Le climat est positif au Proche-Orient. L’auteur de ce pimpant bulletin politico-météorologique est loin d’être pourtant un modèle d’optimisme. Il n’y a pas si longtemps d’ailleurs, ce même chef d’un pays arabe largement isolé au plan international, endurant maintes sanctions ou menaces de sanctions en raison de ses menées déstabilisatrices au Liban comme de ses sulfureuses relations avec l’Iran et la Corée du Nord, ne prédisait pour la région qu’orages et séismes.
De fait, et si le Proche-Orient n’est pas exactement encore un havre de calme et de sérénité, le président syrien Bachar el-Assad a tout lieu de se réjouir du contexte nouveau qui n’a cessé de se préciser tout au long des derniers mois, comme il le confiait lundi à un hôte norvégien. Engagées sous les auspices de la Turquie, les négociations de paix indirectes avec Israël ont atteint ainsi un stade avancé, même si pour aboutir elles attendent de bénéficier du parrainage et de la caution des États-Unis. Car davantage en réalité qu’avec l’État juif, c’est avec l’unique superpuissance mondiale qu’aspire à s’entendre Damas. En cela, les Syriens n’ont rien inventé, au fond : ce sont les mêmes garanties US de stabilité interne et de soutien financier qu’avaient réclamées – et obtenues – l’Égypte et la Jordanie, avant de faire le grand saut de la paix.
En attendant que s’entrouvre le portail américain, c’est en Europe que la Syrie opère un come-back des plus remarqués. Et c’est invariablement sous l’impulsion de la locomotive française que tantôt s’ouvre et tantôt se ferme, face au régime baassiste, le Vieux Continent. Dans la foulée des pourparlers d’Istanbul, la présence d’Assad autour de la même table qu’Ehud Olmert, au prochain sommet méditerranéen de Paris, est soudain devenue possible sinon naturelle comme s’emploient à l’expliquer, avec une évidente gêne, les organisateurs français. Et si la participation très controversée du président syrien à la parade militaire du 14 Juillet demeure aléatoire, c’est à l’Élysée qu’il sera reçu pour entretien bilatéral, le 12, par un Nicolas Sarkozy prompt à récompenser princièrement l’arrogant, le choquant, le tardif feu vert syrien à l’élection d’un président libanais.
Que Sarkozy gagne son pari là où s’est avéré inopérant l’ostracisme chiraquien ferait évidemment le bonheur des Libanais. Mais pour que cette politique de généreuse ouverture porte quelque fruit, il ne faut pas laisser l’accord de Doha tourner au marché de dupes, à l’escroquerie pure et simple. L’élection présidentielle n’aurait été qu’un leurre en effet, si elle ne devait constituer que l’ultime, la suprême preuve de l’incapacité des Libanais à gérer leurs propres affaires.
C’est bien parce qu’il croyait prévenir de nouvelles et sanglantes équipées miliciennes que le 14 Mars s’est dessaisi de sa majorité naturelle au sein du futur gouvernement : peine perdue, la guerre civile a fait rage à Tripoli comme dans la Békaa et la présence paramilitaire s’est étendue aux hauteurs du Mont-Liban. Peine perdue au strict plan politique, de même, puisque voilà une minorité nantie désormais du pouvoir de blocage et qui, du coup, se comporte en véritable majorité. Qui, par la bouche d’un Courant patriotique libre passé champion toutes catégories de l’obstruction (et pour cette raison propulsé aux premières lignes par ses alliés pro-iraniens et prosyriens), module tous les jours son insatiable appétit de ministères-clés. Et perpétue à plaisir une crise déjà bien longue, épuisant en incessantes palabres la patience des citoyens, autant que celle du chef de l’État et du Premier ministre désigné.
Ce sont des négociations d’une toute autre sorte qui, pendant tout ce temps perdu, vont bon train autour de nous. Et sans nous, si ce n’est contre nous. Pinaillant sur chaque mètre carré de Golan, la Syrie et Israël se refusent avec la même obstination à une mise sous garde de l’ONU des fermes libanaises de Chebaa. Et c’est la même et désinvolte marginalisation de l’État libanais qu’illustre l’accord sur l’échange de corps et de prisonniers entre l’État juif et le Hezbollah.
Climat positif ? Seulement le jour où tout un chacun aura sa place au soleil.
Issa GORAIEB
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le climat est positif au Proche-Orient. L’auteur de ce pimpant bulletin politico-météorologique est loin d’être pourtant un modèle d’optimisme. Il n’y a pas si longtemps d’ailleurs, ce même chef d’un pays arabe largement isolé au plan international, endurant maintes sanctions ou menaces de sanctions en raison de ses menées déstabilisatrices au Liban comme de ses sulfureuses relations avec l’Iran et la Corée du Nord, ne prédisait pour la région qu’orages et séismes.
De fait, et si le Proche-Orient n’est pas exactement encore un havre de calme et de sérénité, le président syrien Bachar el-Assad a tout lieu de se réjouir du contexte nouveau qui n’a cessé de se préciser tout au long des derniers mois, comme il le confiait lundi à un hôte norvégien. Engagées sous les auspices de la Turquie, les...