Que veut le Hezbollah ? Interrogation lancinante, inquiétante, parce qu’elle resurgit à chaque crise, à chaque incident sécuritaire, à chaque lueur d’espoir. Interrogation qui induit inévitablement une autre question : que veut Michel Aoun, le bouclier chrétien du parti islamiste et chantre d’une laïcité sans cesse malmenée par ses propres discours confessionnels ?
« Unilatéralisme » marqué au fer rouge en juillet 2006, dévoiement tragique en mai 2008 et, aujourd’hui, remise en question des fondements mêmes de Taëf par l’intermédiaire d’un partenaire complaisant : tout cela se conclut, se traduit par un partage de rôles, par des calculs de boutiquier sur fond de considérations purement électoralistes. L’objectif proclamé reste évidemment l’intérêt supérieur de la nation !
Le retour pacifique des fermes de Chebaa dans le giron étatique ne sert-il pas cette ambition légitime ? Bien sûr, admet un Naïm Kassem résigné, mais tout est question de nuances, la diplomatie, aux yeux du Hezbollah, étant forcément suspecte parce que difficilement contrôlable. La France, les États-Unis, l’Europe réunie et toutes les instances internationales s’entremettent pour convaincre Israël de se retirer, le Hezbollah n’y voit, « jusqu’à preuve du contraire », que « complot », manœuvre insidieuse du « grand Satan » américain.
« On veut tout simplement neutraliser la Résistance, lui ôter ses armes », commentent, sans sourciller, les penseurs du Hezbollah. Même la libération des prisonniers libanais détenus en Israël, dans le cadre de l’échange planifié par l’Allemagne, devient objet de doutes, de suspicion. « Si l’objectif caché est de nous sortir de l’équation nationale, ils se trompent lourdement », ajoutent les exégètes du parti de Dieu.
Faut-il donc, pour les rassurer, pour garantir la pérennité de leurs armes, que les hameaux de Chebaa restent indéfiniment occupés et que les prisonniers libanais continuent de croupir dans les geôles israéliennes ? Hallucinant ! Et c’est dans ce contexte ubuesque que Michel Aoun enfourche son nouveau cheval de bataille : les attributions du Premier ministre sunnite, jugées excessives.
Comment ne pas faire le lien entre les deux « affaires », entre ces deux bombes à retardement, le chantage se résumant en ces termes : « Si le but, après la rétrocession de Chebaa, est d’obtenir le désarmement de la Résistance, nous nous y opposerons, et c’est la fonction même du président du Conseil qui sera alors mise dans la balance. »
Inspiration divine ou calcul politique, quelle que soit la raison, Michel Aoun aura réussi à ajouter au contentieux sunnito-chiite une crise de confiance sunnito-chrétienne… pour le plus grand bénéfice du Hezbollah. Les sunnites du 8 Mars n’en ont cru ni leurs yeux ni leurs oreilles.
Résultat : l’autorité légitime reste prise en otage, et ceux-là mêmes qui clament, haut et fort, leur volonté de réhabiliter les institutions officielles participent à leur déliquescence en encourageant la cohabitation de deux entités forcément antagonistes : d’un côté, l’État dans son sens le plus large, celui des droits et des devoirs, seul détenteur de la force militaire ; de l’autre, une organisation armée dont la survie même ne peut être garantie que par la perpétuation des conflits et des situations à risques.
Les fermes de Chebaa libérées, les collines de Kfarchouba rétrocédées, il y aura alors, peut-être, les « sept villages » de Haute-Galilée à récupérer. Et, à un jet de pierre, Israël, l’ennemi de toujours, celui avec lequel la Syrie négocie, les pays du Golfe flirtent, l’Égypte et la Jordanie planifient l’avenir.
Que veut le Hezbollah ? Interrogez donc Michel Aoun : il est dans le secret des dieux, volonté divine oblige.
Mais qui nous expliquera ce qui se passe à Tripoli entre Bab el-Tebbaneh et Jabal Mohsen ? C’est là une toute autre affaire qui devrait faire réfléchir plus d’un au sein du Hezbollah et, par ricochet, au sein du CPL.
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Le Liban terre de sainteté ? Hier, place des Martyrs, cette place si bien nommée, Abouna Yaacoub, du haut de sa béatitude, aurait pu être dubitatif n’était la ferveur des dizaines de milliers de fidèles présents sur les lieux, un témoignage vivant du Liban qui survit à toutes les épreuves, un grand moment de grâce placé sous le signe de l’unité. Mais parmi le parterre politique, toutes confessions confondues, que d’hypocrites, que de fieffés menteurs venus juste pour la parade et à qui le bienheureux père Jacques se garderait bien de donner le Bon Dieu sans confession !
Nagib Aoun
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« Unilatéralisme » marqué au fer rouge en juillet 2006, dévoiement tragique en mai 2008 et, aujourd’hui, remise en question des fondements mêmes de Taëf par l’intermédiaire d’un partenaire complaisant : tout cela se conclut, se traduit par un partage de rôles, par des calculs de boutiquier sur fond de considérations purement électoralistes. L’objectif proclamé reste évidemment l’intérêt supérieur de la nation !
Le retour pacifique...