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Actualités - Opinion

Les « si » qui scient

Baabda-Élysée, aller-retour, des milliers de kilomètres pour paver une route de quelques dizaines de kilomètres : c’est, pour ainsi dire, à un exercice de contorsionniste que s’est livré Michel Sleiman sous les auspices d’un Sarkozy aux anges. Bachar el-Assad y a trouvé son compte, lui si longtemps pestiféré et, aujourd’hui, en odeur de sainteté auprès de ses anciens contempteurs. L’émir du Qatar, appelé à la rescousse, a fourni la caution arabe : Doha, de régulateur de la cuisine interne libanaise, se mue, ainsi, en second parrain d’une normalisation Beyrouth-Damas, clé de tous les déblocages. Mais gardons-nous de tout excès d’optimisme : c’est maintenant que les problèmes commencent et il y a évidemment loin, bien loin, de la coupe aux lèvres. Les Libanais ont appris, des années durant, à se méfier des apparences, des intentions affichées avec éclat. Judas n’est pas né fortuitement dans nos contrées : il a fait des émules et ils sont légion au Liban, dans le nouveau gouvernement comme dans l’ancien, au sein des divers partis, chez les sunnites, chiites, chrétiens et druzes, toutes tendances confondues. Sommet de l’Élysée, accord de Doha : c’est toujours au forceps que l’enfantement a lieu et si Bachar el-Assad se résigne à des relations diplomatiques, c’est après avoir bien pris son temps et habilement négocié sa réintégration dans le concert des nations. Pour l’heure, il obtient un satisfecit inespéré : la visite de Sarkozy en septembre prochain à Damas et l’ouverture d’une nouvelle page dans les relations avec l’Europe, avec à la clé l’accord d’association longtemps mis sous le boisseau. Le président français a bien évoqué la question des droits de l’homme en Syrie, mais c’est la realpolitik qui a prévalu, celle-là même qui a entouré la dernière visite de Kadhafi en France, en dépit des critiques formulées, hier comme aujourd’hui, dans les cercles politiques français. Quoi qu’il en soit, c’est bien un doublé qu’a réussi le maître de l’Élysée : d’abord l’annonce solennelle, par lui et face aux médias internationaux, des relations diplomatiques entre Beyrouth et Damas, événement qu’il a qualifié d’« historique », mais qui attend une prompte concrétisation, et, ensuite, le lancement de l’Union pour la Méditerranée dont il est le parrain et dont il escompte qu’elle mette fin à des décennies de conflits dans cette région trouble du monde. *** Charité bien ordonnée commence par soi-même : quels dividendes pour le Liban après les retrouvailles parisiennes ? Un ambassadeur syrien à Beyrouth ? Fort bien et c’est plus que nécessaire, mais qu’est-ce qui garantit sa non-transformation progressive en Haut-Commissaire dictant ses directives à des alliés pour le moins complaisants ? Qu’est-ce qui garantit que les ingérences syriennes cesseront, qu’elles ne se traduiront pas par de nouvelles bouderies ministérielles, par de nouveaux dérapages sécuritaires quand la question des armes du Hezbollah sera placée sur la table de dialogue, quand le tribunal international sur l’affaire Hariri entrera en fonction ? La Syrie a-t-elle vraiment changé de comportement, s’est-elle enfin décidée à passer de la nuisance à la coopération positive ? La France de Sarkozy veut le croire, le Liban, lui, en chat bien échaudé, ne croit plus que ce qu’il voit. Rabat-joie ? Nullement, mais simplement dubitatif : d’ici aux élections législatives de l’an prochain, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts, beaucoup de points obscurs auront été éclaircis. Ne nous égarons donc pas dans les suppositions, dans les hypothèses. Avec des « si », on mettrait bien Paris en bouteille, et Beyrouth a fortiori ! Arrêtons-nous à la seule certitude du jour : le Liban a enfin un nouveau gouvernement et toutes les parties, contraintes ou pas, se disent déterminées à lui faciliter la tâche. Bienvenue donc aux touristes, aux Libanais de la diaspora : l’été s’annonce calme et radieux et le Hezbollah n’entend nullement, cette fois, le perturber. Et l’échéance de l’an prochain ? Oublions-la aujourd’hui. À la fin de la saison festive, on aura tout le temps pour nous en inquiéter… Nagib Aoun
Baabda-Élysée, aller-retour, des milliers de kilomètres pour paver une route de quelques dizaines de kilomètres : c’est, pour ainsi dire, à un exercice de contorsionniste que s’est livré Michel Sleiman sous les auspices d’un Sarkozy aux anges. Bachar el-Assad y a trouvé son compte, lui si longtemps pestiféré et, aujourd’hui, en odeur de sainteté auprès de ses anciens contempteurs.
L’émir du Qatar, appelé à la rescousse, a fourni la caution arabe : Doha, de régulateur de la cuisine interne libanaise, se mue, ainsi, en second parrain d’une normalisation Beyrouth-Damas, clé de tous les déblocages. Mais gardons-nous de tout excès d’optimisme : c’est maintenant que les problèmes commencent et il y a évidemment loin, bien loin, de la coupe aux lèvres.
Les Libanais ont appris, des années durant, à se...