Alina avait 20 ans lorsque son « amoureux » lui a fait miroiter un poste de vendeuse au Portugal. Comme de nombreuses compatriotes, pauvre et naïve, la jeune paysanne ne soupçonnait pas qu’elle serait en réalité « vendue » et forcée de se prostituer à Dubaï.
«Je vivais seule avec ma grand-mère, nous n’avions rien », sanglote la jeune femme brune originaire d’un village de la région de Floresti (nord de la Moldavie). « Mon copain m’a proposé d’aller travailler au Portugal comme vendeuse, en me disant qu’il allait me rejoindre, j’ai accepté tout de suite », ajoute Alina, dont le corps maigre est agité de spasmes nerveux. Son « ami » lui obtient un visa pour le Portugal et l’emmène à l’aéroport où il la confie à un autre homme, présenté comme une « connaissance ». Une autre jeune Moldave voyage avec eux.
Alina ne se doute de rien. Arrivée à Lisbonne, elle se retrouve enfermée avec l’autre jeune femme dans un appartement. Son passeport est confisqué. « J’ai réalisé à ce moment-là que j’étais tombée entre les mains de trafiquants », dit-elle en laissant libre cours à ses larmes. Une semaine plus tard, leur geôlier emmène les deux jeunes femmes à l’aéroport de Lisbonne où elles sont remises à un autre passeur. « Dans l’aérogare, il m’a donné mon passeport au dernier moment, je n’ai pas osé crier, j’étais comme paralysée », dit-elle.
À leur arrivée à Dubaï, les deux jeunes Moldaves sont « vendues » à une Ouzbèke mariée à un policier émirati, le couple « contrôlant » onze Moldaves et Ukrainiennes, entassées dans une chambre. « Tu dois te prostituer dans les bars, les discothèques, dans la rue, si tu refuses, on te bat, on peut même te tuer », prévient l’une des « anciennes ». La « patronne » fixe les conditions, Alina, surveillée en permanence, doit rapporter 10 000 euros, ensuite on lui rendra son passeport.
La jeune femme se ferme à l’évocation de son calvaire. « Comme beaucoup de victimes, elle a enfoui les détails au fond de son âme pendant longtemps puis elle a raconté des choses horribles, les passages à tabac, les viols successifs », explique Minodora Lisnic, psychologue à l’association moldave Honneur et droits des femmes d’aujourd’hui.
Après trois mois d’esclavage sexuel, Alina parvient à s’enfuir. Elle va demander de l’aide au commissariat, où elle est en fait jetée en prison. « J’ai compris que je ne pouvais compter ni sur la police ni sur la justice », dit-elle. Sans papiers, elle « n’a d’autre choix que de se prostituer pour gagner de l’argent et rentrer en Moldavie ». Elle vit pendant six mois avec un de ses « clients » émiratis et tombe enceinte. Mais elle est arrêtée dans la rue pour absence de papiers et à nouveau jetée en prison, où elle donne naissance à un fils. Le père du bébé reste sourd à ses appels à l’aide.
Finalement, après un an de prison, Alina et son fils seront libérés fin 2006 et rapatriés par l’intermédiaire de l’ambassade de Russie à Dubaï. « Sans père » et n’ayant « pas de liens forts » avec sa mère, Alina est retournée vivre auprès de sa grand-mère qui l’a « toujours comprise ».
Son ex-petit ami a disparu. De toute façon, comme la plupart des victimes moldaves, elle ne veut pas porter plainte. « La police et la justice sont complices des trafiquants », assure-t-elle. Dans son village, la jeune femme, aujourd’hui âgée de 25 ans, n’a rien dit de son passé. Mais depuis son retour, « les voisins parlent mal » d’elle et la traitent « plus en coupable qu’en victime ».
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«Je vivais seule avec ma grand-mère, nous n’avions rien », sanglote la jeune femme brune originaire d’un village de la région de Floresti (nord de la Moldavie). « Mon copain m’a proposé d’aller travailler au Portugal comme vendeuse, en me disant qu’il allait me rejoindre, j’ai accepté tout de suite », ajoute Alina, dont le corps maigre est agité de spasmes nerveux. Son « ami » lui obtient un visa pour le Portugal et l’emmène à l’aéroport où il la confie à un autre homme, présenté comme une « connaissance ». Une autre jeune...