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Actualités - Opinion

Mugabe, de libérateur à dictateur... de droit divin Émilie SUEUR

« Désormais, ce pays est effectivement dirigé par une junte militaire », déclarait, il y a quelques jours, Morgan Tsvangirai, chef de l’opposition zimbabwéenne. Une junte dont les milices travaillent dur à faire régner un climat de violence et de terreur sur le Zimbabwe. Depuis le premier tour de la présidentielle, remportée par Tsvangirai, la « campagne » électorale est allée crescendo dans la violence. Meurtre, disparition, viol, arrestation, torture d’opposants font l’actualité quasi quotidienne de ce pays. À l’origine de ce désastre, un homme, Robert Mugabe, qui ne prend même plus la peine de cacher sa mégalomanie. Vendredi dernier, le président dictateur n’hésitait pas à déclarer : « Seul Dieu peut me retirer le pouvoir qu’il m’a donné, pas le Mouvement pour le changement démocratique (MDC, principal parti d’opposition) ni les Britanniques. » Après 28 ans au pouvoir, Mugabe abat sa dernière carte : Dieu. Mugabe, président de droit divin. Dans un article publié en 2007 sur le site « rue 89 », Pierre Haski, journaliste basé en Afrique australe à l’époque de l’indépendance du Zimbabwe, rappelait que les anciens professeurs de Mugabe du collège jésuite de Kutama lui avaient confié, au moment de l’accession au pouvoir de leur élève : « On a fait du bon boulot, non ? » L’histoire a de ces tours... On accordera toutefois aux professeurs qu’au début des années 80, Mugabe était perçu par beaucoup comme le grand libérateur. « Le 17 avril 1980, Bob Marley entonnait au stade d’Harare sa chanson Zimbabwe marquant dans la joie et le reggae la naissance du dernier-né des États africains, sur les décombres de la Rhodésie de la minorité blanche », rappelle Pierre Haski. Rapidement, le héros de l’indépendance, séduit par les thèses marxiste-léninistes, montrera un nouveau visage : celui du dictateur, avide de pouvoir. Torture, suppression du poste de Premier ministre, concentration du pouvoir, réforme agraire catastrophique, répression de l’opposition... Mugabe a suivi au pied de la lettre le manuel du grand dictateur. 28 ans après son arrivée au pouvoir, le Zimbabwe souffre. Outre la violence et la peur, les Zimbabwéens doivent gérer une crise économique grave. En janvier dernier, le taux d’inflation dépassait 100 000 %, selon les chiffres de l’Office central des statistiques. Comment le libérateur s’est-il transformé en dictateur ? Certains experts ont invoqué ses influences idéologiques, d’autres sa vie personnelle, notamment la mort de son épouse. De manière plus générale, les libérateurs peinent souvent à transformer l’essai. De Laurent-Désiré Kabila à Fidel Castro et tant d’autres... Il y a aussi, et peut-être surtout, l’analyse d’une experte, témoin de premier plan d’un régime dictatorial en action, Aung San Suu Kyi. La dissidente birmane, prix Nobel de la paix, déclarait en 1988 : « Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur. La peur de perdre le pouvoir corrompt ceux qui le détiennent, et de la même manière, la peur du fléau que représente un pouvoir corrompu corrompt ceux qui sont sujets à ce pouvoir. »
« Désormais, ce pays est effectivement dirigé par une junte militaire », déclarait, il y a quelques jours, Morgan Tsvangirai, chef de l’opposition zimbabwéenne. Une junte dont les milices travaillent dur à faire régner un climat de violence et de terreur sur le Zimbabwe. Depuis le premier tour de la présidentielle, remportée par Tsvangirai, la « campagne » électorale est allée crescendo dans la violence. Meurtre, disparition, viol, arrestation, torture d’opposants font l’actualité quasi quotidienne de ce pays.
À l’origine de ce désastre, un homme, Robert Mugabe, qui ne prend même plus la peine de cacher sa mégalomanie. Vendredi dernier, le président dictateur n’hésitait pas à déclarer : « Seul Dieu peut me retirer le pouvoir qu’il m’a donné, pas le Mouvement pour le changement démocratique (MDC,...