques, une paix réelle, créatrice d’opportunités de travail, qui redonnerait aux potentialités inexploitées l’occasion de s’exprimer, de se faire valoir. Si l’attente de ces derniers, les derniers des Mohicans, venait à être déçue, c’est tout l’avenir du pays qui aura été définitivement hypothéqué. *** Des bancs de l’école à ceux de l’université, on n’a pas arrêté de nous expliquer que la culture, le savoir-vivre qui en émane, c’est ce qui reste quand on a tout oublié, la quintessence de tout ce qui a été enseigné, la leçon de toutes les erreurs qui ont été commises. Le problème au Liban c’est que personne ne veut oublier, faire table rase du passé, et ce sont les mêmes griefs qui sont toujours soulevés, jetés à la face de l’autre. Ce n’est certainement pas à l’inculture qu’on est, aujourd’hui, confronté mais à une déculturation systématique pratiquée par les tenants de la pensée unique pour qui toute expression d’une opinion contraire est synonyme de trahison. La résistance, la vraie, n’est nullement militaire, c’est celle qui, jour après jour, combat avec les armes de la raison pour préserver l’âme du Liban, sa pluralité sans laquelle notre pays ne saurait exister. Une bataille culturelle, livrée au quotidien, pour empêcher que Dieu ne soit mêlé à toutes les sauces, que les volontés dites divines ne deviennent l’argument massue pour neutraliser toute contestation, toute remise en question. Nagib Aoun
Il fallait s’y attendre : s’ils ont jeté du lest hier, c’est pour être plus intransigeants aujourd’hui, s’ils ont fait un pas en avant à Doha, c’est pour reculer de deux pas à Beyrouth. Ainsi vogue la galère ministérielle, ainsi se traitent les affaires de l’État.
Les choses sérieuses peuvent attendre : aujourd’hui on règle des comptes, on farfouille, on se complaît dans les magouilles politiciennes et de sordides personnages se posent, le plus sérieusement du monde, en parangons de vertu et de probité.
Le coup de balai promis dans les écuries d’Augias ? Il n’y a plus urgence, c’est après les élections générales de l’été prochain qu’on s’y attaquera quand la victoire aura été acquise… Pour le moment, un seul mot d’ordre : haro sur le baudet. L’essentiel est de le disqualifier, de...