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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB De bois et de fer

Qui donc prétendait qu’il ne reste plus de chrétiens au Liban ? C’est plutôt le contraire que l’on pourrait croire, au spectacle de cette foule de personnages politiques présents hier dans un hôtel du littoral, pour la proclamation d’un Rassemblement national chrétien. On admirera pour commencer l’émouvant élan de ferveur communautaire et de préoccupation pour l’avenir (leur avenir ?) qui, autour de quelques chefs jouissant d’un réel capital populaire, a produit une telle concentration de has-been, d’anciennes gloires de l’ère de la tutelle syrienne, d’excellences mises sur la touche, de politicards aigris et de spécialistes du retournement de veste, maniant tous ensemble le goupillon avec une belle conviction. Le projet, dont la paternité revient au général Michel Aoun, ne manque pas d’ambition. Reste à savoir cependant si ce rassemblement sera effectivement national et chrétien : s’il a quelque chance de rassembler une chrétienté libanaise minée depuis des décennies par de tenaces divisions ; et s’il pourra contribuer à rétablir le rôle naguère prépondérant des chrétiens dans les affaires étatiques. Les formes y étaient pourtant hier. Et cela pas seulement parce qu’un maître de cérémonie trop zélé avait cru bon d’inviter les participants à écouter – je cite – une épître du général Aoun : dont on doit à la vérité de rappeler qu’il s’était lui-même proclamé, il y a quelques mois, patriarche politique des maronites. Plus sérieusement, tant les discours que les communiqués n’ont certes pas manqué de judicieuses références à l’Exhortation papale, à la vocation de pays-message qui est celle du Liban, aux recommandations des divers synodes ecclésiastiques. Les rappels n’ont pas fait défaut non plus, de l’impératif de coexistence, du respect mutuel et de l’esprit d’ouverture auquel sont tenus les divers groupes spirituels libanais. C’est au plan strictement politique toutefois que toutes ces volutes d’encens ne parviennent pas à cacher les failles de l’argumentation. On n’en retiendra pour le moment que les plus évidentes. Que les États-Unis soient soucieux surtout des intérêts d’Israël est une lapalissade. Une autre en est la catastrophe que serait pour le pays, en termes d’équilibre communautaire, l’implantation définitive des centaines de milliers de refugiés palestiniens qui y vivent. C’est oublier cependant, ou feindre d’oublier, que les Etats-Unis et Israël ne sont pas seuls à avoir porté atteinte à l’intégrité du Liban, que des pays tenus pour frères ont eux aussi nourri à son encontre des visées malsaines. Voilà pourtant que l’impasse a été faite hier sur la question syrienne, si l’on excepte une timide évocation du sort des Libanais détenus en Syrie : on est bien loin, en vérité, des témoignages incendiaires apportés il y a quelques années devant le Congrès américain, saisi du Syria Accountability Act... Guère plus convaincants hélas sont les appels à l’édification d’un État fort et débarrassé du fléau de la corruption – seule garantie viable pour toutes les communautés – et d’une présidence de la République musclée, gage d’un regain d’influence des chrétiens. Car aucun État au monde ne peut être qualifié de fort s’il lui faut tolérer – en son sein ou hors de son sein – un émule d’État, redoutablement armé et obéissant à une stratégie qui est la sienne propre, ou celle de ses commanditaires extralibanais. Largement salué en son temps, le document d’entente conclu entre le CPL et le Hezbollah n’aura pas conduit au résultat souhaité : il n’a pas induit une intégration douce et harmonieuse du parti pro-iranien dans la vie politique du pays, il a seulement rendu le courant aouniste considérablement plus tolérant envers Damas et Téhéran. Quant à la présidence forte, elle n’aura franchement pas trouvé son compte dans toutes les entraves, exigences et conditions qui ont tant retardé la formation du nouveau gouvernement. Et, par voie de conséquence, un démarrage en beauté du régime. Au vu de tout ce qui précède, on se demande ce que pourra rassembler d’autre, ce rassemblement. Croix de bois, croix de fer, le plus bizarre des problèmes de coexistence – celle requise au sein des mêmes communautés libanaises – reste, jusqu’à nouvel ordre, entier. Issa GORAIEB
Qui donc prétendait qu’il ne reste plus de chrétiens au Liban ? C’est plutôt le contraire que l’on pourrait croire, au spectacle de cette foule de personnages politiques présents hier dans un hôtel du littoral, pour la proclamation d’un Rassemblement national chrétien. On admirera pour commencer l’émouvant élan de ferveur communautaire et de préoccupation pour l’avenir (leur avenir ?) qui, autour de quelques chefs jouissant d’un réel capital populaire, a produit une telle concentration de has-been, d’anciennes gloires de l’ère de la tutelle syrienne, d’excellences mises sur la touche, de politicards aigris et de spécialistes du retournement de veste, maniant tous ensemble le goupillon avec une belle conviction.

Le projet, dont la paternité revient au général Michel Aoun, ne manque pas d’ambition....