Après de longues hésitations, Ehud Olmert a tranché : Israël et le Hezbollah vont donc procéder très prochainement à un nouvel échange de prisonniers et de dépouilles, au nez et à la barbe de l’État libanais.
Une fois de plus, le marché conclu consacre, du point de vue israélien, la suprématie du Hezbollah sur les autres protagonistes au Liban, à commencer par l’État lui-même.
Il est vrai qu’on ne prête qu’aux riches. Mais tout de même, n’est-il pas ironique de constater que dans la bataille existentielle que se livrent l’entité politique libanaise et le Parti de Dieu, c’est presque toujours à ce dernier qu’Israël donne raison, en acceptant de traiter avec lui plutôt qu’avec le gouvernement de Beyrouth ?
Bien sûr, on sait que celui-ci n’a presque rien à donner ou à négocier et, après tout, Israël est un État qui fait de la realpolitik. Le Hezbollah lui enlève deux soldats, il déclenche une guerre à outrance. Mais faute de pouvoir détruire le Parti de Dieu, il réduit à néant l’infrastructure civile libanaise, ce qui, en quelque sorte, fait l’affaire de celui qui est censé être son pire ennemi.
De deux choses l’une : ou bien les Israéliens voulaient à l’époque pousser l’État libanais à faire pression sur le Hezbollah, auquel cas les stratèges israéliens auraient mieux fait de prendre quelques leçons en matière de réalité politique libanaise, ou bien ils cherchaient réellement à… enfoncer l’État libanais.
Quoi qu’il en soit, cette stratégie ridicule et hypocrite n’ayant mené à rien – sauf à ramener le Liban quinze ans en arrière –, l’État hébreu entame des négociations. Et voilà qu’aujourd’hui, toujours aussi pragmatique, il accepte ce que le Hezbollah proposait au premier jour de la guerre de juillet : un échange des deux soldats otages contre les prisonniers libanais qu’il détient.
Enfoncé une première fois, l’État libanais l’est donc à nouveau cette fois-ci. Et dans l’intervalle, dans les moments où Israël regarde ailleurs, c’est le Hezbollah lui-même, avec quelques alliés de circonstance, qui se charge de cette besogne.
Cela étant dit, à observer de plus près l’objet du marché conclu, on se dit qu’il vaut peut-être mieux que le Liban – pas celui du Hezbollah, l’autre – reste en dehors de tout cela.
Il paraît que le Premier ministre israélien avait hésité avant d’accepter l’accord parce qu’il se doutait qu’un triomphe allait être réservé au Liban au doyen des prisonniers libanais, Samir Kantar. Et que cela serait aussi un triomphe pour le Hezbollah.
Finalement, M. Olmert et les responsables israéliens ont cédé devant la pression exercée par les familles des deux soldats enlevés par le Hezbollah, en se vantant de cette « honorable » particularité israélienne qui consiste à payer le prix le plus fort pour récupérer ne serait-ce qu’une dépouille.
Belle entourloupe en vérité pour dissimuler sinon une défaite, du moins un lamentable échec. Mais qu’importe ? Le Hezbollah dira encore et encore qu’il est vainqueur et Israël se gargarisera encore et toujours de ses hautes valeurs humaines et démocratiques.
Le Liban – pas celui du Hezbollah, l’autre – sera le seul véritable défait. Mais cela ne fait rien : sa victoire, sa vraie victoire, c’est qu’il n’a pas tué des enfants, ni à Nahariya ni à Cana.
Élie FAYAD
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Une fois de plus, le marché conclu consacre, du point de vue israélien, la suprématie du Hezbollah sur les autres protagonistes au Liban, à commencer par l’État lui-même.
Il est vrai qu’on ne prête qu’aux riches. Mais tout de même, n’est-il pas ironique de constater que dans la bataille existentielle que se livrent l’entité politique libanaise et le Parti de Dieu, c’est presque toujours à ce dernier qu’Israël donne raison, en acceptant de traiter avec lui plutôt qu’avec le gouvernement de Beyrouth ?
Bien sûr, on sait que celui-ci n’a presque rien à donner ou à négocier et, après...