FRIBOURG, de notre correspondant en Suisse Zahi HADDAD
Après une semaine de concerts, le Festival international de musiques sacrées de Fribourg vient de refermer les portes de l’église du Collège Saint-Michel. Invitée de cette douzième édition, en partie consacrée au bassin méditerranéen, Ghada Shbeir y a laissé son empreinte, celle de la tradition syriaque, ainsi que l’écho de sa voix cristalline.
Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dans les travées de l’église du Collège Saint-Michel à Fribourg, construite entre 1604 et 1611, à l’heure de la Contre-Réforme. Toutes unies dans un même silence assourdissant. La très gothicisante bâtisse s’apprête en effet à accueillir Ghada Shbeir, invitée du Festival international de musiques sacrées de Fribourg, qui s’est concentré, pour cette douzième édition, «?Autour de la Méditerranée?».
Dès les premières notes, le chant de Ghada Shbeir invite l’auditoire à une profonde introspection. Les dix-huit morceaux interprétés par l’artiste s’enchaînent sur un chapelet comme autant de prières propices au recueillement. La tradition syriaque, ainsi présentée, remonte les siècles pour ouvrir de nouvelles perspectives. Les spectateurs sont visiblement touchés, heureux, transportés dans un monde où ils se retrouvent. Légers. Empreints de spiritualité. Avant de s’unir les uns aux autres dans un émouvant moment de paix.
«?Les chants que j’interprète parlent de Jésus, il est donc normal que les gens se recueillent, dira Ghada Shbeir à l’issue de son concert. Il est important de rappeler qu’il existe en Orient une tradition syriaque et chrétienne. De dire que le Christ y est né et qu’il est passé au Liban, à Qana. Et, partout où je chante, le message passe?: les gens me demandent comment cela se passe pour les Libanais et pour les chrétiens du Liban.?»
A cappella et avec une douceur désarmante, la voix flamboyante de Ghada Shbeir a ainsi emporté les travées de Saint-Michel au siècle du Christ. Une heure durant. «?Avec ces chants, je vois et ressens tout, comme si je regardais un film?», commentera la chanteuse.
Une même force spirituelle
Côté organisateurs, avec quatorze concerts radiodiffusés au niveau international et près de six mille auditeurs, la satisfaction est au rendez-vous. L’originalité de la programmation a permis aux amateurs d’apprécier des formations suisses, autrichiennes, slovaques, ainsi que des artistes issus d’autres traditions musicales. Méditerranéennes, en l’occurrence, qu’elles fassent écho aux rives italiennes, françaises, égyptiennes ou libanaises.
«?Les ensembles engagés ont pleinement répondu à notre attente et nous ont offert des moments d’une intensité extraordinaire?», confiera Luc Terrapon, directeur artistique du festival, qui souligne encore la force spirituelle qui relie, par exemple, Bach et la musique soufie. Et de rappeler que «?relier, en latin?“religare”, a donné le mot religion?»... De quoi laisser songeur... Rêveur aussi, lorsque l’on se laisse emmener, dans une autre dimension, par la voix de Ghada Shbeir.
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