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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Et les autres ?

Après la liesse, le recueillement : les vivants sont de retour après une longue détention dans les prisons israéliennes, et les pauvres restes des hommes tombés au combat reposent enfin, depuis hier, dans le sol natal. C’est un douloureux chapitre qui devrait ainsi se trouver clôturé ; las, dans l’épais registre des tragédies libanaises, que de pages noires il reste encore à tourner... Beaucoup a été dit, ici même comme à travers le vaste monde, à propos de cette rare union sacrée qui, mercredi à l’aéroport international Rafic Hariri, a rassemblé la classe dirigeante et politique dans son intégralité pour un même hommage aux détenus libérés. Beaucoup n’a pas été dit cependant, au Liban : tout se passant comme si l’exceptionnelle intensité du moment commandait que soient occultées toutes les discordes, que soient tues toutes les objections et réserves entourant le débat national sur les impératifs, mais aussi les limites de la résistance armée. À ces classiques limites politiques et sécuritaires est venue s’ajouter cette fois, il est vrai, une dimension éthique, avec les accusations d’infanticide portées, en Israël et ailleurs, contre l’un des cinq prisonniers libérés. Criminel ici, héros là : débat vieux comme le monde, auquel n’aura pas échappé un personnage aussi controversé que le célèbre Imad Moghniyé assassiné il y a quelques mois en plein Damas ; débat qui ne sera clôturé que le jour où l’on fixera une frontière universelle – c’est-à-dire reconnue de l’humanité entière – entre légitime résistance à l’occupation et abject terrorisme. Une chose demeure sûre néanmoins : Israël est bien mal placé pour jouer les père-la-morale, avec toutes ses hécatombes d’enfants écrasés sous les bombes, ses engins à fragmentation et les milliers de jouets piégés qu’il largue froidement lors de chacune de ses expéditions libanaises. Toujours est-il que les retrouvailles autour des détenus auront été politiquement payantes : le soir même des libérations, c’est un Hassan Nasrallah exceptionnellement conciliant dans le triomphe qui se disait ouvert à toute discussion, notamment sur la question, hier encore taboue, des armes du Hezbollah. Dès le lendemain, et de là où il parlait de divorce, le leader druze Walid Joumblatt lui rendait la politesse en prônant une idéale – pour ne pas dire utopique – coexistence entre État et résistance, entre effort de guerre et prospérité économique... En attendant ces lendemains idylliques, il ne faut pas oublier que le dossier des prisonniers est loin d’être clos pour autant. Que des centaines de ceux-ci croupissent sans jugement, depuis de longues années, dans des cachots. Que cela n’a pas lieu en territoire ennemi, mais dans ce pays voisin, ami, frère qu’assure être la Syrie. Que les familles de ces malheureux continuent d’endurer à chaque instant les affres de l’incertitude, que même les rares et vraies-fausses informations sur leur sort sont l’objet d’un commerce éhonté, pratiqué par de cyniques intermédiaires. Et qu’il est aberrant d’évoquer un assainissement des relations syro-libanaises sans que soit liquidé ce pénible dossier. Comme pour les détenus en Israël, il y va de la dignité et de l’honneur de tous les Libanais : pas seulement de ceux directement concernés, au plus vif de leur chair, par l’odieuse séquestration d’un fils, d’un père ou d’un frère. Dès lors, il serait souhaitable, normal et juste que leur cas – et que leur cause – soient l’occasion d’autres, et tout aussi précieuses, retrouvailles nationales. Pourquoi donc y aurait-il ici des prisonniers de première classe et là des oubliés ? Pour quelle raison les amis de la Syrie n’useraient-ils pas de leur influence, s’ils en ont, pour faire rapatrier les disparus de Syrie et mériter ainsi de la patrie tout entière ? Et pourquoi les amis des amis n’ont-ils pas fait de cette gravissime affaire le pivot central de leur audacieuse, sinon acrobatique, politique d’ouverture ? On ne sait. Ce qui est clair en revanche, c’est qu’il est vain de vouloir réédifier l’État, tant que les Libanais ne se révoltent pas, comme un seul homme, contre la même injustice. Tant qu’ils persisteront à faire tragédie à part. Issa GORAIEB
Après la liesse, le recueillement : les vivants sont de retour après une longue détention dans les prisons israéliennes, et les pauvres restes des hommes tombés au combat reposent enfin, depuis hier, dans le sol natal. C’est un douloureux chapitre qui devrait ainsi se trouver clôturé ; las, dans l’épais registre des tragédies libanaises, que de pages noires il reste encore à tourner...

Beaucoup a été dit, ici même comme à travers le vaste monde, à propos de cette rare union sacrée qui, mercredi à l’aéroport international Rafic Hariri, a rassemblé la classe dirigeante et politique dans son intégralité pour un même hommage aux détenus libérés. Beaucoup n’a pas été dit cependant, au Liban : tout se passant comme si l’exceptionnelle intensité du moment commandait que soient occultées toutes les...