Trêve à Gaza entre Israël et le Hamas ; pourparlers de paix indirects syro-israéliens ; échange de prisonniers en vue, entre l’État juif et le Hezbollah, accord de Doha sur le Liban : après tant de cyclones qui ont écumé le Moyen-Orient, on serait bien tenté de constater, avec Bernard Kouchner, qu’un nouvel esprit souffle en ce moment sur cette région. Esprit nouveau, on veut bien croire ; esprit saint, certes pas...
Si le scepticisme et la circonspection restent de rigueur en dépit de toutes ces bouffées d’air frais, c’est pour deux raisons principales. La première réside dans la précarité proverbiale des accords passés, et qu’il faut sans cesse remettre sur l’ouvrage. Les Libanais gardent encore, ainsi, le funeste souvenir des centaines de cessez-le-feu conclus durant la guerre de quinze ans, et que faisaient voler en éclats les premières canonnades de l’aube. Innombrables, de même, sont les pauses de pure convenance qui, ces dernières années, ont jalonné les explosions de violence en Palestine.
La deuxième raison tient à la somme phénoménale
d’arrière-pensées, d’intentions inavouables, de desseins cachés, que nourrissent les divers protagonistes de la crise : ce qui ne les empêche guère, bien entendu, de claironner à l’unisson leur sincère, leur vertueux désir de paix. Ce qui ne les empêche guère non plus de se ménager, à l’occasion, de scabreux terrains d’entente aux dépens d’autrui. Pour le Liban en particulier, voilà bien une troisième et solide raison de s’armer de vigilance, à chaque fois que se précisent les grandes manœuvres de la paix.
Pourquoi spécialement le Liban ? Parce qu’en temps de guerre comme en période de tractations, Israël et la Syrie, tout à leur froide partie d’échecs, se sont toujours ingéniés à ne voir dans ce pays qu’un moyen de pression, doublé d’un alléchant objet de marchandage. Éloquents à cet égard sont les derniers propos du ministre israélien de la Défense Ehud Barak au journal Le Monde. Le Liban, souligne-t-il, figure en bonne place sur la liste des priorités et préoccupations syriennes : il vient après la sauvegarde du régime et du clan, après le tribunal Hariri et les faveurs américaines, mais avant... le Golan.
Toujours est-il que, des décennies durant, les deux occupations syrienne et israélienne du Liban se sont alimentées l’une l’autre. Et même disparues les occupations, ou presque, le Liban demeure impuissant à se dégager de ce qu’il faut bien appeler un triangle vicieux. C’est à la seule Syrie en effet qu’Israël consentirait, le cas échéant, à remettre cette portion de territoire libanais non évacuée en l’an 2000 que sont les fermes de Chebaa. À défaut, le Liban devrait se résoudre à engager des négociations de paix, comme l’y invite avec insistance Ehud Olmert : chose à laquelle se refuse Beyrouth, considérant en effet que tous les points litigieux entre les deux États font déjà l’objet de résolutions internationales
attendant d’être appliquées.
Ce n’est évidemment pas la Syrie qui entreprendrait de nous soustraire gratuitement à ce chantage, rien qu’en officialisant auprès de l’ONU, cartes à l’appui, l’indéniable libanité des fermes de Chebaa. Un tel geste, la Syrie s’en garderait d’autant que ce même dossier nourrit un autre et implacable chantage, exercé celui-là par ses propres alliés du Hezbollah : chantage aux armements, brandi sur la scène domestique aussi bien qu’internationale et qui, objectivement, vise moins désormais l’ennemi israélien que l’État libanais lui-même !
Car non seulement le parti de Dieu, par son irrédentisme – l’arsenal demeure, même après la libération de Chebaa –, paraît décidé à décourager à l’avance le tout récent regain d’intérêt diplomatique international pour la question de Chebaa. Mais l’insolente promesse ne peut qu’avoir un effet désastreux sur le processus de réconciliation nationale. De fait, et un peu moins d’un mois après l’accord de Doha, les braises des tensions sectaires sont loin encore d’être étouffées.
Si d’avoir autorisé l’élection d’un président libanais a valu au président Bachar el-Assad une invitation au prochain sommet méditerranéen de Paris, combien de démarches reste-t-il encore à déployer pour que voie enfin le jour le gouvernement d’union ?
Issa GORAIEB
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Si le scepticisme et la circonspection restent de rigueur en dépit de toutes ces bouffées d’air frais, c’est pour deux raisons principales. La première réside dans la précarité proverbiale des accords passés, et qu’il faut sans cesse remettre sur l’ouvrage. Les Libanais gardent encore, ainsi, le funeste souvenir des centaines de cessez-le-feu conclus durant la guerre de quinze ans, et que...