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Actualités - Opinion

À vos chaussettes, citoyens !

Monsieur Nabil Nicolas a une idée très élevée de son statut de député de la nation libanaise. Tellement élevée que lorsqu’on lui demande d’ôter ses chaussures pour un contrôle d’aéroport routinier, il refuse de descendre de ses hauteurs et hurle à l’impair diplomatique. Selon un communiqué du bureau de presse de l’éminent parlementaire, les faits se résument à peu près ainsi : M. Nicolas part en voyage. Le hasard ou la nécessité lui fait faire une escale en transit à Roissy-Charles-de-Gaulle. Passant comme tout un chacun par le contrôle de sécurité, notre député exhibe fièrement aux factionnaires de service ses documents spéciaux délivrés par le ministère des Affaires étrangères. Las ; au lieu de trembler et de se livrer à des courbettes à la vue de ces titres d’excellence, le préposé pousse l’outrecuidance jusqu’à demander à notre homme d’ôter ses bottes alors même que le détecteur de métaux sous lequel il venait de passer n’avait rien détecté. Le bureau de presse du député ne mâche pas ses mots : la demande a été formulée de façon « arbitraire et provocatrice ». Naturellement, notre auguste personnage refuse d’obtempérer, ce qui donnera lieu à des scènes héroïques : ne sachant pas à qui ils ont affaire, les affreux sbires tentent de lui mettre le grappin dessus. Mais ce dernier n’est pas du genre à se soumettre. Il se rebiffe et appelle au téléphone l’ambassadeur du Liban à Paris et le ministre libanais des Affaires étrangères pour leur relater l’horrible incident. Mais ce n’est pas tout. Animé d’une ardeur hautement patriotique, souveraine et salvatrice, le député adresse une question au gouvernement libanais, dans laquelle il laisse éclater son ire contre la France, accusée d’attenter à la dignité des parlementaires libanais : « Jusqu’à quand cette dignité des représentants du peuple va-t-elle rester une cible pour les attaques ? Jusqu’à quand les gouvernements libanais vont-ils garder leur mutisme face à ces États qui ne respectent pas les passeports libanais spéciaux, émanant du ministère libanais des Affaires étrangères ? Jusqu’à quand le Parlement libanais va-t-il garder son silence ? Pourquoi n’appliquons-nous pas la réciprocité avec les responsables de ces États qui viennent chez nous ?... » ? Voilà donc le nouveau gouvernement confronté à sa première crise… Certes, il faut avouer que les mesures de sécurité prises dans les aéroports « civilisés » du monde tendent à devenir de plus en plus vexatoires, de plus en plus infamantes. Mais d’abord, elles le sont pour tout le monde (y compris les détenteurs de passeports « civilisés ») et ensuite, à tout prendre, cela vaut mieux que de se faire sauter à bord d’un avion. Hélas, le communiqué du bureau de presse de M. Nicolas ne dit pas si ce dernier a fini oui ou non par enlever ses bottes. C’est dommage ! Car comme cela, on ne sait pas s’il faut ou non déclarer la guerre à la France pour venger la dignité des chaussettes de nos représentants. Élie FAYAD
Monsieur Nabil Nicolas a une idée très élevée de son statut de député de la nation libanaise. Tellement élevée que lorsqu’on lui demande d’ôter ses chaussures pour un contrôle d’aéroport routinier, il refuse de descendre de ses hauteurs et hurle à l’impair diplomatique.
Selon un communiqué du bureau de presse de l’éminent parlementaire, les faits se résument à peu près ainsi : M. Nicolas part en voyage. Le hasard ou la nécessité lui fait faire une escale en transit à Roissy-Charles-de-Gaulle. Passant comme tout un chacun par le contrôle de sécurité, notre député exhibe fièrement aux factionnaires de service ses documents spéciaux délivrés par le ministère des Affaires étrangères.
Las ; au lieu de trembler et de se livrer à des courbettes à la vue de ces titres d’excellence, le préposé...