C’est l’événement du week-end. Le film Sex and the City est enfin sorti jeudi. Avec un mois de retard sur l’ensemble du monde, mais bon, il est là. Censuré, certes, mais bon il est là. Elles sont de retour les quatre folles de la série qui a défrayé la chronique il y a dix ans. Dix ans déjà, eh oui. Six saisons terminées il y a quatre ans, avec la révélation suprême?: Mister Big s’appelle John?! Carrie quitte Paris, retrouve Big, Charlotte devient enfin mère d’une petite Chinoise, Samantha est guérie, Smith l’aime et Miranda va bien. Bref, le film est enfin sorti sur les grands écrans, drainant, avant Beyrouth, des millions de spectateurs. Plus d’une centaine de marques se sont battues pour apparaître dans Sex and the City et beaucoup d’entre elles tablent sur la sortie du film pour rebooster leurs ventes. Enfin… Ce qui est bien dommage, c’est la censure. Parce que Sex and the City sans le sexe, ce n’est plus la même chose. C’est comme si ça s’appelait And the City quoi. Aucun intérêt. Comme un hot dog sans saucisse ! Mais bon, que peut-on faire contre la censure?? Pas grand-chose si ce n’est en rire. Comment peut-on encore censurer un film ou le pied tatoué de Nicole Ritchie à l’ère d’Internet, quand tout est disponible au bout d’un simple clic… Ce qui est drôle dans toute cette histoire, c’est que Sex and the City a été qualifié de précurseur dans le genre. Cette série où l’on parlait de sexe librement, sans aucun tabou, a ouvert les portes à un grand nombre de sitcoms et autres soaps. Nip/Tuck, Californication, Big Love… Grâce au ton des quatre New-Yorkaises, les dialogues sont plus débridés et les scènes plus osées. Pourtant, si on jette un coup d’œil en arrière, bien des choses se sont dites et faites, et ça avant HBO. Emmanuelle au cinéma, Last Tango in Paris ?: «?passe-moi le beurre?». Aujourd’hui, on s’émeut et on s’écrie à l’émancipation dès que l’on voit un sein alors que le cinéma et la télé sont bien plus puritains qu’avant. Les films érotiques étaient diffusés en salles, Pierre Bachelet chantait sa «?mélodie d’amour?» à Sylvia Krystel qui était une icône absolue, les Histoires d’Ô et autres Lady Chatterley faisaient partie de la culture populaire et on parlait sexe aussi ouvertement, voire plus qu’aujourd’hui. À la fin des années 80, George Michael clamait tout haut à qui voulait l’entendre?:?I Want your Sex, Marvin Gaye en 82 susurrait son Sexual Healing et Serge Gainsbourg entonnait son ?Sea, Sex and Sun sans aucun complexe, pour les besoins du film Les bronzés. Même les Salt’n’Peppa au début des années 90 avaient joué franc-jeu en chantant Let’s Talk About Sex. D’ailleurs, quand on regarde la Madonna d’il y a 25 ans, y a pas photo. Elle a beau mordiller son martinet en couverture de Hard Candy, son dernier opus, cela reste très bon enfant, comparé à sa prestation scénique aux MTV Awards, immaculée dans sa robe virginale de mariée, soupirant lascivement Like a Virgin. Alors oui, c’est très sympa de «?parler cul?» ouvertement, mais ce qui est dommage, c’est que «?parler cul?» est devenu un acte de résistance, un mouvement contestataire contre une morale bien pensante et malheureusement trop puritaine. On a encore du chemin à faire. Il ne nous reste donc plus qu’à en rire, comme on a ri de la censure. Et surtout d’attendre la sortie du long-métrage de Carrie Bradshaw pour savourer pleinement quelques détails croustillants.
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