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Actualités - Opinion

LE POINT Realpolitik US

L’honorable assemblée réunie au Woodrow Wilson Center de Washington n’en est pas encore revenue. Ce mardi 15 juillet 2008, tout le monde se préparait à écouter un Barack Obama embarqué dans un de ces interminables discours, au lyrisme enflammé, dont il a le secret plutôt que dans cette succession de phrases-coups de poing qui n’ont pas fini de secouer le monde, pourtant blasé, de la capitale fédérale. Lèvres et poing serré, l’orateur s’écrie : « Nous avons besoin d’être clairs. Après notre retrait, il ne doit pas y avoir de bases permanentes US en Irak. » Des phrases comme celle-là, il y en aura encore quelques-unes. Jusqu’à l’ultime crochet, destiné à réveiller les consciences somnolentes plutôt qu’à mettre KO l’auditoire : « Tôt ou tard, il y a un jugement qui doit être porté. L’Irak ne sera jamais un lieu idyllique et nous n’avons pas les ressources qui nous permettraient d’atteindre un tel but. » Message reçu, Monsieur John McCain – et avec lui toute cette droite américaine qui continue de rêver plaies et bosses partout dans le monde tant que cela permettra d’engraisser Halliburton and Co ? Dans un éditorial paru vendredi dernier, le Herald Tribune choisit, comme à l’accoutumée, de ne pas mâcher ses mots, dénonçant « le gâchis créé par le président George Bush lorsqu’il a loupé une guerre nécessaire contre el-Qaëda en Afghanistan – qui aurait rendu plus sûre l’Amérique – et choisi plutôt de se lancer dans une guerre en Irak qui a accru l’insécurité dans le monde ». Ce faisant, le journal ne fait que confirmer le choix qui est le sien depuis le début de la campagne présidentielle, au moment où le candidat démocrate s’apprêtait à entamer une megatournée englobant cinq États du Moyen-Orient et trois pays d’Europe. L’occasion d’étoffer ses connaissances des dossiers internationaux, lui que ses opposants accusent volontiers d’être un bleu en la matière, lui faisant ainsi un mauvais procès. Car après tout, l’homme siège depuis son élection, en 2004, à la commission sénatoriale des Affaires étrangères, ce qui est tout de même plus appréciable que de s’auto-introniser grand expert en la matière au prétexte que l’on a passé six ans dans les geôles du Vietcong. Aveu, d’une désarmante candeur, de Tucker Bounds, porte-parole du candidat républicain : « La vérité, c’est qu’avec ce périple, il va bénéficier d’une extraordinaire couverture médiatique. » Quant à Todd Harris, un rescapé de la malheureuse équipée « mccainienne » de l’an 2000, il porte déjà sur le 4 novembre un regard pour le moins original: « Il y aura peut-être beaucoup de citoyens qui ne voudront pas de nous, mais qui nous choisiront faute de mieux. » Bref regard sur une prétendue méconnaissance des grands thèmes de l’heure. Le sénateur de l’Illinois s’est constitué une équipe de 300 experts triés sur le volet et répartis en une vingtaine de groupes de travail, suivant les principales régions du monde. Il y a là les ouvriers de la première heure, mais aussi les anciens du clan Clinton, tous adeptes de la « soft power », mélange de diplomatie tranquille et d’efficace aide économique, plutôt que de la politique de la canonnière chère au cœur de Dick Cheney et de tous ses compagnons lâchés en cours de route. Autour de Madeleine Albright et de Warren Christopher, on retrouve Susan Rice (qui fut secrétaire d’État adjointe pour l’Afrique), Richard Danzig (ancien secrétaire à la Marine), Anthony Lake (jadis conseiller de Bill Clinton à la Sécurité) ou encore Gregory Craig. En face, une team réduite qui est loin d’avoir fait ses preuves sur le terrain et qui se contente de faire du bushisme – une monnaie passablement dépréciée par les temps qui courent – sans Bush, en parlant toujours de gagner la guerre sur les bords de l’Euphrate. Ainsi, les théories de l’après-11 Septembre des évangélistes achèvent de s’effondrer l’une après l’autre. À Bagdad, nul ne veut plus parier sur les chances de succès du fameux « surge » jadis décrété par la Maison-Blanche, tandis qu’en Afghanistan, les talibans ne cessent de grignoter du terrain pendant que les superbes fleurs de pavot en font autant, ce qui permet aux recettes de l’opium de représenter 58 pour cent du PIB. C’est pour amorcer dans la pratique, et non plus en paroles, le combat contre une situation aberrante que Barack Obama a pris son bâton de pèlerin. Oh certes, rien ne garantit qu’il réussira, aujourd’hui à modifier, même légèrement, le cours des choses, demain à opérer une véritable révolution dans les esprits et sur le terrain. À tout le moins aura-t-il tenté de dégraisser le mammouth washingtonien – ce qui déjà représentera un exploit herculéen. Il est des signes qui ne trompent pas. Le « garçon dégingandé, avec un drôle de nom » (ainsi qu’il se décrit lui-même) a glané en juin dernier la somme de 52 millions de dollars et il espère amasser en prévision du jour J non moins de 480 millions. Ceci encore : à la Bourse des autographes, sa signature vaut 150 dollars contre 50-75 dollars pour un Jimmy Carter. Le GOP préfère n’avancer aucun chiffre. Et ce n’est pas par mesure de prudence. Christian MERVILLE
L’honorable assemblée réunie au Woodrow Wilson Center de Washington n’en est pas encore revenue. Ce mardi 15 juillet 2008, tout le monde se préparait à écouter un Barack Obama embarqué dans un de ces interminables discours, au lyrisme enflammé, dont il a le secret plutôt que dans cette succession de phrases-coups de poing qui n’ont pas fini de secouer le monde, pourtant blasé, de la capitale fédérale. Lèvres et poing serré, l’orateur s’écrie : « Nous avons besoin d’être clairs. Après notre retrait, il ne doit pas y avoir de bases permanentes US en Irak. » Des phrases comme celle-là, il y en aura encore quelques-unes. Jusqu’à l’ultime crochet, destiné à réveiller les consciences somnolentes plutôt qu’à mettre KO l’auditoire : « Tôt ou tard, il y a un jugement qui doit être porté. L’Irak...