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Actualités - Opinion

PERSPECTIVE Thèse et antithèse Michel TOUMA

La formation tant attendue du premier gouvernement du régime du président Michel Sleiman, suivie vingt-quatre heures plus tard des réunions au sommet dont a été le théâtre, samedi, la capitale française, en marge de la conférence sur l’Union pour la Méditerranée, ont occulté deux faits, symboliques certes, mais qui méritent que l’on s’y attarde quelque peu, en raison de leur portée indéniable. L’annonce de la composition de l’équipe ministérielle de Fouad Siniora a coïncidé, à quelques heures près, avec la deuxième commémoration de la funeste guerre de juillet 2006. Dans le contexte local et régional présent, et surtout à la lumière des événements qui ont secoué le pays au cours des deux dernières années, il est sans nul doute utile de rappeler le contexte de cette guerre. Car ce simple rappel des faits illustre l’ampleur du défi, à dimension historique et existentielle, auquel reste confronté jusqu’à aujourd’hui le pays à l’aube du mandat Sleiman et au lendemain de la mise sur pied du nouveau cabinet. C’est donc il y a deux ans, presque jour pour jour, en ce 12 juillet 2006 – et alors qu’un dialogue national était en cours – qu’un parti, monopolisant manu militari la représentation de sa communauté, a pris unilatéralement l’initiative d’entraîner le pays dans un conflit majeur avec Israël, sans se soucier apparemment des conséquences immédiates et des retombées plus lointaines de cette guerre sur le quotidien et l’avenir des Libanais. En franchissant la ligne bleue, en menant une opération de commando à l’intérieur du territoire israélien, en enlevant deux soldats de Tsahal, en lançant, de manière concomitante, des roquettes de type Katioucha contre le nord d’Israël, le commandement du Hezbollah ne pouvait pas ne pas s’attendre – quoi qu’il dise – à une riposte de grande envergure. D’autant qu’un mois plus tôt, les Palestiniens de Gaza avaient mené une opération en tous points similaire à celle du 12 juillet, provoquant de vastes représailles qui se sont traduites par un blocus prolongé de la bande de Gaza, accompagné de bombardements aériens intensifs et quotidiens. Sans compter que le Liban et avec lui le Hezbollah avaient reçu discrètement, par des voies diplomatiques occidentales, une mise en garde ferme et sans équivoque à la suite de tirs de Katioucha dirigés le 28 mai 2006 contre le nord de l’État hébreu. Les retombées de cette guerre de juillet déclenchée unilatéralement par le Hezbollah ont été incommensurables sur les plans humain, démographique, économique, financier, social, et il faudra sans doute plusieurs longues années encore pour que le pays puisse résorber totalement les multiples répercussions de ce conflit. L’ancien secrétaire général du CDR, Nohad Baroudi, explique, dans un article publié en page 8 de ce numéro, que les pertes subies par le Liban en termes de niveau de vie et de croissance économique du fait de la guerre de juillet sont « irrécupérables ». Outre les 1 200 morts, les destructions de ponts, d’habitations et d’institutions à grande échelle, c’est surtout l’impact social et psychologique qui a été lourd de conséquences. Un grand nombre de cadres et de jeunes diplômés, en l’occurrence l’élite libanaise, se sont en effet résignés à prendre le chemin de l’exil après avoir perdu confiance dans le pays, désespérés de voir qu’à tout instant, ils peuvent se retrouver subitement sous les bombes et pris dans l’engrenage d’une guerre destructrice et meurtrière, parce qu’un parti en a décidé ainsi, sans crier garde, et sans se soucier outre mesure de la position des Libanais à l’égard de cet aventurisme guerrier. De là à affirmer qu’un tel exode de l’élite, combiné à une paupérisation rampante, constitue une opération bel et bien préméditée par le Hezbollah afin de lui permettre de mieux contrôler le pays, il n’y a qu’un pas que nombre d’observateurs n’hésitent pas à franchir. Si le rappel de ces faits à l’occasion du deuxième anniversaire de la guerre de juillet 2006 est aujourd’hui de mise, c’est que le problème posé par l’unilatéralisme et le projet politique supranational du Hezbollah se posera avec acuité au nouveau gouvernement et au régime du président Sleiman. Et il se posera avec d’autant plus d’acuité que le parti chiite a renforcé son arsenal militaire lourd ; il a, de surcroît, retourné ses armes vers l’intérieur, et plus que jamais ses options politiques stratégiques relèvent directement de la décision du guide suprême de la révolution islamique iranienne. C’est précisément à ce niveau qu’intervient le deuxième fait symbolique qui a marqué la formation du nouveau cabinet et qui est passé presque inaperçu : l’entrée au gouvernement d’Ibrahim Chamseddine, fils de l’imam Mohammad Mehdi Chamseddine, dont la pensée et le testament politique qu’il a laissés aux chiites – et qu’il a exposés dans un court ouvrage intitulé Testament – constituent pratiquement l’antithèse du projet supranational du Hezbollah. Président de la fondation portant le nom de son père, Ibrahim Chamseddine représente aujourd’hui l’un des principaux porte-étendards du courant de pensée qui prône l’intégration totale des chiites au sein de leur société et dans l’État. « Je recommande aux chiites de ne pas savoir un projet politique propre à eux et de s’intégrer dans la société dans laquelle ils vivent », souligne l’imam Chamseddine dans son testament, se positionnant ainsi aux antipodes du projet chiite transnational conduit par Téhéran et sur lequel est fondée l’existence même du Hezbollah. Une voix chiite véritablement libaniste et réellement indépendante au sein du gouvernement : il s’agit là d’un fait politique symbolique, mais il s’agit surtout d’un premier pas sur la voie de l’amorce d’un dialogue, dans le cadre des institutions légales, sur une nécessaire – et impérative – libanisation de la ligne de conduite chiite au Liban.
La formation tant attendue du premier gouvernement du régime du président Michel Sleiman, suivie vingt-quatre heures plus tard des réunions au sommet dont a été le théâtre, samedi, la capitale française, en marge de la conférence sur l’Union pour la Méditerranée, ont occulté deux faits, symboliques certes, mais qui méritent que l’on s’y attarde quelque peu, en raison de leur portée indéniable.
L’annonce de la composition de l’équipe ministérielle de Fouad Siniora a coïncidé, à quelques heures près, avec la deuxième commémoration de la funeste guerre de juillet 2006. Dans le contexte local et régional présent, et surtout à la lumière des événements qui ont secoué le pays au cours des deux dernières années, il est sans nul doute utile de rappeler le contexte de cette guerre. Car ce simple rappel...