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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Tests à la chaîne

Un gouvernement enfin ; et qui plus est, un gouvernement d’union nationale. Souhaitons-lui bien vite d’être à même d’accomplir ce qui est sa double raison d’être. C’est-à-dire de gouverner effectivement – encore que dans un esprit de concorde, sinon de parfait consensus – un pays en rupture, depuis des années, avec ses traditions démocratiques : un pays où le recours à la rue a supplanté le jeu des institutions ; un pays où guerre et paix civiles sont invariablement le produit de facteurs extérieurs ; un pays où des miliciens en armes peuvent toujours déambuler sans problème, comme hier encore à Tripoli, sous le regard des soldats prenant béatement le soleil sur la tourelle de leurs chars... Produit de six semaines d’âpres marchandages, de féroces empoignades autour des portefeuilles-clés, la nouvelle équipe Siniora ne pouvait qu’être le reflet, hélas, de cette morne évidence : ce n’est guère pour le service de l’État, et donc du citoyen, que s’agite et se heurte, avec tant d’obstination, de fureur, tout ce beau monde ; c’est seulement pour s’y tailler la part de pouvoir la plus large possible, pour la promotion d’une faction, d’un parti, pour l’intérêt d’une clientèle précise. Voilà qui est la négation même du concept d’un État qui serait, tout à la fois, celui de tous et de personne. Fort heureusement, en revanche, la classique cohue de protégés et de proches catapultés au gouvernement n’aura pas complètement occulté la règle des compétences, et plus d’une de celles-ci se sera vu attribuer le département adéquat. La répartition communautaire des portefeuilles ministériels aura connu par ailleurs de remarquables innovations. Si en effet le sunnisme libanais se trouve quasi exclusivement représenté par la mouvance Hariri, on verra cette fois les deux clans druzes rivaux siéger côte à côte. Plus intéressant encore est le cas chiite, avec un Hezbollah tout-puissant mais qui se contente frugalement d’un seul ministre, et surtout l’entrée au gouvernement d’une personnalité prônant la libanisation intégrale de cette importante communauté, face aux filiations iraniennes du parti de Dieu. Si enfin les diverses tendances chrétiennes sont dûment représentées au sein de ce gouvernement, c’est un test décisif qui, à plus d’un titre, attend le Courant patriotique libre. C’est en effet par le blocage délibéré du jeu normal des institutions et de la vie économique (avant qu’elle en vienne à la violence armée) que l’opposition a fini par s’assurer un droit de veto sur toute décision gouvernementale. Or le moment est venu pour le CPL de (dé)montrer que le blocage n’est pas une fin en soi, que si le bizarre procédé a pour ainsi dire obtenu une caution institutionnelle, c’est afin de favoriser le compromis et non la paralysie permanente. Pour conclure ce rapide survol de la nouvelle scène gouvernementale, reste à s’étonner – non sans ironie, certes – de tout le tapage fait autour de l’entrée au gouvernement de cet ancien führer d’un parti voué à la fusion du Liban dans une nation pansyrienne et qui, de surcroît, a pris une part active dans les agressions armées de début mai. Car c’est loin d’être là un précédent, et le ministre en question ne risque pas de se sentir trop seul dans ce gouvernement où la Syrie, à force d’acharnement, a réussi à imposer plus d’un ami. Quoi qu’il en soit, c’est un président libanais enfin rassuré sur ses arrières, un chef d’État à part entière, qui se rend aujourd’hui à Paris afin de prendre part au sommet de l’Union pour la Méditerranée. Que Nicolas Sarkozy voie dans ces vastes assises l’occasion d’affirmer une solide présence française dans une région du monde (mal) dominée par les États-Unis est, bien sûr, tout à fait légitime. Plus controversé – y compris dans son propre pays, et jusque dans les rangs de l’armée française – est son audacieux pari sur les bienfaits d’une réhabilitation internationale d’un régime syrien communément tenu pour responsable d’indicibles violences, portées aussi bien contre la France que contre le Liban. Il est néanmoins heureux que cette première rencontre qui aura lieu entre les présidents Sleiman et Assad ait lieu en terre française. Malgré les bonnes relations existant entre les deux hommes, ni Beyrouth ni Damas – ni même à la frontière, comme lors du tête-à-tête Nasser-Chéhab – ne se prêtent pour le moment en effet à de tels événements. Plus chargé de symboles encore est le sommet tripartite qui réunira, au palais de l’Élysée, les présidents français, libanais et syrien, et auquel se joindra par la suite l’émir du Qatar. Car ces moments élyséens ne traduisent pas seulement la présence, autour des interlocuteurs libanais et syriens, des garants étrangers d’une solution proclamée à Doha, mais qui a encore bien du chemin à abattre. Le Liban et la Syrie ensemble chez l’ancienne puissance mandataire, c’est surtout, tout à la fois, le poids du passé, les difficultés du présent et les énigmes que nous réserve l’avenir. Issa GORAIEB
Un gouvernement enfin ; et qui plus est, un gouvernement d’union nationale. Souhaitons-lui bien vite d’être à même d’accomplir ce qui est sa double raison d’être. C’est-à-dire de gouverner effectivement – encore que dans un esprit de concorde, sinon de parfait consensus – un pays en rupture, depuis des années, avec ses traditions démocratiques : un pays où le recours à la rue a supplanté le jeu des institutions ; un pays où guerre et paix civiles sont invariablement le produit de facteurs extérieurs ; un pays où des miliciens en armes peuvent toujours déambuler sans problème, comme hier encore à Tripoli, sous le regard des soldats prenant béatement le soleil sur la tourelle de leurs chars...

Produit de six semaines d’âpres marchandages, de féroces empoignades autour des portefeuilles-clés, la...